Travailler du chapeau
Pour paraphraser l'écrivain Olivier Rolin (lequel parle, lui, du roman, dans un brillant article de l'excellente
revue Le Meilleur des mondes de cet été), disons que le cinéma, celui forgé dans la solitude du style (qui est ici un écart avec l'usage courant du langage
cinématographique), dérange forcément, là où la rhétorique politique, elle, s'efforce de ranger. Le cinéma est lui aussi un art de l'ambigu. Il ne décrète rien, ne décide de rien, ne juge personne
: il complexifie, au contraire, les êtres et les situations, toujours équivoques ; faire la leçon est une marque de mauvais goût, s'énorgueillir de ne jamais conclure (donner du jeu...). Le cinéma
(non la propagande) et l'individu ont noué en outre un pacte. Celui-ci assure à celui-là l'entière protection de sa singularité. Il le soustrait à la voracité uniformisante de la communauté. Et si
cette dernière réclame son dû avec obstination, biaiser de suite avec la métonymie : aborder le général via le particulier. En tout cas, toujours préférer la brume au plein soleil aveuglant, le
partiel à l'exhaustif. Tenter de se frayer un chemin dans l'obscurité bienfaisante afin d'y voir finalement plus clair. Peut-être. Ou pas. C'est la route empruntée par Les Fantômes du chapelier (1982) de Claude Chabrol. Les sautes d'humeur de Léon Labbé, les gestes compulsifs du chapelier - au comportement irréductible à toute théorie,
le visage agité par des tics chroniques, égarent le spectateur, le bousculent dans ses certitudes, un spectateur chargé de recoller seul les morceaux, autant que faire se peut. Pour cela, il
fallait non seulement un cinéaste de talent (Chabrol), mais aussi un acteur hors pair. Il s'appelait Michel Serrault : il est mort récemment. of
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