Eternellement nôtre (sur les séries télévisées)

Parmi les quadras et les trentenaires, nombre de cinéphiles d'aujourd'hui furent jadis des téléphages impénitents. Si la télévision nord-américaine connaît depuis plus d'une décennie un âge d'or de la série télévisuelle, le Royaume Uni -"Une petite île pour un grand peuple" (Georges Bernanos)- au cours des sixties, et à l'orée des seventies, a connu ce même âge d'or : Chapeau melon et botte de cuir, Le Saint, entre autres, sans oublier l'indispensable et miraculeux Amicalement vôtre, qui enchantait la deuxième partie soirée de nos samedis d'enfant -autorisation de se coucher tard, repos dominical oblige. 24 épisodes de 49 minutes chacun : un générique d'anthologie avec un split screen d'enfer et une musique entêtante (génial John Barry). Une série créée par Robert S. Baker et diffusée entre le 17 septembre 71 et le 25 février sur ITV, et, à partir du 30 octobre de la même année, sur la deuxième chaîne de l'ORTF gaullienne.

L'idée d'écrire deux trois mots sur Amicalement vôtre vient de la lecture fortuite d'un article du Monde diplomatique de l'inénarrable Alain Guesh (le pote de Tarik Ramadan ; la chine ? c'est où ça ?), qui est à la cause palestinienne, ce que fut autrefois Garaudy à la défense de la bureaucratie soviétique : "Se targuant de l'hostilité de ses voisins, tirant argument du génocide des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants israéliens ont construit une conception de la sécurité absolue, hors d'atteinte de n'importe quelle puissance, et qui entraîne le pays dans dans des guerriers sans fin". Ah ! "ce peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur" (De Gaulle, guère inspiré et un tantinet antisémite). Antisionisme aveugle. Géopolitique borgne. Le peuple palestinien mérite mieux. Passer quelque temps en Israël permet de constater que la Shoah n'est pas un sujet obsessionnel -l'oubli est impossible toutefois. Ils ont d'autres chats à fouetter actuellement. Passons.
Deux personnalités attachantes, géniales dans leur partie, ont eu la mauvaise idée de mourir fin septembre. Le physicien français Georges Charpak : né en Pologne dans une famille juive en 1924, dans un village situé sur le territoire actuel de l'Ukraine, il arrive à Paris en 1931. Il est arrêté en 1943 par la police de Vichy juste après son succès au concours d'entrée à l'école des mines. Livré aux nazis, il connaît l'enfer de Dachau. Tony Curtis : né Bernard Schwartz en juin 1925 dans le quartier du Bronx, fils d'un tailleur émigré d'origine juive hongroise. Trop longue digression ? Pas si sûr par les temps qui courent.

Tony Curtis (Danny Wilde, le self-made-man yankee) et Roger Moore (le briton Lord Brett Sinclair), font connaissance dans le premier épisode d'Amicalement vôtre -Moore en tournera deux-, lors d'une baston mémorable pour une olive (ou deux ?), de quoi ergoter sans faim sur une possible homosexualité refoulée ; sujet rebattu. En 1970, Jacques Deray tourne Borsalino, sur un scénario de Jean-Claude carrière. Deux truands marseillais, Capella (Jean-Paul Belmondo) et Siffredi (Alain Delon), deviennent amis au début du film à l'aide de leurs poings. Inoubliable rixe phocéenne. Presque du OM/PSG. Le film eut un réel succès en Europe. Gageons que Brian Clemens (surtout connu pour avoir été le scénariste de Chapeau melon et botte de cuir) n'a pas été insensible à la puissance cinématographique de cette prise de contact anglo-saxonne pour le moins virile, animale, ô combien archaïque.
Enfin, un mot encore sur l'excellent doublage qui n'est pas pour rien dans la qualité de la version française de la série britannique. En particulier celui de Tony Curtis, réalisé par l'excellent Michel Roux, un doublage qui a pris bien des libertés avec le texte d'origine, y ajoutant un second degré décapant dans les dialogues. Rappelons que c'est à Ken Thorne que l'on doit les superbes plages musicales d'Amicalement vôtre. Lire aussi, au passage, si le coeur vous en dit, Amicalement vôtre, l'apologie des contraires (2002), de Didier Liardet, ou Amicalement vôtre, l'oisiveté au service du bien (1995) de Philippe Lombard, voire Amicalement vôtre, 8° Art (1992) de Véronique Denize et Eric Martinet. Souvenir ému. Shalom.
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