Le fou du logis (Jerry, et pas qu'un peu). Génie de Jerry Lewis.

Publié le par O.facquet

Décès de l'humoriste et acteur américain Jerry Lewis

 

Où l'on apprend que le véréran comique Jerry Lewis, âgé de 77 ans, est très malade. Début septembre, lors du Jerry Lewis Labor Day Telethon, son infirmité et ses boursouflures chimiques ont ému l'assistance. Lui rendre hommage, ici et maintenant, avant les inévitables envolées nécrologiques. Figures imposées consensuelles, donc suspectes. Il le vaut bien.

Qui se soucie de Jerry Lewis, cette vieille gloire ? Un immense artiste, pourtant. Un cinéaste majeur, doublé d'un acteur de génie. Ceux qui ne l'ont pas encore oublié, prennent-ils vraiment au sérieux ce comique incomparable ? Quelques-uns lui vouent un culte particulier. Parlons-en.

Jerry Lewis, né en 1926 à Newark, New Jersey, aux Etats-Unis, est un auteur de cinéma à part entière. A l'instar des plus grands, il articule son oeuvre sur quelques thèmes récurrents. Tout comme Alfred Hitchcock, par exemple, il est lui aussi, à sa façon, un artiste de l'anxiété, qui s'est donné comme tâche de faire partager ses hantises. Un spectre hante en effet son cinéma : l'avènement d'une société disciplinaire reliant l'ordre des corps à des valeurs positives. Une société disciplinaire métaphoriquement représentée dans ses films par des espaces clos, quadrillés par un personnages autoritaire : le chef crampon des chasseurs d'un hôtel balnéaire dans Le Dingue du palace (1960) ; la directrice despotique et castratrice d'un internat de jeunes filles dans Le Tombeur de ces dames (1961) ; le responsable tatillon du service courrier dans Le Zinzin d'Hollywood (1962) ; enfin, le proviseur irascible d'un lycée dans Docteur Jerry et Mister Love en 1963. Quatre grands films.

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Les manifestations faciales appuyées, les maladresses à répétition de l'acteur, sont autant d'actes manqués, de symptômes, qui éclairent moins une révolte réfléchie contre une militarisation de la société, qu'un sursaut spontané -donc inconscient- devant une tentative incidieuse d'assujettissement des corps. A l'image de Charlot, les personnages joués par Lewis sont asociaux, non antisociaux. Ce sont des décalés, des anticonformistes, jamais des agitateurs patentés. Toutefois, leur impuissance naturelle à trouver un compromis avec l'ordre établi, induit un maniement des choses toujours déviant et désastreux. Là est leur capacité roborative de nuisance : ébranler les micro-pouvoirs, même si, in fine, tout rendre dans l'ordre, ou presque. 

Somme toute, le danger vient moins des choses que des relations laborieuses nouées avec les autres (avec l'Autre ?), au formatage accompli. Il faudrait sans doute évoquer aussi l'immaturité de ces personnages face à la gent féminine. C'est une autre affaire.

Les mouvements désordonnés, tout comme les grimaces outrées de Joseph Levitch (alias Jerry Lewis), viennent contrarier cette entreprise de dressage corporel (est exemplaire à cet égard dans son oeuvre le traitement de l'espace et la façon de faire s'y déplacer les corps).

L'incapacité -plus somatique qu'intellectuelle- à se plier au processus de domestication des fonctions corporelles, permet la conservation des multiplicités humaines. Jerry Lewis est un résistant. Ils ne seront jamais assez. Et le rire reste l'arme la moins meurtrière pour enrayer les invisibles mécanismes quotidien de la domination.

 of, novembre 2003, revisité ce jour.  

Le Tombeur de ces dames - Le Grand Action

 

 

 

 

 

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Publié dans pickachu

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