Elections matinales
Ils y pensent même en se rasant, en parlent plus que de
raison, à en devenir rasoir, voire barbant ; ça tombe pile poil, puisque les échéances reviennent à intervalles réguliers. Une fois élu, il importe donc de se préoccuper des prochaines joutes
électorales. Une campagne en appelle une autre. Le temps c'est de l'argent : il file à tire d'aile. Le Big Boss du moment, choisi dans la douleur, susurre qu'il a pris goût au job. Il
en redemande. Un plus jeune, sans scrupule, ambitieux et ambigu, lui dispute le trône. La place est bonne ; Madame confirme.
Ils se livrent un combat sans merci. Les trêves sont rares et courtes. Le plus jeune, prêt à tout, l'emporte à la barbare sur son rival, mais avec le sourire, sous vos applaudissements. Quelques-uns des protagonistes finissent même hachés menu. Une victoire à la Pyrrhus : il cherchait l'ouverture, le voilà coincé. Ensemble, tout n'est pas toujours possible.
La sortie simultanée des deux Election (2006) de Johnnie To, cinéaste hong kongais, est une bonne occasion de faire le point sur le polar et le film d'action récents. Si d'élection il est question, c'est du parrain (le Délégué général) de la triade Wu Lo sing hong kongaise. La fin justifie tous les moyens, tous les deux ans (consultations bisannuelles). Coups de poignard dans le dos, coups tordus, retournements de vestes, renversements inopinés des alliances, traîtrises en tous genres : du balisé, en somme. Lors d'une opération, des frères s'affublent de masques ridicules : Election 1 et 2 sont des films de science politique qui s'avancent masqués (chacun y reconnaîtra les siens...).
Zodiac de David Fincher est d'une facture classique sans surprise. Toutefois, le spectacle des enquêteurs (policiers, graphologues ou journalistes) petit à petit dévorés par l'affaire est véritablement mémorable. La fin, qui n'en pas une, est à son tour réjouissante. Pour le reste...
Les deux derniers films de Johnnie To sont d'un autre accabit. Au début d'Election 2, le cinéaste file une scène incroyable : la caméra furète entre, puis autour des Oncles réunis en conclave, avec une dextérité toute en retenue. L'agilité de To tient dans cette capacité à planter discrètement un décor, au passage, à créer une atmosphère anxiogène, dont le spectateur ne se départira plus. Sans effets spéciaux pyrotechniques assomants (Spiderman 3), ni roublardise scénaristique frelatée (Zodiac, par exemple), sans parler des resucées télévisuelles refoulées (Ne le dis à personne) . Le parti pris des formes chez Johnnie To n'est jamais affectation, coquetterie ou remplissage déguisé. La forme est au service du fond. Il le lui rend bien. Et les masquent tombent. of
Ségo, comme promis, on ne lâche pas l'affaire. A bientôt et courage !