A demain de Gaulle (2) : La bataille de Gaulle : j'écris ton nom, d'Antonin Baudry, 2026.

"L'honnêteté n'est pas un habit des dimanches, mais un vêtement de tous les jours"
Tristan Bernard
Le second volet du diptyque cinématographique sur l'épopée du chef de la France libre, La Bataille de Gaulle-Partie 2 : J'écris ton nom, de Antonin Baudry, est sorti ce vendredi 26 juin. Elle conduit le récit jusqu'à la Libération de la nation en 1944 et à l'affirmation de de Gaulle comme figure centrale, donc incontournable, du redressement national, quatre ans après l'Étrange défaite du printemps-été 1940, heures sombres pour notre pays, le fond de l'abîme : la France s'effondre, et un gouvernement de rencontre signe l'armistice avec l'ennemi nazi, livrant le pays à la servitude.
Le titre fait en outre référence au célèbre poème de Paul Éluard, Liberté, pour souligner que le thème pivot du film est autant la victoire militaire sur le nazisme que le combat à la fois politique et moral pour préserver l'idée de liberté démocratique et l'existence inentamable d'une France indépendante et souveraine.

Le cinéaste explore les méandres d'un pays violemment tourmentée entre 1943 et la Libération. Il transcende le simple récit historique pour offrir une réflexion nuancée sur la souveraineté nationale et les rapports de force internationaux, tout en mettant en lumière le rôle prépondérant d'acteurs visionnaires au courage exceptionnel, au risque de leur vie, tels le Général de Gaulle (Simon Bakarian, à nouveau inspiré dans son rôle), presque un inconnu en juin 1940, ou Jean Moulin (Félix Kysil, parfait).
A l'image du premier volet du diptyque, l'épique et l'intime s'entremêlent harmonieusement de nouveau. La fresque nous entraîne sur plusieurs fronts : en Afrique du Nord avec le général Leclerc (Niels Schneider) en meneur d'hommes, à Lyon et à Paris avec le préfet Jean Moulin en émissaire du Général, chargé d'unifier les différents mouvements qui composent la Résistance intérieure ; à Lyon, toujours, avec Livia (Anamaria Votolamei, convaincante, dont le personnage s'étoffe), une héroïne de l'ombre chargée des communications secrètes ; à Alger, Casablanca ou Londres, où de Gaulle ferraille avec le Président Roosevelt (Campbell Scott), plus que réservé à son sujet, lui préférant le général Giraud (surprenant Thierry Lhermitte, métamorphosé), pendant que Winston Churchill (l'excellent Simon Russel Beale) compte les points, soucieux de préserver l'unité du commandement français.

Le Premier ministre britannique, dont l'admiration pour de Gaulle n'est pas feinte, écrit pendant le conflit : « Le succès n'est pas final, l'échec n'est pas fatal, c'est le courage de continuer qui compte », quitte à s'entêter. Le Général en sait quelque chose. Du courage -ne rien céder-, un objectif clair (convaincre le monde que la guerre n'est pas perdue), une idée fixe (la France n'a pas déposé les armes), quelques fidèles indomptables, des convictions inébranlables (restaurer la République) et une autorité de granit l'animent -tout sauf un rêve d'unanimité et d'accord, une totalité que l'on sait impossible. « L'autorité ne va pas sans prestige, ni le prestige sans l'éloignement » écrit-il, et vogue la galère, sans armée ni appui, advienne que pourra, dans la solitude.

D'où sa froideur notoire, y compris dans les moments heureux, et la distance qu'il impose à ceux qui l'entourent, à l'exception des membres de sa famille : la première partie du diptyque en offre moult exemples.
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La rivalité qui oppose de Gaulle à Henri Giraud est implacable. Eisenhower est, quant à lui, plus sensible au geste gaullien. Les Allemands le plus souvent restent hors champ, un choix narratif audacieux. L'essentiel se situe dans la bataille que mène de Gaulle pour que la France survive à la victoire face aux ambitions américaines de limiter (encadrer ?) la souveraineté française.

Tout comme dans La Bataille de Gaulle-partie 1 : L'Âge de fer, des morceaux de bravoure ponctuent le tableau, en particulier l'affrontement mémorable des forces françaises libres avec une division de panzers nazis dans le désert tunisien. Le Débarquement allié du 6 juin 1944 est plutôt survolé (pour ne pas entrer en compétition avec Le Soldat Ryan (1998) de Steven Spielberg ?).

L'Histoire, loin d'être sans avenir, est au contraire avec ce film un miroir de notre identité contemporaine. Un anti-portrait de la France d'aujourd'hui, disions-nous récemment malicieusement, avec au cœur de l'intrigue « l'homme qui fut la France » (Romain Gary). Charles de Gaulle, au visage aux traits ombreux et sévères, l'homme de tant de renouveaux, qui « connut la solitude pour sauver la France » (Romain Gary). Les premiers ralliements à la France libre sont parmi les séquences les plus fortes de la première partie, les premiers renforts venus nourrir la naissance du mythe de Gaulle, ce mystérieux chef de la France éternelle. Churchill, derechef : « Toujours, même quand il était en train d'agir de la pire des façons, il paraissait exprimer la personnalité de la France -cette grande nation pétrie d'orgueil, d'autorité et d'ambition ».

Le de Gaulle du film surprend de nos jours par sa persévérance butée, son panache, quand notre époque célèbre la couardise, l'imposture, la labilité des engagements, cachées derrière une radicalité petite-bourgeoise surfaite. De Gaulle, le conservateur provincial, le catholique pratiquant, le fils de bonne famille, le militaire dont la raison d'être est de servir et d'obtempérer, refuse d'obéir à l'État français du traître Pétain (Vichy : le gouffre de l'âme), qui le condamne à mort.
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Charles de Gaulle désobéit quand l'honneur et le devoir l'exigent : « O tempora ! O mores ! ». Un désobéissant intrépide, un optimiste contrarié, un rassembleur, un démocrate convaincu de la grandeur de chaque Français, en dépit des circonstances, loin, très loin des mutins de Panurge de notre temps aux certitudes faisandées.

La Bataille de Gaulle partie 2 : J'écris ton nom s'inscrit-il sans surprise dans la continuité de son prédécesseur ou innove-t-il pour enrichir encore le portrait du chef de la France libre ?
Ce second volet oscille entre guerre et politique, laquelle prend au fil des mois une place prédominante : âpres négociations, enjeux géopolitiques inédits, joutes verbales cruciales entre géants, une immersion dans la sphère du politique sous toutes ses formes alimente le scénario, quant au Général de Gaulle, plus la guerre s'éternise, plus le militaire s'efface derrière l'affirmation d'un homme politique -au sens noble du terme- hors norme.

D'aucuns ont évoqué une mise en scène peinant dans son dynamisme, une direction d'acteur outrée, d'une musique omniprésente et usante, de scènes de combats statiques, qu'en est-il somme toute ?

Avec ce second volet, Antoine Baudry signe l'un des plus grands films de guerre français. La première demi-heure est époustouflante par son montage, sa mise en scène et la qualité des dialogues portés par des acteurs habités : nous sommes aux côtés de Jean Moulin à Lyon (l'atmosphère paranoïaque est parfaitement rendu), puis avec le Général Leclerc et ses troupes franco-africaines dans le désert tunisien (des scènes de combats d'une force hors du commun), en compagnie du Général de Gaulle à Casablanca, à l'écoute des palabres qui entourent les dissentiments qui opposent de Gaulle et Giraud.

Une séquence retient notre attention : de Gaulle apprend la mort de Jean Moulin fin juin 1943, un gros plan sur son visage le montre impavide, pour autant, une indicible tristesse envahit son regard perdu nulle part. Le soir, il jouera une partie de cartes avec son fantôme. Un lien d'amitié et de respect mutuel liaient ces deux hommes, peut-être un attachement filiale, osons le dire. C'est en tout cas ce qui transparaît à l'écran de l'accablement qui abat soudain de Gaulle. Antonin Baudry parvient semblablement à diverses occasions à recueillir l'indéfinissable charisme du Général, quand il entre soudain dans une pièce, lorsqu'il sort d'une voiture ou d'un avion, entre autres, une aura à nulle autre pareille, une fascination quasi hypnotique.

Quelque temps plus tard, par un redoutable montage alterné, de Gaulle prononce un discours à Alger devant une foule attentive, quand le général Leclerc en Afrique harangue pour sa part ses soldats lors de la création de la Deuxième DB, le souffle de l'Histoire s'immisce alors entre les images et nous laisse cois. Leur rencontre, face à face, dans le désert quelques jours plus tôt, est d'une sobriété exemplaire, une confiance réciproque qui ne se paie pas de mots superflus.
La dernière demi-heure est étourdissante : l'entrée des troupes de Leclerc dans Paris en août 1944, les Républicains espagnols en tête, les Parisiennes et les Parisiens les armes à la main qui libèrent la Capitale, des séquences filmées sans pathos, énergiquement, à la va-comme-je-te-pousse, à l'image du désordre alentour, et des images d'archives s'intercalent dans le déroulé du film, lui procurant une intensité redoublée (en voix off la lecture du poème de Paul Eluard). Le 27 mai 1943, rue du Four à paris, voit la naissance du Conseil de la Résistance sous l'égide de Jean Moulin, dont la roublardise n'a d'égale que son humanisme à toute épreuve. Le jeune Daniel Cordier, en bas, monte la garde, désarmé. La réunion des principaux chefs de la Résistance est houleuse et incertaine. La séquence est filmée nerveusement, la caméra passe d'une discussion enflammée à une autre, capte les regards crispés et tendus des uns et des autres. La raison finit par l'emporter.

Jean Moulin
Ce qui frappe principalement dans ce second volet, chez ses deux soldats éduqués à obéir, à travers le regard narquois de de Gaulle, celui obstiné de Leclerc, la stupéfaction souvent de ceux qui les côtoient, c'est la joie qui les meut, difficilement contenue, d'enfreindre les règles et les devoirs de leur milieu d'origine, donc de devenir des rebelles, des frondeurs mutins qui déplacent les lignes, quand l'honneur et la morale le commandent. La joie presque enfantine, un brin facétieuse, de dire non à des élites compassées, noyées dans la compromission la plus vile. Antonin Baudry, de surcroît, avec énormément de tact, surprend, dans un mot, une attitude, une expression, l'affection que lui portent nombre de ceux qui le servent. Ce n'est la moindre des réussites de ce diptyque qui restera. Quant à la musique, elle n'est pas usante, ni omniprésente, elle s'intègre au contraire dans un ensemble d'une rare cohérence. A l'instar de l'épopée gaullienne, au terme de laquelle les libertés publiques fondamentales sont rétablies. La République n'avait jamais cessé de toute façon d'exister, s'exclame-t-il dans les dernières minutes du film. Il l'incarnait.

Jean Moulin
Un mot encore.
Le 10 juillet 1940 à Vichy, Léon Blum, second fils d'Abraham Blum, qui va bientôt décliner l'invitation du Président Roosevelt à partir pour les États-Unis, vote contre les pleins pouvoirs accordés au Maréchal Pétain ; le socialiste Léo Lagrange ne participe pas au vote, il est mort au combat quelques semaines plus tôt. La Cour suprême de justice, instituée par le chef de l'État français, fait arrêter le leader du Front populaire le 15 septembre 1940. L'année précédente, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1939, l'insoumis communiste Maurice Thorez partait pour Moscou pour y passer au chaud, auprès de Joseph Staline, l'ensemble de la guerre.

Le 17 juin 1940 de Gaulle, accompagné de son aide de camp, Geoffroy Chodron de Courcel, part pour Londres y organiser la Résistance aux nazis et aux capitulards vichystes et autres collaborationnistes parisiens. Viennent le rejoindre à Londres, le 21 juin 1940, Daniel Cordier, alias Caracalla, secrétaire de Jean Moulin (Rex) de 1942 à 1943, plus tard marchand d'art et historien, puis, le 24 juillet, Philippe François de Hauteclocque, plus connu sous le nom de Maréchal Leclerc, officier brillant et anticonformiste, futur Compagnon de la Libération, tous deux proches de l'Action française, qu'ils renient rapidement. Le Colonel de la Rocque, scandalisé par l'antisémitisme d'État vichyste, prend contact dès 1941 avec la Résistance, puis forme le réseau Klan, qu'il dirige en 1942. Il faudra un jour filmer ce temps déraisonnable dans toute sa complexité. Choisis ton camp camarade !
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