La Méditerranée comme cimetière : Le Passage (2026) de Brandt Andersen.

Publié le par O.facquet

Le Passage - Film, Films & documentaires - Nour Films"Si la charité vient à manquer, à quoi sert tout le reste ?"

Saint augustin

 

D'aucuns ont envisagé la projection prochaine de L'Abandon de Vincent Garenq dans les classes du secondaire. Le Passage de Brandt Andersen, sorti en salle ele 8 juillet dernier, mériterait un sort identique. Il ne faudrait surtout pas y voir une entreprise propagandiste, uniquement une démarche philanthropique, bien sûr, mais également une façon de mettre en lumière de quelle manière la forme et le fond peuvent s'accorder dans un film dont l'ambition comportait quelques risques, qu'une certaine critique n'a pas manqué d'ailleurs de fustiger, trop hâtivement certainement.

 

Le Passage - Film, Films & documentaires - Nour Films

 

A Chicago, une femme, Amira (Yasmine Al Masseri, impeccable), entre un établissement hospitalier, se change, arrivée dans un bureau, elle s'assied devant un ordinateur, son téléphone sonne : une jeune voix lui souhaite son anniversaire.

Nous la retrouvons quelques années plus tôt dans un hôpital syrien en pleine guerre civile, où elle soigne en urgence aussi bien les rebelles que la soldatesque au service du pouvoir bassiste en place. Rien ne nous est épargné de la violence des troupes de Bachar al-Assad luttant, paraît-il, contre le serpent sioniste, comme le lance une brute épaisse pour motiver les bidasses. En conséquence, si le film se présente comme une œuvre engagée, il n'est aucunement militant. Tant mieux. L'art et la propagande ne font jamais pas bon ménage. Le Passage lève le voile sur la vérité crue et ambiguë des complices de ce trafic humain de notre temps, montre toute la complexité géopolitique de ce cauchemar qu'un slogan aguicheur ne peut que réduire, et déjoue de la sorte toute manipulation manichéenne.

 

BIFFF 2026 Jour 14] Un BIFFF plein de surprises • Le Suricate

 

Une fête a été organisée en l'honneur d'Amira pour ses quarante ans, en présence de sa jeune fille, de ses parents, de son frère, de son épouse, et de sa nièce. Son mari est mort avant la naissance de leur enfant. Une bombe souffle la maison. Seules Amira et sa fille en réchappent. Un soldat (Alaa, joué par Saleh Bakri) cherche à leur faire quitter le pays en direction de la Turquie, en les cachant dans le coffre d'une voiture. Une patrouille les arrête : la situation dégénère. Un soldat désobéit (Mustafa, interprété par Yahya Mahayani, épatant), il élimine son supérieur, puis quitte la Syrie en compagnie des deux fugitives.

 

Le Passage” : un film entre drame et thriller avec Omar Sy en passeur de  réfugiés syriens

 

Ils se retrouvent dans un camp de réfugiés en Turquie où l'un d'entre eux arrivé d'Afrique subsaharienne impose sa loi (Marwan, chrétien fervent, Omar Sy, parfait) organise le passage onéreux vers la Grèce sur un bateau de fortune, pour les volontaire syriens qui peuvent se le permettre. Marina, sa fille, leur ange gardien, une autre famille syrienne, et des dizaines d'autres migrants (Fathi le poète, l'excellent Ziad Bakri) embarquent une nuit en direction des côtes grecques ; une tempête éclate, l'orage gronde, des éclairs zèbrent le ciel, le bateau tangue, ballotté par les vagues, mais un capitaine courage, garde côte grec humaniste et traumatisé, sauve in extremis du naufrage les passagers, à l'exception de la fille d'Amira, que les marins ne parviennent pas à réanimer.

 

Le Passage - Film, Films & documentaires - Nour Films

 

Dans un long fondu enchaîné, en forme de flashbacks, lequel résume l'ensemble du film, divisé en plusieurs chapitres consacrés chacun à un des personnages centraux (un récit sériel découpé en cinq actes), finalement tous reliés, nous découvrons les principales étapes du récit, sous un angle différent. Le film entremêle ainsi des destins ravagés par la guerre et l'exil.

 

Le Passage - Film, Films & documentaires - Nour Films

 

Le Passage, par son réalisme même, ses scènes d'action immersives captivantes dans un Alep dévasté, entre drame et thriller, n'est pas le premier film de guerre poignant dont les migrants occupent une place prépondérante. La direction d'acteur a été parfois blâmée (Omar Sy estimé peu crédible en passeur sans scrupule, d'un part, et papa attentionné, d'autre part), tout comme le scénario en kaléidoscope qui conclut chaque segment, dont le suspense a été jugé au mieux trop mécanique, au pire racoleur. A tort, peut-être.

 

Le passage (I was a stranger) - L'escargot cinéphile​​​​​​​

 

Justement, et paradoxalement, c'est ce côté racoleur, à l'image d'un certain cinéma américain, qui fait toute la force et l'intérêt du film. Lorsque nous nous laissons prendre dans les rets du thriller, avec toute la puissance d'attraction que l'on connaît, le drame, lors de scènes moins tape-à-l’œil, vient subrepticement nous ramener à la réalité, pour, sans démagogie facile, ni injonction culpabilisante, nous placer devant nos responsabilités de spectateur un temps désengagé. Autrement dit, le montage, les choix de mise en scène, la construction du récit, ont été subtilement pensés pour régulièrement nous extraire du cours balisé d'un film dans lequel il aurait été bon de se laisser bercer (berner ?), en toute bonne conscience. Chaque chapitre s'interrompt sur une image manquante, le hors-champ tragique éclipsé, et son lot d'horreurs, se trouve de ce fait cristallisé.

 

Infos & horaires pour Le Passage — Ciné Mont-Blanc

 

Il ne s'agit pas pour le cinéaste de s'ériger en donneur de leçons, de mettre en images comminatoires la souffrance de ceux qui fuient leur patrie ravagée par la violence et la guerre, pour espérer trouver ailleurs un peu de répit, si possible un avenir meilleur. Il laisse cela aux militants en tous genres qui transforment ces exils en fond de commerce politique putassier, telles des dames patronnesses extatiques, aux bonnes œuvres consolantes. Un artiste ne se nourrit pas du malheur du monde. Il le met en forme. Ce qui déjà n'est rien. A nous de nous y confronter. A chacun selon ses moyens.

 

Bande-annonce 1 : I Was a Stranger

 

La dernière séquence est éloquente, sans grandiloquence. Amira, comme au tout début du film, est toujours assise devant un ordinateur où une radio des poumons apparaît ; elle colle un post-it sur l'écran sur lequel est rédigé un court message ; elle se lève, pousse un chariot dans lequel se trouve du matériel de ménage, un médecin entre dans le bureau (le docteur Croft, Jason Beghe), décroche le post-it où est indiqué un diagnostique médical, son regard, mi effaré mi attendri, se fixe sur la technicienne de surface qui s'éloigne lentement dans le couloir. Et si, comme le soutient le philosophe américain Stanley Cavel -La Projection du monde. A la recherche du bonheur, le cinéma nous rend-il meilleurs ?, 1981-, le cinéma avait entre autres comme fonction de nous rendre meilleurs ? A voir. Quoi qu'il en soit, Le passage ne peut laisser impassible.

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L'affiche du film Le Passage (I Was a Stranger), le nouveau film de Brandt  Andersen, au cinéma le 8 juillet. ✨ Porté par Omar Sy, Yasmine Al Massri,  Yahya Mahayni, Ziad Bakri

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Publié dans pickachu

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