Un crime trop parfait (marathon woman) : Crime d'Amour d'A.Corneau (2011)
à Bruno Larivière, pour dix années de bons et loyaux services, salut l'ami !
Il fait beau, le fond de l'air est chaud ; un temps estival idéal pour rendre visite au dernier film d'Alain Corneau (Police Python, en 1976 ; Série noire, en 1979 ; Le Choix des armes, en 1981 ; Fort Saganne, en 1984, et la liste n'est en aucun cas exhaustive) : Crime D'amour, un polar bien de chez nous, entre Julie Lescaut et Claude Chabrol, un truc que les bien-pensants de gôche (l'expression est paraît-il tendance) vont se faire un malin plaisir à descendre, comme d'habitude, comme chantait l'autre. Raison de plus pour aller soi-même y faire un tour.

1) Crime d'amour d'emblée ne déçoit pas, on est rapidement dans son élément, dans ses meubles, comme dirait Marie-Georges Buffet, l'image d'Yves Angelo est impeccable (trop ?), comme toujours, les actrices sont parfaites et très belles (Christine Scott Thomas et Ludivine Sagnier), le thriller psychologico-financier vaguement lesbien, porté par des wonder women troublantes, fonctionne comme prévu ; l'affaire est entendue, le spectateur en a pour son argent. Surtout, un bon travail sur les regards, nous revient alors la phrase de Dreyer : "Il n'y a pas de paysage plus beau que le visage humain".

2) Nous ne dirons rien de l'intrigue, les Cinémas Les Studio le donnent à Tours actuellement, chacun doit pouvoir se faire son idée. Force est toutefois de confesser qu'au mitan du film, ce dernier bifurque, pète les plombs, sort des sentiers battus, prend des libertés avec les canons traditionnels du genre, plonge le spectateur dans une incertitude presque angoissante, l'imprévu prend le pouvoir, le film décolle, nous voilà bien, entièrement désarçonnés : c'est toute la réussite et la force de ce Crime d'amour. Disons que l'ambition du cinéaste, sur la forme et le fond, monte soudain d'un cran. Le talent de Ludivine Sagnier y est pour beaucoup, bien entendu, elle se donne à fond, surtout dans les salles de remise en forme (même si parfois elle en fait un peu trop, l'actrice est déjà pardonnée ; difficile de résister...Passons).
3) Patatras. Plutôt que de nous laisser dans le doute, et fournir par là-même aux cinéphiles bavards que nous sommes un os à ronger pour les discussions qui prolongeront la projection, Alain Corneau finit son film en nous prenant par la main, un vrai guide du routard pour aveugles décervelés : du Navarro pur jus sur grand écran (la police, les juges, la prison, un retournement de situation aux petits oignons -du balisé sans saveur). Des producteurs exigeants ? La peur du vide ? La crainte d'effrayer les spectateurs potentiels ? Allez savoir. Dommage, en tout cas. L'ambiguïté sexuelle, les comportements déviants, et leur corollaire : une narration à la fois osée et risquée, sont écartés au profit d'un simple jeu de substitution de cadres aux dents longues, sur fond d'arrivisme professionnelle. Une question reste en suspend toutefois : qui aimait vraiment qui ? Vaste programme mon général.

4) En un mot comme en cent, Crime d'amour, après quelques semaines de vacances, est le film idéal pour reprendre contact avec le cinéma, donc avec les Studios. Toujours aucune nouvelle de l'Ile Bourbon. Rancune tenace ? La réunionite est pourtant une spécialité de l'Education nationale. Wait and see. Une bise : le vent l'emportera. Peut-être.
Shalom, of