En quête d'identité

Publié le par facquet

verg--s.jpgPas de commerce avec le diable. Juste le combattre pour ce qu'il est : une entité malfaisante. L'avocat Jacques Vergès appartient à la longue liste des mégalos diaboliques protéiformes qui n'aiment rien tant que faire parler d'eux. Peu importe la manière et le sujet. Individu pathogène sans scrupule. Copain de Pol Pot (frère numéro 1), Carlos et autres humanistes du siècle dernier. Bref : haine de soi et bloc de ressentiments. Voici Jacques Vergès. L'Avocat de la terreur, de Barbet Schroeder, est moins un documentaire, qu'un simple document, prévisible et poussif, parfois complaisant (pas de réflexion sur la forme, fond d'une relative indigence subséquente). Intéressant comme un reportage sérieux d'Envoyé spécial (France2). Sans plus. Le cinéma, c'est autre chose, non ? Prenons un exemple. Pourquoi Israël (sans point d'interrogation) de Claude Lanzmann (Shoah) est de retour en DVD, 34 ans après sa sortie. Contraste saisissant. Est-ce de toute façon un documentaire ? Plutôt un reportage ; non, en fait, un film historique. Alors, quoi ? Tout à la fois, sans doute. A coup sûr, un chef-d'oeuvre. Ce premier film est le panorama cinématographique d'un Etat, d'une mémoire et d'une condition : qu'est-ce qu'être juif, 28 ans après le Seconde Guerre mondiale et 25 ans après la naissance d'Israël ? Une oeuvre subjective et métaphysique. Pourquoi Israël est un film-réponse, non un film-question, paradoxalement (sic). Il s'agit de définir la nature de la spécificité de l'Etat israélien. Voilà l'unique investigation qui parcourt le film. Filmer, pour Lanzmann, c'est être à la naissance de ce qui crée du lien, c'est être à la rencontre des points de contact avec le réel. Il jubile du reste devant le réel, il s'efforce "de le susciter, de le créer, voire de le permettre" comme le précise Serge Toubiana dans le supplément (de haute tenue). L'obsession du cinéaste : faire advenir une image nouvelle, une image neuve. Contrarier les stéréotypes. Ne pas se pencher (de haut) sur son sujet, mais l'aborder de face. Enclencher le mouvement qui déplace les lignes (de fracture, parfois). Là où Schroeder compile avec un savoir-faire paresseux, Lanzmann met en forme, structure son travail, construit un récit qui ne ressemble à rien, en phase avec son sujet : les entretiens individuels ou collectifs, cette capacité à faire exister dans le film sa propre mémoire, cette façon de faire retour sur un personnage, de lui redonner sa chance, de nous le rendre familier, l'ensemble forme un style unique où se mêle la tendresse, la cruauté et l'humour, aussi. Lanzmann est en outre un génie de la direction d'acteurs. Et comme l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, il se met lui-même en scène, occupe le cadre d'une façon singulière, un peu en retrait, un acteur parmi les autres.  Ainsi fait, Pourquoi Israël n'est pas, ne pouvait pas être, un film manichéen, fermé sur lui-même. Il propose une méthode, provoque bien des interrogations, au contraire, quand L'Avocat de la terreur soulève deux ou trois lièvres, écoeure, révulse uniquement.
Redécouvrir l'oeuvre de Claude Lanzmann. Un antidote à la surinformation aveuglante de notre temps. of
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Publié dans pickachu

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