Le changement : maintenant ! Une vie meilleure de C.kahn.

Une Vie meilleure, le dernier film de Cédric Kahn (2012), avec Leïla Bekhti et Guillaume Canet, nous a été vendu comme une oeuvre sociale et politique -rien que ça-, une oeuvre engagée, voire militante, il paraît que c'est tendance, en lutte contre le surendettement et ceux qui, cupidement, l'encouragent et en profitent, de quoi faire frétiller la cinéphilie altermondialiste (c'est pour rire...). Erreur grave. Le portrait social est bien plus fin.
Une Vie meilleure est, entre autres, un émouvant, et réussi, parcours initiatique de trois paumés (et une belle histoire d'amour, quoique compliquée). Yann (Guillaume Canet) devient par la force des choses (le départ de sa compagne Nadia -Leïla Bekhti- au Canada sans son fils) le père qu'il n'a jamais eu, en charge du jeune Slimane (Slimane Khettabi, formidable), désormais délesté de son statut encombrant d'orphelin. Une initiation au monde pour l'un et l'autre.
Cédric Kahn enregistre la résistible gestation d'une filiation masculine laborieuse. C'est renversant. La dernière demi-heure dans le Nouveau Monde est touchée par la grâce. En apesanteur. Là-bas, il est possible de repartir à zéro. On est loin du tract revendicatif vanté lors de la promo par le petit monde médiatique (et, osons le dire, le cinéaste lui-même...). Au passage, qu'on nous permette d'égratigner le grossier critique germanopratin qui a jugé l'interprétation de Leïla Bakhti grossièrement tire-larmes. Gros bêta !

Le cinéphile (ciné-fils) est une sorte d'orphelin initié comme il faut à l'apprentissage du monde, par un passeur bien particulier.
Légion sont les films qui racontent cette histoire. The Kid (1921) de Charlie Chaplin, bien sûr. La Nuit du chasseur (1955), de l'acteur Charles Laughton, son seul film, avec Robert Mitchum, un des plus beaux films américains du monde (Serge Daney). Un Monde parfait (1993) de Clint Eastwood, avec Kevin Costner en évadé kidnapper, devenu le temps d'une cavale texane une magnifique figure paternelle -très belle fin en forme de clin d'oeil au Dormeur du val. Le Petit criminel (1990) de Jacques Doillon, où Richard Anconina (parfait) campe un policier déconcerté, à la recherche d'un repaire pour gamin en danger. Sans oublier True Grit (2011) des frères Cohen : la jeune Mattie (Hailee Steinfeld) fait d'un U.S. Marshal alcoolique, Rooster Cogburn (Jeff Bridges), un père de substitution. Enfin, actuellemnt sur les écrans, le dernier Scorsese : Georges Méliès adopte le jeune Hugo Cabret. La liste n'est cependant pas exhaustive.

Toutefois, le Mythe cinéphilique incarné, reste le Moonfleet (1955) de Fritz Lang. L'adolescent John Mohune se choisit un protecteur, le bandit élégant Jeremy Fox (nous sommes au XVIIIème siècle), lequel lui enseigne les choses de la vie et bien d'autres choses encore. Et il apprend vite, le bougre !
Cédric Kahn, récemment malmené, à l'instar de ses personnages, s'inscrit dans cette filiation cinéphilique. Une exigence de re-père. Sans doute. En tout cas : un triple A.
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