Allô, oui ? Qui est à l'appareil ?
Jean-Louis Aubert a une gueule d'acteur (une gueule tout court), une voix, une présence d'acteur. Le jeune cinéma français devrait y regarder de plus près. Une image fixe pour une fois. La pochette du dernier album solo du chanteur-guitariste-compositeur-parolier du plus grand groupe de rock français : Téléphone. C'est son meilleur travail depuis leur séparation en 1986 (pourquoi nous ont-ils abandonnés ?). Le plus épuré, le plus profond : Aubert s'est débarrassé du gros son qui tache (genre rock FM) et de ce pathos qui irritait tant son compère Bertignac (un ex de Carla) dans les derniers temps du groupe. La guitare sèche l'emporte. Les paroles sont simples (comme une coup de fil), sonnent juste, vont droit au coeur. Pour le reste, toutes égales par ailleurs, on sent l'admirateur des Stones, pas seulement parce qu'on a toujours dit qu'il avait un faux air de Jagger (un faux seulement), surtout pour l'ambiance générale, les orchestrations et autres arrangements, qui rappellent l'immortel Exil on main street. La pochette est troublante. Quoi qu'on pense de ses derniers albums, Aubert -pour une génération, le grand frère fantasmé de ceux qui n'en ont pas eu- a toujours apporté un peu de lumière là où il fait sombre. Avoir quinze ans. Quelle claque dans la figure que fut Au Coeur de la nuit ! Ne jamais s'en remettre. Il y eut un avant et un après ce disque (1980). Il n'a pas pris une ride ce vinyle ; le chanteur, un peu, comme nous... Le contraste lumineux de la pochette : Jean-Louis Aubert sort de l'ombre : Téléphone, un souvenir évanescent ? Enfin libre, vingt-quatre ans après le clash ? Roc Eclair (un clin d'oeil à la compagnie de pompes funèbres Roc-Eclerc ?) est un hommage bouleversant à son père récemment disparu (salut le vieux). Une partie du visage de l'artiste se détache sur un fond ténébreux : le deuil en marche d'un homme intensément aimé. Ce regard caméra nous dé-visage (apaisé), nous prend à témoin, en vieux complice. Seule la partie droite est visible : Aubert ne sortira jamais totalement de l'ombre, l'égo de ce grand monsieur n'est pas surdimensionné, contrairement à celui d'une flopée de rock stars que la lumière fait vivre. Le regard est l'enseigne de l'âme : ce type transpire l'honnêteté et la bonté (son passage sur LCI dimanche quelques minutes seulement en a remué plus d'un). Nous vieillirons ensemble.
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