Bling Bling coloré (exposition et politique)

Une plaquette publicitaire trouvée par hasard dans un lieu public communal, invite l'heureux possesseur de la pièce à une exposition située dans le péristyle de
l'Hotel de Ville -Deauville ?- de Tours (37), place Jean Jaurès (s'il savait la suite !). "Un Bijou d'Expo ! Du jeudi 22 octobre au mercredi 28 octobre 2009, les bijoux s'exposent"
annonce-t-elle primesautière.
Une invitation gracieusement offerte par le comité Francéclat (ça ne s'invente pas) : Comité professionnel de développement de
l'horlogerie, de la bijouterie, de la joaillerie, de l'orfèvrerie et des arts de la table (ouf !), avec le soutien de la municipalité (le logo, en bas, à droite...). Jamais Pierre Mendès
France n'aurait toléré pareille incongruité dans sa bonne ville de Louviers dans l'Eure. Idem pour Michel Rocard à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. Un truc pour SDF : sans
diamant fixe.
Au coeur d'une des crises sociales les plus violentes de notre temps, la manifestation tombe comme un cheveu sur la soupe. Collier de misère. Une
reine, à force de faire joujou avec des cailloux d'une belle eau, y a laissé sa tête couronnée ; on ne joue pas impunément avec les bijoux de famille.
On imagine présentement une expo sponsorisée par le FMI sur les arts culinaires dans certaines régions affamées de l'Afrique subsaharienne : ça la
foutrait mal, non ?
Le concepteur de la plaquette susmentionnée, peut-être in extremis pris de remords, a logé au centre du document quelques bijoux en toc, du même genre que les
jouets bon marché en plastique à l'intention des toutes jeunes filles, bracelets et autres bagues -pour l'anneau Trilogy c'est 790 euros, voir le site- fondus dans une
orgie de couleurs primaires et complémentaires flashy (un rose bonbon inoubliable), à l'image des visions psychédéliques de Bowman, au-delà de l'infini, dans 2001 : L'Odyssée de
l'espace (1968), de Stanley Kubrick. Une façon adroite de paraître moins gauche pour cacher la perle ? Pas sûr. Avec roublardise, non sans démagogie, afin de noyer le poisson (le
poison ?), on a voulu faire peuple avec cette débauche de teintes vives, car, comme la souligne l'anthropologue Michel Pastoureau dans son opuscule Le petit livre
des couleurs, "dans un quartier plutôt défavorisé, vous verrez beaucoup de couleurs. Dans un quartier chic, la palette sera moins bariolée. La richesse et le luxe s'incarnent
dans la retenue" . Le hasard n'a pas sa place ici."Bijou, Bijou, Y'a des feux rouges partout, puis au coin de la rue l'Armée du Salut qui joue, à ma montre y'a plus
de chaîne, à mes cols de chemise plus de baleine" chantait Alain Bashung en 1979. Un oubli de taille : il est indiqué en haut à gauche (Ha ha !) que l'entrée est libre. On a beau dire,
certains ont la fibre sociale chevillée au corps. Une faute de goût : ce dégradé de vert qui dégueule en bas à gauche. Tous les bijoutiers pourtant vous le diront (ils parlent d'or) que les
émeraudes se vendent moins facilement que d'autres pierres, parce qu'elles ont la réputation de porter malheur. Passons. Quoi qu'il en soit, chacun appréciera. Revoir en
attendant Diamants sur canapé (1961) de Blake Edwards. Eternelle Audrey Hepburn. Une pierre précieuse. Vogel (Gian Maria Volonte) et Corey (Alain Delon), les deux gagsters du
Cercle rouge (1970) de Melville, peuvent rependre du service. Pour la bonne cause. Allez, c'est pour rire...
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