Iran gateway

Nous sommes toujours sans nouvelles du cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné à Téhéran par les ayatollahs tortionnaires et sanguinaires -une femme possédant la double nationalité iranienne et néerlandaise, arrêtée pour sa participation à des manifestations antigouvernementales en 2009, vient d'être pendue. Revoir Le cercle, du même Panahi, dix ans après, Lion d'or au Festival de Venise en 2000, file des frissons. On comprend pourquoi l'artiste est présentement privé de liberté. L'errance de ces femmes qui tournent en rond dans une société faite par et pour les hommes, l'écho d'itinéraires féminins qui se croisent sur les chemins semés d'embûches de la phallocratie religieuse et théocratique, provoque une colère inextinguible. Jeune persan, perce l'abcès : Ahmadinedjad (ça bouge : Tunisie, Egypte, etc). On s'indigne, Monsieur Hessel, on s'indigne, pas seulement au sujet de Gaza.

Restons en Iran. A propos d'Elly (2009), Ours d'argent au 59° festival de Berlin, le surprenant film du réalisateur de La fête du feu (2006), Asghar Farahadi (talentueux), appelle deux ou trois remarques en passant. Il est bien qu'un cinéaste puisse inventer une histoire, rédiger un scénario, diriger des acteurs, leur écrire des dialogues, mettre en scène les personnages, entreprendre enfin le montage du tout, sans que soit nécessairement convoqué l'ensemble des attendus sociologiques ou politiques du pays qui va voir naître le film (ou alors en creux, mais bien profond...). Surtout quand ce pays est l'objet de toute l'attention médiatique internationale (à raison). N'en déplaise au philosophe tendance, Alain Badiou, un nostalgique du maoïsme. A propos d'Elly -plus proche dans la forme de Panahi et/ou de Kiarostami, que de Pretty Women : aucun jugement de valeur ici- suit un groupe d'amis parti passer un week-end au bord de la Mer Caspienne : quiproquos, crise du couple, angoisses existentielles, suspens en tous genres, enfants turbulents, retournements de situation, déceptions amoureuses, joutes verbales à foison. Du mélodrame de qualité. Le quotidien sublimé par l'art. L'Iran autrement. Un angle de prise de vue original. Un peu d'air. Deux films (voire trois) à (re)découvrir. Bien à vous.
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