Témoignage acerbe.

Publié le par O.facquet

 

  La condamnation à perpétuité du « Boucher des Balkans » Ratko Mladic  confirmée par la justice internationale

Ratko Mladic avant-hier

 

Ratko Mladic, le boucher des Balkans, après quinze ans de cavale, a été arrêté en Serbie, par la police serbe, le 26 mai 2011. Le processus de son extradition vers La Haye est en cours. Il a été le commandant en chef de l'armée de la République serbe de Bosnie pendant le conflit bosniaque de 1992 à 1995. Il dirigea en juillet 1995 le massacre de Srebrenica, génocide (?), épuration ethnique (?), commis contre la population bosniaque musulmane : 8000 hommes et quelques dizaines de femmes furent passés par les armes dans une ville déclarée "zone de sécurité" par L'ONU, cette dernière y maintenait 400 casques bleus néerlandais présents dans la région de Sebrenica au moment du désastre, le pire massacre perpétré en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Ratko Mladic est enfin sous les verrous. Il est accusé de génocide, de complicité de génocide, de crimes contre l'humanité et de violation des lois et coutumes de la guerre par le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie.

La candidature franco-allemande du film de Claude Lanzmann, « Shoah - La  France à l'UNESCO

Jeudi dernier, France 2, dans l'émission d'information Envoyé Spécial, a donné un reportage/documentaire (36 mn environ) vieux de trois ans, réalisé par Morad Ait Habbouche et Hervé Corbière, dans lequel Jean-René Ruez, commissaire divisionnaire français au service du TPE, enquête sur le massacre de Srebrenica. Un reportage/documentaire lanzmannien qui dénoue les mémoires. Pas n'importe comment. Un journaliste l'interpelle, il répond : "Oui, c'est le lieu, c'est ici". Le cinéma comme art du présent, comme topologie, la poésie qui naît des choses mêmes, jusque dans l'horreur. Enregistrer le passage du temps. Pas un recueil d'informations, ni des données statistiques, les chiffres sont inutiles pour les yeux, seulement et surtout une oeuvre de la conscience. C'est si rare à la télévision que cela mérite d'être signalé.

Analyse : S21 / Duch : Le Cinéma de Rithy Panh​​​​​​​

Placer les témoins rescapés en situation de crise, les y accompagner. Eviter le piège obscène de placer face à face les bourreaux et les victimes. Oui, une réelle indécence : mettre à égalité une victime et son probable bourreau. L'agriculteur bosniaque survit. Le bourreau serbe en liberté se perd dans son déni. Devenir témoin à son tour. Une autre façon de vivre sa place de spectateur passif. La mise en scène ne devient possible qu'une fois faite cette constatation. Ce fut tout le génie de Claude Lanzmann d'inventer cette triangulation de la mise en scène. "L'art contemporain de la mise en scène" comme l'a écrit le cinéaste Arnaud Desplechin. Un bouleversement esthétique et politique. Ne plus seulement connaître, tenter de prendre conscience. Voir ce que l'on se contentait de regarder. Le cinéma comme topologie disions-nous. Une scène de Shoah (1985).  Lanzmann est à Sobibor devant la gare avec Jan Piwonski : "Ici, si moi je suis là, je suis dans l'enceinte du camp ? - Exactement".

Lanzmann recule de deux pas, suivi de la traductrice et de l'aide aiguilleur. Il lance : "Et là, je suis en dehors du camp ? Ici c'est la partie polonaise ; puis ça, c'est la mort". L'émotion nous étreint. A chaque vision. Le cinéma comme art de l'espace. Les journalistes de France 2 et Jean-René Ruez ne procèdent pas autrement. A l'instar de Guillaume Moscovite dans Belsec (2005) ou de Rithy Pan dans S21, la machine de mort khmère rouge (2002).

Jean-René Ruez travaille ici pour lui et les autres, les vivants et les morts. Il ne serait pas superflu qu'un cinéaste prenne le relai, lui emboîte le pas, le suive à la trace, avec la même minutie, une probité similaire, armé d'autres outils. En faire un film. Pour mémoire. 

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Publié dans pickachu

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