L'avis des autres
La Vie des autres de Florian Henckel von Donnersmarck connaît un succès certain. Il s'inscrit dans le renouveau actuel du cinéma allemand. La sortie du film coïncide avec la
(re)lecture de L'Aveu d'Arthur London (le procès inique, dans la Tchécoslovaquie des années cinquante, des anciens des Brigades Internationales). Rencontre fortuite instructive.Retrouver un ouvrage de propagande au fond d'un placard donne parfois la nausée. Son titre : La RDA se présente. Il a été imprimé en 1986 en ex-Allemagne de l'Est, à l'attention des militants du Parti communiste français. On peut y lire, entre autres : "Les artistes stimulent la réfléxion sur les valeurs qui donnent un sens à la vie et incitent le lecteur, le spectateur et l'auditeur à s'engager activement au profit de la société socialiste laquelle prête une attention particulière à la formation et à la promotion de la relève artistique". Sans commentaire.
Un auteur dramatique notoire et sa compagne, une actrice de renom, sont persécutés par la Stasi, la police d'Etat de l'ex-Allemagne de l'Est marxiste-léniniste (la Gestapo a changé de nom..). Nous sommes au milieu des années 80. C'est le fil conducteur de La Vie des autres, d'une facture classique (la rédemption par l'art), porté par un scénario en béton. Le fond et la forme se répondent : des couleurs ternes, des lumières blafardes, accompagnent la descente aux enfers de Georg Dreyman et Christa Maria Sieland, broyés par le totalitarisme meurtrier communiste, dans un environnement triste à mourir (le taux de suicides était d'ailleurs élevé). Le lâche silence d'une partie de la gauche occidentale fut à l'époque assourdissant (on en reparle sur http://pickachu.over-blog.net). Arthur Koestler (Le Zéro et L'Infini) disait qu'elle fut plus souvent antifasciste qu'antitotalitaire (Brejnev et Pinochet, même combat, pourtant). Bien vu.
Il y a dans le film une réussite spécifiquement cinématographique : la direction d'acteurs, et plus particulièrement, le travail remarquable sur le visage d'Ulrich Mühe (un écran à soi-seul), où se lisent les efforts muets d'une liberté qui choisit, petit à petit. Sans pathos psychologique superflu. Des images, rien que des images. Et du temps. D'infimes variations : l'esquisse d'un sourire avorté, un coup d'oeil d'abord interrogateur, puis scrutateur, d'un coup apaisé, la crispation inquiète des traits, une machoire contractée soudain se relâche, une ironie menaçante au coin des lèvres, ou un regard noir lancé alentour ; enfin, et surtout, des yeux bleu un instant d'une douceur infinie, une larme inondant une joue imberbe, le tout en dit long sur le chemin parcouru par le bonhomme. Un beau face à face avec ses collègues comédiens, le public, l'Histoire et bien sûr son personnage (un officier dissident de la Stasi, à Berlin).
Fierté personnelle (le-tout-à-l'égo) d'avoir en définitive choisit en son temps -les années 70- le bon camp (pas le goulag). Wieser doute de la pertinence de sa mission au service de la République prolétarienne démocratique est-allemande : il y aura toujours quelques petites fentes dans le tissu des choses. Le grain de sable qui vient gripper des machines totalitaires faussement bien huilées. Elles vont toujours droit dans le mur. of
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