Bloc-notes
1) Dire pourquoi on se sent étranger à Carlos de Olivier Assayas et à Inception de Christopher Nolan, deux films que tout oppose a priori. Un regret : celui de la presque disparition de la mise en scène, broyée par la fuite en avant d'un monde toujours plus accéléré. Les personnages ne sont plus chez eux nulle part, ils sont partout à l'étroit et rêvent d'un ailleurs qui n'existe pas. En cela Carlos et Inception sont bien de leur époque (voir les ouvrages de Paul Virilio). Malheureusement, une oeuvre d'art n'est pas un traité philosophique, bien qu'elle donne toujours (souvent ?) à penser. Le spectateur peut se sentir soudain de trop. Il n'entre pas dans le film : il le survole seulement comme les personnages et les réalisateurs eux-mêmes. Pour percer à jour ce monde convaincu que c'est en élevant toujours plus la vitesse et en visant l'ubiquité que viendra le salut, il faudra d'autres formes cinématographiques, donc d'autres intrigues (fond et forme insécables). Carlos, éthéré, nous échappe, tout comme Dom Cobb (Leonardo DiCaprio), perdu dans les arcanes de sa psyché. Plus rien à quoi se raccrocher, pas une branche, même une vieille, un sentiment de délaissement qui finit par lasser.

2) Yom Yom (au jour le jour) et Devarim (paroles) de Amos Gitai, en 1997. Israël au quotidien. Haïfa et Tel-Aviv. La guerre, la situation géopolitique ne sont pas les sujets principaux (elles le seront en 2000 pour Kippour) des deux films, mais elles rôdent en creux (dans le premier, un couple mixte -un Arabe et une Juive se sont mariés, ont eu des enfants, tout ce petit monde vit en Israël- tient le devant de la scène). Il s'agit plutôt, pour le grand cinéaste israélien, de montrer la vie de quelques personnages qui n'ont rien d'extraordinaire. Les temps qui changent, les conflits intergénérationnels, la difficulté d'aimer, la vie qui fatigue, les névroses des uns, les petites ou grandes lâchetés des autres, ceux qui sont à la hauteur. Ni plus ni moins. La société israélienne existe, elle n'est pas réductible uniquement au conflit israélo-palestinien. Des existences particulières universalisables. Deux films de grande qualité. La vitesse compte peu. Laisser à chacun le temps et le soin de s'épanouir dans son environnement spécifique. Pour le coup, nous voilà embarquer dans leurs pérégrinations. Les films n'abandonnent personne sur les bords du cadre, ils prennent tout le monde par la main. La vitesse ne fait pas écran. Ils peuvent nous encadrer, nous avançons au même rythme. Pour partager quelques jours la vie des protagonistes.
3) Après les cinéastes, les écrivains. Menacé de boycott par certains auteurs si une écrivaine israélienne était invitée, l'Université d'Aix-Marseille a choisi d'annuler un colloque littéraire prévu à Aix-en-Provence au printemps 2011. L'écrivaine concernée, Esther Orner, a pourtant toujours été favorable à la paix entre Israël et un Etat palestinien indépendant. Aurait on idée de boycotter un artiste libanais chiite progressiste ? Pour un grand nombre d'antisionistes de gauche européens démunis, la cause palestinienne est venue se substituer à la défense du prolétariat, censé représenter autrefois le nouveau genre humain. Ne pas céder. Les Israéliens ne sont pas des nazis, et l'URSS n'incarna pas le paradis terrestre. Le peuple palestinien mérite mieux.
bien à vous, of
