Pom Pom Pi Dou
à Guillermo Farinas et Juliano Mer-Khamis
Depuis la disparition de la publicité le soir sur le petit écran sur France 2 et France 3, force est de constater que le nombre de fictions historiques de qualité a non seulement augmenté, sans pour autant, qui plus est, être comme jadis diffusées à des heures avancées, voire indues. Il est aussi possible de reconnaître l'absence d'interventionnisme étatique dans la programmation, en particulier dans le secteur sensible de la création fictionnelle télévisée.
Partant, faut-il taire toute critique ? Prenons Mort d'un Président de Pierre Aknine, plébiscité par le public (nostalgie des Trente Glorieuses ?), téléfilm diffusé sur France 2 le mardi 12 avril à 20H40 : Pompidou sans Georges. La descente aux enfers d'un Président de la République atteint d'un mal incurable : de 1973 à 1974, Georges Pompidou doit à la fois affronter une forme agressive de leucémie, "un combat honorable à mener contre soi-même" (F.Mitterrand,1992)), et la guerre de succession qu'entreprennent sans tarder ces amis gaullistes et centristes. A gauche (entièrement absente du film, pas même hors champ) François Mitterrand reste digne : "Chez les Pompidou, on ne se couche que pour mourir" écrit-il à l'époque.
La performance d'acteur de Jean-François Balmer permet au téléfim d'éviter de sombrer dans une totale vacuité et aux téléspectateurs de s'ennuyer ferme. Le réalisateur tombe en effet dans nombre des pièges que le genre tend à ceux qui s'y frottent.
a) Mort d'un Président est un travail uniquement illustratif. Il n'apporte rien et sur le plan historique (ce qui n'est pas grave) et sur le plan cinématographique (ce qui est nettement plus embêtant). Les images sont des vignettes.
b) Mort d'un Président ne prend aucun risque formel, une platitude esthétique édifiante, il respecte à la lettre les codes en vigueur. Un bel exemple d'académisme télévisuel : dur, pour un chef d'Etat qui admirait Nicolas de Stael, qui lui-même était un fou de foot.
c) Le scénario est cousu de fil blanc, d'ailleurs toute la presse s'est empressée de servir le même synopsis. Un chapitre sur la Cinquième république extrait d'un manuel d'Histoire du secondaire.
d) Les acteurs -exception faite de Balmer- parlent comme des livres, aucune spontanéité à l'horizon, comme si jouer des hommes ou des femmes de pouvoir nécessitait de tirer des tronches de trois mètres de long une heure trente durant. Les dialogues, et autres répliques ou déclamations historiques (hystériques ?) incontournables sont récités platement, comme les poésies dans les écoles primaires d'antan. Les acteurs sont raides comme la justice, des marionnettes douées de la parole : ceux qui incarnent Chirac et Balladur sont plus faux que nature. Emphase assurée.
e) Mort d'un Président enfile les clichés comme d'autres les perles (Pompidou, sa femme Claude, l'art moderne et la poésie), pas de mise en scène particulière, une séquence sans intérêt dans un musée, nulle figure imposée ne nous est épargnée, elles sont toutes convoquées : les heures sombres d'un monarque républicain rompu et abandonné par les siens, mais choillé par sa famille. Tout est balisé. Trop. On ne sort jamais des sentiers battus. George reste une énigme, un inconnu.
f) Comme souvent, la fiction rachète le personnage qui sort grandi de l'exercice. C'est le cas. Rien, vraiment rien, donc, sur une hypothétique face cachée du Président Pompidou. Au contraire. Le promeneur du mois d'avril. Intouchables ces princes qui nous gouvernent ? Des postures, avant tout des postures.
Enfin, Mort d'un Président est moins le récit de la déchéance d'un homme public, qu'un documentaire sur le binôme diabolique Juillet/Garaud (des conseillers envahissants). Un film sur les coulisses du pouvoir. La politique sert d'arrière plan.Trop aimable, en outre, madame Garaud. Le réalisateur a dû certainement la confondre avec Françoise Giroud. Un mot encore : lors d'une conférence de presse en 1969 à L'Elysée, on presse Georges Pompidou de donner son opinion sur le suicide d'une jeune enseignante tombée amoureuse d'un de ses élèves. Un silence de plomb, le Président hésite, puis récite quelques vers d'Eluard :
Comprenne qui voudra
Moi mon remords ce fut
La malheureuse qui resta
Sur la pavé
Celle qui ressemble aux morts
Qui sont morts pour être aimés.
Il se lève, salue l'assemblée, s'en va, ému. Du grand art. Du direct. Le don de l'improvisation. Ces quelques secondes nous disent quelque chose du bonhomme. Notre fiction historique, elle, déçoit. N'importe ! C'est déjà mieux que rien ; ça ne fait de mal à personne. En attendant des jours meilleurs. Bien à vous.
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