Jeux de mains : Les mains en l'Air de Romain Goupil (2010)

Les Mains en l’air n’est pas un film militant : une œuvre engagée, oui, sans aucun doute. Des élèves d’une classe de CM2 : Youssef et sa famille, des sans-papiers, sont expulsés du territoire national, une femme menacée du même sort se suicide. Une professeure des écoles, ses deux enfants, son mari (le cinéaste himself, parfait), décident de recueillir une jeune tchétchène, Milena, élève dans son école. Elle va désormais partager leur quotidien domestique. Sa mère et ses cousins vivent dans la clandestinité dans un petit appartement d’un quartier populaire parisien. Le mari, d’abord réticent, se rallie au choix de sa moitié : tout ce petit monde malicieux, Blaise et cie, part en vacances. Goupil filme avec beaucoup de justesse et de tact la bande préadolescente. Truffaut aurait été fier de lui.

Quelles motivations poussent celui-ci ou celle-là à la désobéissance civique, c’est-à-dire à s’engager, au sens sartrien du terme ? Que Cendrine (Valeria Bruni-Tedeschi, très bien comme d'hab', bonjour les repas de famille !) soit névrosée, malheureuse sans son couple, prisonnière de la nicotine, ne dit pas grand-chose de son choix de protéger une gamine on ne peut plus intégrée. Ce choix est irréductible à toute analyse psychosociologique. Les accès d’humeur de monsieur, les railleries vachardes d’un frangin sentencieux aveuglé par la réussite (H.Girardot), les doutes de parents d’élèves inquiets de la tournure des choses, ne changent rien à l’affaire : l’enseignante résiste. Il lui faut dire non, se choisir sans hésitation comme déraisonnable. On ne traite pas ainsi des enfants et leur famille dans une démocratie digne de ce nom. Point barre. Goupil évite deux écueils : le pensum militant bien pensant donneur de leçon (du style gaucho-alter-Monde Diplo), d’une part, d’autre part, la bonne conscience de l’artiste sensible aux malheurs du monde.

Sans prétention aucune, avec une humble subtilité, Les Mains en l’air trouvent un juste milieu, autant dans la forme que dans le fond, insécable, entre le fait divers, le symptôme politique, le poster sociologique, quelques pistes psychologiques, l’engagement civique, la dénonciation d’une injustice, un zest de démagogie, l’enfance, le conte, voire la détresse d’être adulte, entre autres. Précaire équilibre, qui tient tout de même, sans réelles fausses notes. Une scène, culottée, peut toutefois susciter des avis partagés. Notre association de jeunes insoumis ourdit un complot.

Les enfants fuguent, se cachent, dans l’attente de la régularisation de la famille de Milena. De part le pays, d’autres jeunes suivent leur exemple. Ils obtiennent gain de cause. Ils se rendent aux forces de l’ordre les mains en l’air, le visage grave (en particulier Milena), dans un silence assourdissant, avant que des applaudissements nourris viennent accompagner les retrouvailles avec les familles. Nous ne dirons rien de cette scène, écho lointain de la célèbre photographie d’un enfant juif les mains levées devant la soldatesque nazie. Disons quand même que Goupil a su filmer ce moment sans tomber dans le grotesque, plus grave encore, l’abjection. On parle des images en petit malin, oubliant qu’elles dialoguent entre elles sans fin. A chacun de voir.
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