Abbas/Ahmadinejad

Publié le par facquet

 

 

 

Désolé d'en décevoir sans doute plus d'un, en particulier le Prince de la paralaxe ligérien, mais nous ne parlerons pas ici d'Israël, des Territoires occupés, ni du peuple palestinien, moins encore du Grand Satan : les USA, mais du dernier film du cinéaste iranien Abbas Kiarostami, tourné en Toscane (c'est la première fois que le réalisateur perse tourne dans un autre pays que le sien, l'Iran). Toutes nos excuses pour ce sectarisme borgne (sectaire,qui ne l'est pas un peu, non ?), qu'on ce rassure toutefois, un éditorialiste ouvert et tolérant (sur Cuba, Val, BHL, les croyants sans distinction)  compense ailleurs notre manichéisme indécrocrottable (a cet égard, au sujet du Proche Orient, très bon bouquin de Régis Debray, A un ami israélien, avec une réponse d'Elie Barnavie, comme quoi on peut être sioniste, propalestinien, mesuré, partant, utile à une cause). Dieu soit loué. Copie conforme (2009), donc, du génial Abbas Kiarostami, Palme d'Or à Cannes en 1997 -quelle année !- avec Le Goût de la cerise. Et le film (Copie conforme) évoque souvent Florence... (spéciale dédicace pour F.D.). Des acteurs jouent à être des acteurs, une galeriste (superbe Juliette Binoche) et William Shimel (très bon et agaçant à la fois), un écrivain anglais, se font passer pour mari et femme. Kiarostami, après Rossellini -il marche à sa daçon sur ses pas-, Antonioni et tant d'autres, semble reconnaître que la seule aventure humaine valant encore la peine d'être contée (vécue ?), c'est la rencontre amoureuse, qui finit toujours mal, mon général. Avec la fin de l'Histoire, des utopies, des lendemains qui chantent (ils ont plus qu'à leur tour déchantés, Mao sait tout) : un homme et une femme. Point barre. D'où ce jeu risqué auquel se livrent et le cinéaste et les personnages et les acteurs, comme le fait remarquer ce mois-ci dans les excellents Cahiers du Cinéma le non moins talentueux Stéphane Delorme. A moins que Copie conforme ne cache tout simplement un contrechamp mélancolique : Kiarostami filme, loin de chez  lui, l'amour impossible doublé de l'incommunicabilité entre les êtres, pour ne pas avoir, peut-être, à affronter la censure dans son pays, voire la douleur qu'il y aurait à touner, à pratiquer son art, là même où tant de drames, arrestations, assassinats, exécutions, répression, sévissent chaque jour que Dieu fait. Les spectateurs sortent clivés de la projection. Mal à l'aise. A l'image de Kiarostami avec son film, dont certaines séquences paraissent bancales. Une question en conséquence : tourné à Téhéran, par le même Kiarostami, de son plein gré, sans pression aucune, Copie conforme aurait-il tout à fait la même tonalité ? Ironie de l'histoire, le jour où le peuple iranien se sera débarrassé des ayatollahs qui les embastillent, nous nous permettrons de demander respectueusement au  réalisateur (une belle âme, un grand caractère) d'Au Travers les oliviers (un des plus beaux films du monde, vraiment) de faire de son film une copie non- conforme (on peut aussi estimer qu'il se suffit à lui-même), en sachant que "Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul" (Montaigne). Bien à vous.

 

of

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article