Rambo (1983) revisité. Eloge de l'acteur Sylvester Stallone.

Publié le par facquet

 

     

 

  à mon père, sans qui les fêtes n'en sont plus, 

 

 

L'antiaméricanisme primaire est une passion française tenace. Rien de nouveau donc sous le soleil. Lorsque sortit en 1983 Rambo de Ted Kotcheff, un honnête artisan hollywoodien, un concert de sarcasmes l'accueillit en France, accompagné de jeux de mots rutilants, tels que Rambo et con à la fois, par exemple (à la même époque il y avait aussi Connard le barbant pour Conan le barbare). Nous étions jeunes (ce n'est pas une excuse, la jeunesse n'est pas une vertu), Reagan Président des Etats-Unis d'Amérique, un pays qu'on aime haïr par chez nous. Chacun, en cachette, prit mille précautions pour aller voir le film, sans que ça se sût. Résultat : le héros de celluloïd (un mythe errant embryonnaire) n'était pas celui qu'on nous avait présenté, et le film : un choc ! La preuve, ce besoin d'y revenir presque trente ans plus tard.

Sept ans après la cessation des hostilités, John J.Rambo, un vétéran médaillé des troupes d'élite au Viêt-Nam, est arrêté sans ménagement pour vagabondage dans une petite ville de l'Amérique profonde. Il se fait humilier par la police locale. Rambo se fait la belle (la gente féminine est à cet égard la grande absente de cette oeuvre phallique, c'est tout à son honneur...). S'en suit une chasse à l'homme, violente et démesurée. Le spectateur assiste alors à une forclusion, au retour hallucinatoire dans le réel de ce qui ne s'est jamais inscrit symboliquement. Voyez. Une paisible communauté yankee, pour laquelle la guerre en Asie a dû en grande partie se réduire à un spectacle suivi à travers le prisme d'un écran, subit près de chez elle les dommages collatéraux d'un récent conflit meurtrier refoulé (mal).  

Lorsqu'il devient enfin possible de séparer un film du phénomène de masse qu'il a été, il n'est pas vain, tant s'en faut, de le (re)voir à la télévision, pour ce qu'il est encore simplement : un assemblage d'images et de sons. Rambo a les qualités (et les défauts) du cinéma américain originel. L'action pour ratisser large, les motivations, en creux : dans un regard, les dialogues (surtout), un plan a priori superflu, l'accès de colère incongru d'untel, le désarroi de celui-ci. Rambo est en outre un héritier du cinéma engagé américain des années 60 et 70 (parfois maladroit ou/et naïf), plutôt sévère avec les dérives multiformes de la plus puissante démocratie du monde. Un cinéma véloce capable de se colleter avec plus ou moins de bonheur avec les événements récents qui la secouent.

Sylvester Stallone est un immense acteur -voir sa prestation dans le très bon Copland de James Mangold, en 1997, avec De Niro et Keitel. Exception faite des dernières minutes où il dénonce les conséquences néfastes de cette guerre lointaine (scène risquée mais réussie), effondré aux pieds de son colonel (Trautman), son impassabilité dans la majeure partie du film, quoi qu'il arrive, fait de Rambo le réceptacle de la mauvaise conscience américaine (la guerre perdue au Viêt-Nam, le génocide des Indiens -Rambo et son bandeau sioux), celui qu'il faut abattre pour oublier, faire en somme comme si rien ne s'était jamais passé, après une purification par l'eau (l'insoutenable scène de la douche dans le commissariat). Stallone est grand : un aphasique, au regard impavide (figé lors du flashback christique : Rambo en croix torturé), mu par on ne sait trop quoi ; le film est fort : pas de muscles bandés en vue d'une impossible revanche orientale, une mise en scène à la fois sobre et efficace. Les épisodes (deux et trois) suivants deviendront pathétiques quand l'Amérique reaganienne  transfigurera Rambo, au corps désormais hypertrophié, en souvenir-écran, un vengeur fantasmé, enrôlé pour endiguer les traumas qui la rongent, lui redonner une bonne conscience.  

Rambo, à l'instar de Rocky (de John C.Avildsen, 1976), est une expérience passionnante, un document précieux sur la santé d'une nation malade, une photographie post-traumatique, à une époque charnière de son histoire, de l'Histoire plus généralement. L'occasion aussi de (re)découvrir au passage un grand acteur de cinéma. Décrié à tort depuis trop longtemps (voir ses films en V.O., histoire d'échapper à la caricature des Guignols de l'Info).

 

of

 

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article