La vie rêvée d'un ange
Original et surprenant,
Angel (2006) l'est de bien des manières. A l'image de François Ozon, un cinéaste déroutant : faire la route en sa compagnie, c'est choisir de se perdre, de sortir des
sentiers battus ; pour mieux se (re)trouver, au risque de faire fausse route. Trouver un lien entre tous ses fiims relève du casse-tête. Ozon est un auteur ; le lien existe, donc.
Angel ne déroge pas à la règle : il déroute. Il matérialise en outre l'utopie européenne. Français, le film est aussi belge et britannique. On y parle en anglais et
l'action se déroule au Royaume Uni. Après quelques coups de sonde dans notre quotidien désirant et une fantaisie féminoïde, François Ozon s'attaque ici au film d'époque, en costumes et tout le
tralala. Nous sommes en 1905, en Angleterre. Angel Deverell est une jeune orpheline. Le père est mort ; la mère tient une épicerie. Une vieille tante leur rend souvent visite. Angel Deverell
écrit beaucoup, va quelquefois en cours. Et devient un jeune écrivain prodige. Elle connaît alors une irrésistible ascension. Puis le ciel se couvre, tout devient sombre. Grandeur et décadence
(rise and fall). Au final : une mort tragique. Dehors, pluie et neige se succèdent. Saluons le savoir-faire du cinéaste. Le genre est casse-gueule : il s'en sort bien, non ? La direction
d'acteurs en impose. Citons Romola Garai, Charlotte Rampling, Sam Neill et leurs collègues.
Angel n'aura été tout compte fait une vie durant qu'une enfant. Le caprice est le moteur qui la meut (voir le jour où elle fait la connaissance de son éditeur). Elle s'est installée dès le prime enfance dans la toute puissance : elle n'en sortira plus. Angel croit pouvoir commander sans limite aux êtres et aux choses. On parle dans les milieux autorisés de narcissisme initial ou d'égocentrisme infantile. Trève de psychologie. Seul nous émeut le combat acharné que livre Angel afin de se dépêtrer de désirs nombreux, encombrants et incontrôlables, surtout. Seule l'incarnation de cet affrontement saute aux yeux. Magnifique Romola Garai. Exemplaire. Elle campe un beau personnage de cinéma. Angel s'avère une nouvelle fois une expérience passionnante lorsque la guerre se glisse dans le tableau et y pèse de plus en plus lourd. Un bémol toutefois à ce trémolo louangeur. D'accord, par exemple, avec Emmanuel Burdeau (Cahiers du cinéma), pour dire que "François Ozon est trop obnubilé par le souci d'éviter un portrait à charge", et que "comme souvent avec lui, c'est l'affichage d'une adhésion envers le sujet qui finit par créer un malaise, et par déplaire". N'empêche ! Angel commence comme un Il était une fois burtonien, et finit chez Truffaut, avec la mort par épuisement d'une Adèle H so british. Il fallait pour filmer cela du culot et pas mal de talent. Le Temps qui reste ( 2005) est aujourd'hui pour quelques-uns un film de chevet. Il va devoir désormais composer avec un compagnon de route. Un ange à ma table. of