Que l'affect commande !

Publié le par facquet

La Princesse de Montpensier - film 2010 - AlloCiné

  

Le succès rencontrée par La Princesse Montpensier est l'occasion de rappeler que Bertrand Tavernier est un bon cinéaste doublé d'un honnête homme. Serge Daney (le plus doué des critiques de cinéma de sa génération, vaincu par le sida en juin 1992), ne le ménagea guère des années durant, mais reconnu, à la toute fin de sa vie, le talent de l'artiste et son humanité.

La princesse de Montpensier sur Arte | RCF

Dans les Inrockuptibles d'avril 1991, Daney confesse : "Cela dit, Leos Carax, c'est comme Rivette. Quand on se rencontre dans la rue, on prend un café ensemble. Là, on va entrer dans l'émotion pure : mais la partie du cinéma que j'ai défendue, que je représente, qui inclut Leos, pas cent pour cent, mais pour beaucoup, est constituée de gens qui ne sont pas foutus de se téléphoner. C'est un choix de vie. N'empêche : si j'étais copain avec Tavernier, il prendrait soin de moi". Rien à ajouter, n'est-ce pas ?

Dans la revue qu'il a crée quelques mois avant sa mort, Daney revient avec bienveillance sur le travail de Tavernier : "Une fois de plus, je m'étais assoupi, face à mes deux Bang et Ofulsen, quand des sortes de cris me réveillèrent. Je réalisai alors qu'il s'agissait d'un tokcho et de Bertrand Tavernier qui parlait de son dernier film, La Guerre sans nom. Il expliquait que la guerre d'Algérie, de par sa durée et la nature montagneuse du pays, avait été aussi une guerre dans la neige. Et qu'il suffisait de mettre ces mots ensemble -"guerre d'Algérie" et "neige"- pour qu'il se produise le déclic d'une vision neuve, d'une idée fraîche, d'une envie toute bête de voir ça. Je ne sais si, malgré ses cris, Tavernier a convaincu le plateau mais, pour une fois, il m'a touché, moi. Seul, en effet, un cinéaste peut encore s'émerveiller de la possibilité d'une image qui contredise un cliché" (Trafic, été 1992). Quel bel hommage ! Non ? Comment donner l'envie de voir ça : La Princesse de Montpensier ? Comment s'y prendre ? Tout le monde n'est pas Serge Daney. D'autres, peut-être, évoquerons émus cette intense histoire d'amour -ça crève les yeux. A la vie, à la mort. Il faudrait s'atteler à l'analyse rigoureuse de chaque scène, chaque séquence, itou pour les plans, de leur enchevêtrement, c'est-à-dire trouver les mots justes, l'émotion, pour montrer cette invention du temps -la mise en scène, le montage, entre autres-, l'essence même des grands films, sans laquelle le dernier Tavernier ne vaudrait pas tripette. "L'urgent chasse l'important" disait René Char.

Critique : La Princesse de Montpensier, de Bertrand Tavernier - Critikat

Trouver les bonnes métaphores afin de préciser pourquoi Tavernier parvient à montrer sans pathos que l'homme est fait de chair, de nerfs, de sang, d'entrailles, de pulsions venues d'on ne sait où, fait aussi de défauts, d'incapacité souvent, de défaillance ou de vulnérabilité. Parler sans fin de la direction d'actrice(s) et d'acteur(s) : l'innocente sensualité irrésistible de la Princesse (Mélanie Thierry, parfaite), l'intégrité du Comte de Chabannes (Lambert Wilson, de nouveau génial), un humaniste, un individu qui cherche à se délivrer de toutes les aliénations, qui s'escrime à s'affranchir de tous les dogmes, se perd souvent, se retrouve quelquefois, apprend ou devine, doute de tout -sauf de son amour-, se retrouve envahi d'interrogations auxquelles il faut bien répondre, d'une manière ou d'une autre. D'autres, disions-nous, s'attarderont sur le contact brûlant de deux épidermes en feu insatiables. Une fantaisie, au sens étymologie du terme : une apparition. Un coup de foudre. La Princesse de Montpensier s'avère une expérience passionnante. C'est aussi un grand film sur la guerre en général. La guerre prise de biais avec pudeur et respect des distances : éviter le piège de l'horreur photogénique.

La Princesse de Montpensier (version restaurée) de Bertrand Tavernier  (2023), synopsis, casting, diffusions tv, photos, videos...- Télé-Loisirs

Il est rare qu'un cinéaste de la trempe de Tavernier juxtapose sans déséquilibre ce qui n'est pas conciliable (ici l'amour fou et les guerres religieuses). Le risque de l'éparpillement est grand. Par un didactisme subtil, Tavernier ne dit pas que la Saint-Barthélemy (23 août 1572) va frapper fort, on la rencontre en cours de film, presque par hasard, et on se dit soudain qu'elle nous attendait depuis l'entame et que c'est une boucherie. Un bon Tavernier ? Oui. Il n'en fait qu'à sa guise. Tant mieux. 

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La Princesse de Montpensier : Mélanie Thierry relit ses classiques pour  Bertrand Tavernier [critique] | Premiere.fr    

 

 

 

 

 

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Publié dans pickachu

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