Qui est Tom Doniphon ? L'Homme qui tua Liberty Valence, J.Ford, 1961

Publié le par facquet

 

  L'homme qui tua Liberty Valance (film) - Réalisateurs, Acteurs, Actualités

 

  Le désordre des êtres est dans l'ordre des choses

                                                           Jacques Prévert

 

L'Homme qui tua Liberty Valence (1961) est peut-être le plus beau film (un western) de John Ford, une oeuvre qui vous regarde vieillir avec bienveillance. Un jeune avocat, Ransom Stoddard (James Stewart, no comment), part s'installer das l'Ouest pour imposer la justice par les lois. Dès son arrivée, il est victime d'une embuscade tendue par l'homme fort du coin, bras armé des gros propriétaires : Liberty Valence (Lee Marvin, quel acteur ! ). Une fois en ville, le corps marqué par les coups, Ransom est acueilli chaleureusement par Tom Doniphon (John Wayne, que dire ?), le seul à tenir tête à Valence, et par un couple d'aubergistes devoué, parents de la belle Hally (Vera Milles -tant à dire !) qui va petit à petit s'enticher de l'homme de loi. Ransom Stoddard deviendra gouverneur d'un Etat créé par ses soins, puis sénateur des Etats-Unis d'Amérique. Il n'oubliera pas au passage d'épouser l'énergique Hally.

Homme qui tua Liberty Valance (L') - Transmettre le cinéma

Tout a été dit ou presque sur ce western à nul autre pareil par d'éminents cinéphiles dont les ouvrages font autorité. Prudence et humilité, donc. Une oeuvre godardienne : on apprend au mitan du film que Liberty Valence n'a pas été abattu par notre avocat, mais par Tom Doniphon, une fine gâchette nyctalope : flashback, changement de prise de vue, l'occasion ici de paraphraser Godard : force est en effet de constater qu'il n'y a pas d'images justes mais juste des images. L'Homme qui tua Liberty Valence est aussi une oeuvre pascalienne : "La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique". Que vient faire Blaise Pascal chez les yankees ? Tom et Ransom finissent simplement par se compléter : la justice par les lois et la justice du pistolet deviennent insécables.

L'homme qui tua Liberty Valance - Cinémathèque de Saint-Etienne

Nous tenons en outre pour incontestable qu'Hally, nonobstant son mariage avec Stoddard (ont-ils eu des enfants ? Pourquoi nous le cacher ?), est restée amoureuse de Tom Donophon, d'une manière ou d'une autre, toute sa vie de femme. Deux amours, un choix cornélien (sentiments et devoirs...). Belle métaphore que ce cactus en fleurs (masculin/féminin) posé sur le cercueil de Tom par Hally -en épousant Ransom lui a-t-elle fait une fleur ?. La part virile (ça pique) et généreuse du défunt, le courage éthique et et intellectuel du mari. La plante figure la complexité de l'oeuvre fordienne. Sa vision du monde. 

L'Homme qui tua Liberty Valance - Les Programmes - Forum des images

Deux mots encore. Vu que ce film nous regarde vieillir, Tom Doniphon apparaît aujourd'hui comme le personnage le plus attachant du film. Sa probité armée est une assurance protectrice pour la population terrorisée par Valence. Tom n'a pas eu la même éducation que Ransom, ne possède pas sa culture juridique, ni son savoir, ce qui ne l'empêche pas d'être un honnête homme. Il est en outre d'un fair-play exemplaire : il perd la femme qu'il aime d'une passion brûlante (il met le feu à la maison qu'il a construite pour elle, impossible purification, symbole au contraire de la destruction, du renoncement) et garde une vie entière le secret du combat nocturne d'anthologie contre Liberty Valence, un secret qui fait de Ransom un héros, lui ouvrant ainsi les portes d'un destin politique national. Une autre scène fordienne : lorsque Hally et Ransom, au tout début du film, entrent dans la pièce où gît le corps mis en bière de Doniphon, Pompey (Woody Srode, parfait, comme d'habitude), le complice noir du cowboy, niché dans l'ombre, se lève : retour du refoulé, Pompey, témoin muet à l'image de son patron, ravive sans mot dire des souvenirs enfouis, la scène primitive. Ransom va devoir parler, révéler la vérité, lever le secret. Une thérapie par la parole qui provoque le récit. Sans oublier en outre l'antiracisme viscéral de Tom qui impose la présence de Pompey dans un saloon hostile. Bref, un type bien. Un grand personnage de cinéma. Le plus comlexe du film ? Son long silence permet à un journaliste mis au parfum par Stoddard de lancer le fameux : "Dans l'Ouest, quand la légende dépasse la réalité, imprimez la légende !". Surtout, enfin, ne pas prendre Tom pour le demeuré de service, or, nombre de commentaires ne l'ont pas toujours ménagé, compris à sa juste valeur : il comprend au contraire dans la douleur que les temps ont changé. Et en lui aussi le masculin et le féminin cohabitent, mais ceci est une autre histoire.

L'homme qui tua Liberty Valance (1962) | MUBI

Tout compte fait, L'Homme qui tua Liberty Valence est par-dessus tout un film sur la nostalgie, ce qui ne surprendra pas les zélateurs de l'oeuvre de John Ford. Est-ce l'âge, le temps qui passe, en fait trépasser ? N'importe ! La nostalgie est dans ce western une évidence qui saute aux yeux, nous étreint d'émotion. Nostalgie, mots à multiple acceptions : mal du pays, regret mélancolique d'une chose révolue ou perdue. Les héros fordiens sont liés au passé, en un dialogue ininterrompu avec lui. La mort ou la perte d'un être cher sont une constante chez Ford. Après un long flashback, nous suivons Hally et Ransom prendre le train pour rejoindre Washington. Le couple échange quelques mots, puis décide de tout abandonner pour revenir vivre dans la région. Ils semblent apaisés. La boucle est bouclée. Il aurait fallu aussi évoquer la complexité des plans, la sobriété subtile des mouvements de caméra, le goût du silence qui met au jour les rythmes de l'image, l'utilisation de l'ellipse pour bousculer le temps, le flashback dans le flashback, et tant d'autres choses, au risque de lasser. L'Homme qui tua Liberty Valence est en définitive un film-somme, tout, sauf assommant. Intemporel. Salut l'artiste !

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L'homme qui tua Liberty Valance de John Ford (1962) - Olivier Père

 

 

 

 

 

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Publié dans pickachu

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