Soeur Emmanuelle

Publié le par facquet

Emmanuelle Devos était là, jamais très loin, vigoureusement présente ; nous le savions bien, allez. Sans y penser souvent, toutefois, comme une évidence tenace, si vous voulez. Aussi la négligions-nous un peu, prisonniers du poids des habitudes qui banalise tout. Bref, il aura fallu deux piqures de rappel, Ceux qui restent et Deux vies plus une, de Anne Le Ny et Idid Cibula, pour se ressaisir enfin. : nous tenions-là l'une des meilleures actrices du cinéma français, du Septième Art en général, sans en profiter assez. Les deux films n'ambitionnent pas de renouveler de fond en comble l'art cinématographique, tant s"en faut. Plus modestement, mais avec talent, ils dressent deux portraits de femme fulgurants. Elles ont la quarantaine (bobos de gauche ?), une famille névrogène, marchent à côté de leurs pompes, s'égarent, se cherchent  un peu, beaucoup, se trouvent un temps, se perdent derechef, comme à la dérive : un yoyo existentiel ordinaire. Il y a aussi ces rires outrés, moins railleurs que protecteurs, une défense contre les vicissitudes affectives ou/et professionnelles. La frontière qui sépare les joies et les peines est ténue. Vunérables, bien sûr, comme tout un chacun. Or, entre toutes, seule Emmanuelle Devos peut incarner, sans paraître surjouer grossièrement, la fragilité des choses humaines, dans un monde d'incertitude radicale, marqué par la peur, voire l'angoisse. Elle sublime les personnages qu'elle incarne, insaisissables, multiples, donc complexes, irréductibles à un type particulier ; sa palette est riche, de plus en plus. N'était ses formes graciles, chacun conviendrait qu'elle a pris de l'épaisseur. Ces deux femmes n'ont pas une conscience ou un moi, mais mille. Une politique des acteurs (en l'occurrence, d'une actrice). Belles, en outre, sans pour autant coller aux canons en vigueur dans les revues papier glacé. Un visage où se lit la variété des sentiments, et le corps dans tous ses états, comme mise en scène, dispositif cinématographique, comme réponse à une économie de moyens techniques. Une somatosociologie, finalement. Nous parlons d'elles comme elles nous parlent : Lorraine et Eliane, bien que singulières, disent entre les images quelque chose de l'état de la société, du rôle qu'y jouent les unes et les uns. L'actrice tient ces films à bout de bras, les porte à tire-d'aile, se rend indispensable, désormais. Emmanuelle Devos ne ressemble à rien, voilà pourquoi ils (les films) prennent corps. Pour un peu, elle eût vampirisé tout sur son passage. Sagesse de l'actrice (une belle âme), résistance de la gent masculine (virilité ébranlée? Lindon et Darmon), ou pugnacité des cinéastes (des femmes !!!) ? N'importe ! Cela fait équilibre ; ouf ! Sans compter qu'au passage elle(s) redonne(nt) des couleurs à un certain cinéma français. Et elle (E.D.) nous offre en prime un des plus beaux coups de boule jamais envoyés au cinéma. Respect et affection.        of

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Publié dans pickachu

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