Ich bin ein new yorker (après les attentats, septembre 2001)

Publié le par O.facquet

Critique : La Tour infernale (John Guillermin & Irwin Allen)

La Tour Infernale (1974) de Irwin Allen

 

 

"Vraiment ! Y a-t-il rien de plus grand, de plus beau

que Manhattan en sa ceinture de mâts ?

Son fleuve dans le couchant, ses vagues à côtes

de coquilles sous le mascaret ?

Ses mouettes balançant leur corps, la gabare d'herbe

dans le crépuscule, le bateau-phare pris dans la nuit ?"

  

 Walt Whitman, De Brooklyn à Manhattan par le bac (1856)

 

 "J'aime New York. J'ai appris à l'aimer (...) J'ai appris à aimer

son ciel (...) Le ciel de New York est beau parce que les gratte-ciel

le repoussent très loin au-dessus de nos têtes. Solitaire et pur comme

une bête sauvage, il monte la garde et veille sur la cité. Et ce n'est pas

seulement une protection locale : on sent qu'il s'étale au loin sur toute

l'Amérique ; c'est le ciel du monde entier."

 

                 Jean-Paul Sartre, Situations III.

 

Un fondu parmi d'autres du cinéma américain trouve enfin, un lundi 10 septembre, quelques minutes pour écrire un petit quelque chose sur La planète des singes (version Tim Burton). Malheureusement...

Les agressions terroristes qui ont meurtri la côte Est des Etats-Unis d'Amérique (God bless América !) nous poussent à un détour ému par ce surprenant pays, à nul autre pareil, exagérément exécré par les uns, démesurément adulé par certains (la vérité est une nouvelle fois à mi-chemin, comme l'herbe qui, comme l'a écrit Deleuze, "pousse par le milieu").

Un détour par le cinéma, bien sûr. Le cinéma qui n'est pas une fenêtre ouverte sur le monde, mais le monde même.

Quel cinéphile ne s'est pas récemment penché sur un genre, le film-catastrophe made in US, pur produit de l'impérialisme yankee, tant honni ? Deux ou trois mots à ce sujet.

Attentats du 11 septembre 2001 | Courrier international

Le film-catastrophe américain est moins peut-être la manifestation crâne d'un mépris faussement protecteur, moins encore l'expression d'un vague sentiment de supériorité, arrogant et égoïste, voire la mise en images de peurs paniques (Ben Laden) venues de parvenus qui s'encanaillent, qu'une volonté naïvement maladroite de conjurer le faisceau d'angoisses qui étreignent les porteurs de responsabilités bigger than life.

Comme si les Etats-Unis d'Amérique, depuis un demi-siècle environ, après deux conflits mondiaux offerts subtilement à l'humanité par les Européens, avaient toujours pressenti que la haine tenace, souvent irrationnelle, qu'ils susciteraient, serait toujours, mutatis mutandis, proportionnelle aux attentes et autres espoirs qu'immanquablement ils feraient naître.

Ce cinéma-catastrophe -doué de prescience- a été ainsi le miroir réfléchissant de ces craintes enregistrées, en vain exorcisées (des Soucoupes volantes attaquent (1956), de Fred F. Sears, à Deep Impact (1998), de Mimi Leder, en passant par La Tour infernale (1974) de John Guillermain, avec Steve Mac Queen et Paul Newman).

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Derrière le spectre, l'envahisseur, ou le danger à combattre, se cache la sourde angoisse de ne pas être à la hauteur -à l'instar des monstres qui peuplent les cauchemars de nos enfants. Des phobies paranoïaques que beaucoup ont toujours jugées fantasmatiques, ridicules, souvent idiotes, pour ne pas dire insensées, toujours déplacées. Des phobies parfois encensées, très rarement, louées lorsqu'elles sont mises en scène soi-disant avec talent, et uniquement si le scond degré l'emporte sur le premier, pour le plus grand plaisir des cinéphiles consciencieux : Mars Attack (1997) de Tim Burton, par exemple, ou l'oeuvre d'Ed Wood. Entre autres.

Mars Attacks! - Manifestations

A force d'amalgamer dans un même mouvement, bien manichéen et prétentieux, un brin chauvin (pour ne pas dire plus), Amérique et cynisme, Etats-Unis et bêtise, on a fini par prendre les gesticulations candides, quelquefois suspectes, d'un jeune adulte gauche -au regard de l'Histoire-, la tête dans les étoiles (cinquante), en proie au doute quant à ses capacités, incertain de ses faits et gestes, pour une propension chronique et réfléchie à la brutalité, consubstantielle de son être même. Alain Bergala assimilait dans les années 70 le cinéma-catastrophe à du crypto-fascisme, puisque ce dernier "garantit les conditions mêmes du plaisir du spectateur et son adhésion ultérieure à toute incarnation de la contre-violence". Du retour à l'ordre, donc. En un mot, ce qui est donné à désirer, c'est la normativité. Une vision du problème à nuancer, non ?

L'antiaméricanisme made in France, à cet égard, manque cruellement de nuances : un reproche régulièrement fait par l'Européen civilisé, doté d'un raisonnable capital culturel, à l'Américain moyen, borné, inculte et belliqueux, forcément belliqueux.                                                                                           "Demain la fin du monde. Seul le cinéma veut encore y croire. Même si certains s'improvisent prophètes de catastrophes, leur crédibilté est quasi nulle, relevant du folklore astrologico-médiatique. Sans doute parce qu'ils n'ont pas la force d'évocation suffisante pour faire voir ce qu'ils annoncent. Cette puissance d'évocation, suffisamment réaliste pour impressionner, assez ludique pour préserver la distance du rêve ou du cauchemar, seul le cinéma la maîtrise actuellement".

Ces quelques mots -prononcés lors des Rendez-vous de l'histoire blésois en octobre 2000- d'un jeune cinéphile omnipotent (universitaire, historien, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma, journaliste à Libération, auteurs de nombreux ouvrages faisant autorité), Antoine de Baecque, résonnent étrangement aujourd'hui.

Depuis le 11 septembre, il est de bon ton de dire que la réalité a repris le pas sur la fiction (alors qu'elles sont intimement liées). On ne sait toujours pas ce que cette dernière va devenir, quelle forme elle va désormais prendre. A hollywood, on juge pour le moment le sujet trop délicat (la rébellion des passagers du quatrième avion titille toutefois quelques scénaristes) et qu'il faudra du temps, un peu... Le film-catastrophe américain n'aura donc été que la bande annonce prémonitoire des récentes horreurs estivales new-yorkaises. Il arrive parfois qu'il faille se perdre pour trouver enfin ce que l'on cherchait. New York New York...

 of                        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié dans pickachu

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