L'écran noir

Publié le par facquet






Des bienfaits de revoir un film jugé décevant la première fois. Certes, mais sur quels critères toutefois fonder ces retrouvailles ? Vaste chantier. Au débotté : l'intuition, le hasard, la fameuse politique des auteurs, également. Prenons Steven Spielberg, un auteur -et quel auteur !-, à l'évidence. Voyez  Amistad, sorti en 1997 : il est tombé des yeux de plus d'un à sa sortie. Sa récente redécouverte a été une divine surprise pour quelques-uns. Amistad est inspiré d'une histoire vraie. Il conte le voyage infernal d'un groupe d'esclaves africains qui se retrouve devant un tribunal fédéral des Etats-Unis d'Amérique au mitan du XIX° siècle. Devenus maîtres du bateau espagnol, l'"Amistad", qui les transporte d'Afrique vers le Nouveau monde, ils cherchent à rejoindre leur terre natale. Le navire est arraisonné par la police maritime américaine. Ils sont jetés en prison. La terrible bataille autour de leur procès attire l'attention de toute l'Amérique, ébranle même les fondements du système judiciaire américain. La Cour suprême des Etats-Unis juge inique leur arrestation et arbitraire leur détention carcérale. Les voilà libres.
Certains moqueront l'inévitable naïveté du cinéaste, voire ne manqueront pas de railler les bons sentiments d'Amistad : dénonciation du racisme, plaidoyer droit-de-l'hommiste, devoir de mémoire (les traites négrières, ce triangle noir), combat pour le respect d'un droit fondamental et inaliénable : la liberté. Certaines valeurs sont intangibles. Rien que pour cela, la fresque vaut le détour. Au risque du ridicule, le combat continue Mr. le ministre. Raillerie à la mode. Cynisme chic et snob. Passons.
Un mot encore cependant. Spielberg, via Amistad, pose deux questions d'actualité : de quel minimum de récits fondateurs avons nous besoin ? Quand il n'y en a presque plus, que se passe-t-il ?
Anthony Hopkins campe un John Quincy Adams vieillissant (Président des Etats-Unis de 1825 à 1829, abolitionniste convaincu), de prime à bord désabusé. Or, l'affaire l'interpelle, et il retrouve une seconde jeunesse.
Avocat de métier, il plaide en faveur des noirs africains devant la Cour suprême. Une des scènes de tribunal les plus réussies de l'histoire du cinéma, et Dieu sait qu'il en a été tournées. Plaidoirie flamboyante, émouvante et raisonnée, tout à la fois, qui s'adresse au coeur autant qu'à la tête.
Récits fondateurs, avons nous dit : Jonh Quincy Adams convoque à cet égard les Pères Fondateurs de la nation -son père en particulier-, évoque ensuite sans pathos la Déclaration d'indépendance pour laquelle les "Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits". Et défie, serein, sur un mode belliqueux, les Sudistes esclavagistes, non sans un certain courage. Un travail sur la lumière discret, mais superbe, une interprétation remarquable d' Anthony Hopkins (Morgan Freeman, le bien nommé, Djimon Hounson et Mattew McConaughy sont plus qu'à la hauteur), une mise en scène classique, sobre et bien chantournée, sous l'inspiration d'autres Pères fondateurs, John Ford, Howard Hawks, Raoul Walsh ou Anthony Mann, entre autres, enfin, quelques séquences d'une rare violence, jamais gratuite, sur le traitement inhumain infligé par les négriers aux esclaves. Une réussite profuse. Spielberg entreprend un retour aux sources dont l'echo se répercuterait dans l'époque présente. Le rappel de certains droits proclamés par les Etats-unis à la face du monde le 4 juillet 1776: l'égalité et la recherche du bonheur. Les artistes sont souvent à la fois en retard ou en avance sur le commun des mortels ; c'est-à-dire à l'heure. Barack Hussein Obama a été élu Président des Etats-Unis une nuit de novembre 2008. Il est noir de peau. Tu vois, nous n'avons pas oublié. Steven Spielberg fut un des rares cinéastes à être invités à la cérémonie d'investiture. Amitié ?

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Publié dans pickachu

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