Faites de beaux rêves : La Femme au portait (1944) de Fritz Lang.

Publié le par O.facquet

La femme au portrait, The woman in the windows, Fritz Lang, 1944 - Le blog  d'Alexandre Clément

"L'intention fait la culpabilité et le délit"

Aristote, Rhétorique

 

Sorti en 1944, La Femme au portrait (The Woman in the Window) est un film noir américain réalisé par Fritz Lang. A New York, le professeur de psychologie Richard Wanley (Edward G. Robinson), après avoir accompagné son épouse et ses deux enfants à la gare centrale, se rend à son club, où il retrouve deux de ses amis, un médecin et un procureur, le docteur Michael Barkstane (Edmond Breon) et Frank Lalor (Raymond Massey). Sur le chemin, il remarque dans une vitrine le tableau d'une très jolie jeune femme.

 

La Femme au portrait - Film 1944 - AlloCiné

 

Les trois hommes évoquent leur âge, indirectement questionnent leur virilité, ce qu'il en reste, s'esclaffent à l'idée d'assister à un spectacle de strip-tease féminin, allant même jusqu'à imaginer d'en organiser un au sein du club (une proposition venue du professeur).

Richard Wanley, une fois seul, prend un ouvrage dans la bibliothèque du lieu, demande à l'un des serveurs de l'extraire de sa lecture à 22H30. Il s'exécute à l'heure dite.

 

Critique : La Femme au portrait - Critikat

 

Le professeur se lève, récupère son chapeau, puis sort du club. Il s'arrête de nouveau devant le portrait qui le fascine. Le visage du modèle se reflète soudain dans la vitre, la femme se tient à ses côtés. Alice Reed (Joan Bennett) l'invite à venir finir la soirée chez elle afin de lui faire découvrir des dessins qui la mettent en valeur.

 

Test Blu-ray / La Femme au portrait, réalisé par Fritz Lang – Homepopcorn.fr

 

Ils échangent sur tout et rien dans le salon entre deux bouteilles de champagne, Richard s'attardent consciencieusement sur des esquisses de dessins sur lesquels apparaît le beau visage d'Alice, quand brusquement l'amant de la jeune femme (Claude Mazard, Arthur Loft) entre dans l'appartement, et emporté par une fureur jalouse, il gifle la jeune femme violemment, puis agrippe le professeur, tout en cherchant à l'étrangler ; Richard Wanley ne doit son salut qu'aux ciseaux que lui lance Alice, lesquels lui permettent de neutraliser le fâcheux.

 

La Femme au portrait (The Woman in the window) - Le Grand Action

 

Que faire du cadavre ? Richard Wanley, après avoir pesé à l'aide de sa complice plusieurs options, décide de se débarrasser du corps. Il part chercher son automobile. Revient rapidement. Glisse le corps à l'arrière. Parvient à le jeter au rebut dans une forêt aux abords de la ville. Wanley est désormais entraîné dans une spirale infernale de mensonges et de peur.

 

La Femme au portrait — Wikipédia

 

Quelques jours plus tard un jeune scout trouve le cadavre. Frank Lalor, procureur et ami de Richard, est chargé de l'enquête. Une chasse à l'homme commence. Un maître chanteur (Dan Duryea), rémunéré afin de suivre à la trace le défunt, un important magnat de la finance américaine, se présente chez Alice et cherche à lui soutirer de l'argent en échange de son silence -d'autant qu'une prime est promise pour retrouver l'homme d'affaires. L'étau se resserre autour du professeur et de sa complice. Leur implication dans le meurtre est sur le point d'être révélée. L'angoisse devient insoutenable au fil des heures.

 

THE WOMAN IN THE WINDOW (La Femme au portrait) – Fritz Lang (1944)

 

Le maître chanteur est abattu par la police qui le considère à présent comme l'auteur du crime. Alice téléphone à Richard pour lui annoncer l'heureuse nouvelle. Le professeur ne parvient pas à répondre : il vient d'ingérer une substance létale pour mettre fin à ses jours. Il est soudain réveillé par l'employé du club qui vient lui annoncer qu'il est tout juste 22H30. Tout cela n'était qu'un sinistre cauchemar. Le meurtre et ses péripéties afférentes n'étaient que des scènes oniriques. Il sort du club après avoir récupéré son chapeau, et sur le retour, il s'arrête une dernière fois devant le portrait de la jeune femme. Le dénouement a souvent divisé la critique, une fin qui n'affaiblit nullement la portée tragique du récit.

 

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A travers une intrigue policière, Fritz Lang explore des thèmes qui lui sont chers, la tentation (Alice est séduisante), le destin et le hasard (l'engrenage qui suit une rencontre fortuite), la culpabilité (une prison psychologique : Richard est prisonnier de sa conscience), la faiblesse humaine (la chair n'est pas toujours triste), la fragilité de toute chose (un assassinat ne prend que quelques secondes), les apparences (Richard Wanley semble un parangon de vertu, un homme respectable et marié), dans un jeu d'ombres et de lumières -caractéristiques des films noirs expressionnistes-, les cadrages renforcent le sentiment d'enfermement du principal protagoniste, et le portrait, point de départ du récit tragique, agit comme un symbole, la représentation d'une peur cachée, d'un fantasme et d'un désir mal refoulés. Une œuvre jugée à la fois psychologique et morale, autant qu'une critique feutrée de la respectabilité bourgeoise.

 

La femme au portrait, The woman in the windows, Fritz Lang, 1944 - Le blog  d'Alexandre Clément

 

Dans une Amérique encore profondément puritaine, Fritz Lang souffle le chaud et le froid, ménage la chèvre et le choux, fidèle à son éducation catholique. Richard ne s'endort pas au club sur une lecture anecdotique : Le Cantique des cantiques (L'Ancien Testament), dit aussi Cantique de Salomon, dans lequel l'amour décrit est un amour sensuel. Gageons que le professeur ne l'a pas choisie par hasard, elle fait suite en effet aux sous-entendus érotiques échangés entre les trois amis, libidineux pour un soir.

 

La femme au portrait | Splitscreen ReviewSplitscreen Review

 

Toutefois, la morale est sauve (ou presque), et la femme de Richard Wanley peut vaquer sereinement à ses occupations, puisque le surmoi de son mari veille aux grains, ce dernier sort du bois mais ne franchit jamais le Rubicon, même en plein sommeil ; tuer : oui (légitime défense), tromper, aucunement. Ouf ! Dieu sait pourtant que la tentation fut grande tout au long de ce rêve en trompe-l’œil. Comme quoi les pulsions et autres fantasmes peuvent se montrer aussi intenses que les actes réels.

 

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Un dernier point. Si Alfred Hitchcock reste incontestablement le maître du suspens, Fritz Lang, avec La Femme au Portrait, supporte sans conteste la comparaison. Le film est fondé sur l'irruption d'un événement féroce dans l'ordre quotidien, autrement dit, le passage entre une vie ordinaire et un univers obscur (Jean Douchet) ; de surcroît, le suspense porte ici en lui parfaitement la forme primitive de l'angoisse existentielle, comme l'illustre le total désarroi qui s'empare des deux complices, un sentiment d'insécurité fondamentale. Comme nous, ils sont déchirés entre l'espérance d'une salut et les affres de l'irrémédiable entre la vie et la mort.

 

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En outre, le spectateur, rivé à son fauteuil, est incapable de prendre la poudre d’escampette. Il lui revient alors non seulement d'assumer l'angoisse de Richard et Alice qu'il observe (ils sont souvent désemparés), mais d'assumer également la sienne propre (nous prions pour qu'ils s'en sortent). Le spectateur est victime de sa propre fascination, comme Richard Wanley le fut par deux fois devant le portrait (la femme au tableau) exposé en vitrine. Nous ressentons un malaise viscéral, et le caractère éprouvant nous procure néanmoins, par sa durée même -Fritz Lang fait continûment monter la tension-, une forme de plaisir.

 

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Tout cela pour dire qu'il n'est pas usurpé que le film, par sa son atmosphère sombre et la rigueur de sa mise en scène, soit considéré comme un classique du film noir, entre autre chose pour la mise exergue de l'ambiguïté morale de tout un chacun. En parler aux jeunes, urgemment.

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Fritz Lang — Wikipédia

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Publié dans pickachu

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