Eloge de Sophie Marceau (à propos de "A ce soir", 2005)

Publié le par O.facquet

 

PHOTO À CE SOIR - SOPHIE MARCEAU REF (MAR120920141) | eBay

 

Il arrive qu'on se retrouve seul à défendre un film. Voire une actrice. Ce fut le cas avec A ce soir de Laure Duthilleul en 2005. Assumer.

 

 A ce soir rassurera ceux qui désespèrent du cinéma français (son naturalisme en toc et son fantastique ripoliné). Laure Duthilleul (déjà tout un poème) fait une entrée remarquée et remarquable, à pas feutrés, dans le cercle étroit des metteurs en scène qui comptent.

Un bon cinéaste, c'est peut-être un artiste aventureux qui se lance des défis dans l'unique but de les relever. Quitte à laisser le spectateur seul juge du résultat.

A ce soir court à travers les obstacles, en sort indemne et grandi. Parions que la réalisatrice reviendra très bientôt hanter nos nuits bienfaisantes (jolie formule de Claude-Jean Philippe).

A ce soir. - film 2003 - AlloCiné

Première gageure, et pas des moindres : établir, sans trop insister pourtant, le talent discuté de Sophie Marceau. Vaste programme. Voyez toutefois cette rage rentrée soudain rutilante (le feu sous la glace), ces accès de tendresse arrachés au désespoir et à la folie embusquée ; la vie qui revient -l'esquisse d'un sourire-, puis derechef la tentation du vide, l'appel du large (noyer son chagrin dans la mare de tous les diables), ce phrasé unique, loin du naturel artificiel à la mode ; l'ironie subtilement dessinée sur des lèvres vigoureuses et idéales, faites pour l'amour ; l'usage maîtrisé d'un corps loquace, tout comme ce mutisme volubile paradoxal. Voyez encore cette allure singulière, mêlant inextricablement ardeur et torpeur, une allure tout à la fois noble et triviale. Du grand art. Sophie Marceau est un film à elle seule. C'est un monde dans toute sa richesse. Un corps qui pense. Panse les plaies, les bleus à l'âme de marmots à l'insouciance feinte ; surtout, des pensées sensuellement incarnées.

Nelly (Sophie Marceau, donc), est infirmière dans un village de Gironde. Son mari (Manuel), médecin dans le bourg, meurt subitement dans son lit. Le film suit les premiers jours d'un deuil immanquablement douloureux. Son amant (le frère du défunt), ses enfants en vadrouille, la belle soeur de passage, les amis du couple, les voisins compatissants, l'enterrement et son organisation : du balisé métamorphosé par la poésie et l'humour. Sans oublier l'excellente composition musicale de Francki II Louise.

Les croques-morts viennent chercher le cadavre : ils crèvent en route. Nelly pète les plombs, subtilise une ambulance munie d'un haut parleur, en profite pour annoncer à un village ensommeillé la date et l'heure des obsèques.

À ce soir - Film (2003) - SensCritique

Il faudrait aussi parler de ce cercueil qui ne veut décidemment pas passer par l'embrasure de la porte. Ils en bavent à mort. Il y a beau temps que notre cinéma ne nous avait pas tant fait (sou)rire de la sorte.

Le mot est quelque peu galvaudé, mais il a ici toute sa place : l'humanisme. Identique à celui de Cookie's fortune de Robert Altman : la fête de l'humanité en somme (moins le centralisme démocratique...), même endeuillée. La gentillesse, la douceur, l'amour quelquefois, l'amitié souvent, une forme d'altruisme, osons l'écrire, circulent comme une caresse fluide.

D'autre part, A ce soir (avec plaisir), via la présence spectrale de Sophie Marceau, est un film fantastique à sa façon. En héritière fidèle de Jean Renoir, Laure Duthilleul sait que tout réel est porteur de fantastique, à condition qu'il soit traité d'une manière réaliste. La leçon a été retenue et l'exercice profitable (voir la maison familiale et son inquiétante étrangeté).

Poésie, avons-nous dit. Une bière (blanche au départ) amicalement peinturlurée ; une enfant échange quelques mots avec une salamandre ; une automobile déchire la nuit sur une route de campagne avant d'être avalée par l'obscurité. Loin d'une cérémonie obligatoirement macabre, une jeune veuve séduisante fait face à l'océan, flanquée d'orphelins guillerets : un grand vent souffle, le déferlement lourd des vagues sur la plage, l'écho du ressac. La famille est morte de froid. La vie continue.

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Publié dans pickachu

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