Scream parfait (Scream 4 de Wes Craven)
Scream 4 de Wes Craven est une réussite, une oeuvre jubilatoire. Avec le quatrième épisode de la saga, Craven ne pas cherche pas à entrer dans l'histoire du septième art. Seulement à jouer (entre autres) avec le genre qu'il maîtrise comme personne, et, au passage, nous filer la frousse. D'où l'inanité des rires mesquins entendus lors de la sortie du film. Scream 4 nous ressert le même plat, un menu identique (ou presque) où le métalangage est roi : chausse-trapes narratifs, parodie contrôlée, séquences à double fond, citations à foison, autocitations à répétition, fausses pistes, ironie, humour, et toutes les figures imposées du film d'horreur, le tout savamment orchestré : un parfait emboîtement des situations et des discours. Sans oublier un petit coup de griffe aux exégètes du genre (commentaires sur les clichés). Wes Craven n'est pas un perdreau de l'année, un naïf, un innocent, un ravi de crèche au pays des bisounours. Un maniériste atypique, certainement. Les quatre volets que forment Scream sont warholiens autant que maniéristes, voire maniéristes compulsifs, pour jargonner comme à l'Université.

Wes Craven s'attache à illustrer (dénoncer ?) la civilisation industrielle, la société de consommation, dans ce qu'elles ont de plus aliénant, reproduisant en quatre exemplaires les mêmes thèmes, des sujets similaires, la reproduction ad nauseam du même : la rhétorique fossilisée du cinéma d'horreur, quand Warhol reproduisait, quant à lui, en de nombreuses répliques, des photographies violemment colorées de peinture acrylique. L'image au pouvoir, son lien avec la mort, son exténuation. Warhol pensait en outre que tout un chacun aurait dans son existence son quart d'heure de gloire. Variés sont les chemins pour y parvenir. Se taire : susciter l'envie de découvrir Scream 4.

Si ! Un mot encore : comment ne pas évoquer ici le critique d'art Walter Benjamin et son ouvrage L'oeuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique (1936). L'art perd son aura. Et le cinéma est par essence fait pour être reproductible. L'oeuvre d'art devient un objet commercial. Passons. Sceam 4 est aussi au passage un clin d'oeil aux professionnels de la profession, en forme de message codé : le statut d'artisan suffit à Wes Craven, la gloire l'indiffère.

N'empêche ! Scream 4 est l'exercice de style d'un surdoué (pas uniquement : la superficialité filmée par Craven n'est pas dénuée d'une sourde violence inquiétante), doublé d'un cours (il est prof) donné aux jeunes générations. La preuve : les anciens s'en sortent, à l'image de Sydney Prescott (Neve Campbell), la jeune génération, elle, n'aura jamais l'occasion de prendre un coup de vieux. Un coup de pied de l'âne aux réseaux sociaux et au méta-monde : l'idée de recréer les meurtres et d'en poster les vidéos sur le web est une impasse mortelle. Tout de même, quel exercice de style ! Une nuit, dans un parking lugubre, une jeune femme en tailleur et talons aiguilles ne parvient pas à faire démarrer son véhicule. Un homme masqué l'a fait tressaillir (et nous, donc). Madame sort courageusement de la voiture. La caméra posée au sol filme le galbe parfait des mollets : le tueur est-il jonché sous ou derrière l'engin ? Veut-on cacher le meurtre pour le rendre plus insupportable encore ? Un zest de sensualité avant le bain de sang : Eros terrassé par Thanatos ? En tout cas, une scène d'anthologie. Elles sont légion dans Scream 4. C'est toute la réussite (montage au cordeau) et la force du film d'utiliser toutes les ficelles du genre (appels téléphoniques menaçants, escaliers angoissants, bruits suspects, atmosphères anxiogènes, stop and go effrayants, nuits noires où les sentiments se bousculent), de les mettre en abîme jusqu'à plus soif (il n'existe pas une infinité de manière de se faire poignarder), sans pour autant donner l'occasion au spectateur de faire le malin : prenez-en 100, 90 ont peur, 10 mentent. Chapeau l'artiste !
Sans compter que Wes Craven s'empare de la vie privée des acteurs pour pimenter le mets : les déboires récents du couple Cox/Arquette servent d'arrière plan. Cocasse. Qui a peur du méchant Ghostface ?
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