Faites des morts ! (Ad libitum).
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Dans Halloween (1978), comme dans ses autres films – The Thing (1982), The Fog (1980), Prince des ténèbres (1987), Les Aventures d’un homme invisible (1992), L’Antre de la folie (1994), Le Village des damnés (1995), Ghosts of Mars (2001), John Carpenter vise particulièrement à suggérer l’incarnation des esprits, par le travelling avant subjectif et des mouvements de caméra jamais gratuits, expressions du Mal en constante opposition avec le catholicisme : ses démons viennent des profondeurs abyssales de l’espace, indépendamment de nos pulsions intérieures. Les monstres carpentériens, tel Michael Myers dans Halloween, sont la manifestation de l’invisible dans le champ du visible. Avec Halloween, Carpenter a constitué une matrice, un archétype de films d’horreur, notamment le travelling avant subjectif de la scène inaugurale du meurtre, procédé formel sans cesse repris.

Halloween conforte en outre l’hypothèse des féministes américaines, pour lesquelles ce genre de film donnerait une vision négative des femmes et serait symptomatique d’un regard masculin dominant par rapport à une position féminine comme objet. L’image des femmes a été codée comme l’objet d’une fascination visuelle pour les spectateurs et les personnages. Mais ce plaisir est menacé par la possibilité d’une insatisfaction. Le corps féminin connote l’absence de pénis et produit une anxiété par la menace de la castration qu’il implique. L’angoisse peut être levée soit en transformant l’image de la femme en fétiche (la star hollywoodienne), soit, au contraire, en réitérant le traumatisme originel de la vue des organes génitaux féminins. Conformément à l’esthétique de l’horreur, Carpenter développe le deuxième aspect, tout en éclipsant le premier dans Halloween, film sans stars. La scène inaugurale d’Halloween, le meurtre compulsif à l'aide de cet objet fétiche qu’est le couteau (substitut phallique), peut s’expliquer par le déni de castration. Michael Myers est lui-même une « forme fétiche », un substitut du pénis maternel d’une mère préœdipienne, phallique et castratrice. Celle-ci constitue une sorte d’utérus primitif, une enveloppe autour de ses victimes qu’elle tue pour protéger son phallus absent, Michael Myers. La structure narrative d’Halloween illustre cet enfermement progressif des jeunes filles par le serial killer, qu’il exécute toujours à l’intérieur d’un pavillon, figurant un espace labyrinthique et clôturant.
Eric Costeix
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