Montre moi
à Ségolène Royal
Si l'expression lutte des classes dérange, disons alors pour ne froisser personne que des rapports de classes drus ont toujours existé. Par chez nous et récemment, avant et après la prétendue crise economique (le PIB n'a jamais cessé de progresser en France depuis 1974 ; il s'agît donc plutôt d'une injuste répartition des richesses créées), certains les ont filmés. Des cinéastes. Luc Decaster suit la fermeture dans le Loir-et -Cher de l'Usine Epéda dans Rêve d'Usine en 2003 (un rêve usiné). En avril 1994 des ouvriers de la mine de charbon Tower au pays de Galles tentent de s'autogérer : Jean-Michel Carré enregistre cette aventure dans le rugueux Charbons ardents (ouille !) sorti en 2000. Des étudiants filment en juin 1968 la reprise du travail aux usines Wonder de Saint Ouen. Une jeune ouvrière refuse d'obtempérer (il est interdit d'interdire...). Presque vingt ans après, Hervé Le Roux part à sa recherche dans Reprise (1997). Par extraordinaire, des ouvriers peuvent choisir de filmer eux-mêmes leur combat et leur quotidien. C'est l'aventure des Groupes Medvedkine chez Peugeot, de besançon à Sochaux, entre 1967 et 1974. Christian Rouaud, dans Les LIP, L'imagination au pouvoir (un slogan de mai 68), donne à voir et à entendre celles et ceux qui ont vécu la grève ouvrière la plus emblèmatique de l'après 68, celle des usines LIP à Besançon (on y fabriquait des montres). Un mouvement qui a duré de très nombreux mois dans la première moitié des années 70, et mobilisé des milliers de personnes en France et en Europe. Les utopies (un beau mot) de l'époque : la démocratie directe, l'autogestion, le socialisme réel à visage humain... Et comme le documentaire comme genre, bien que loué partout sans réserve, ennuie quelquefois, précisons que Les Lip est autre chose qu'un reportage télé convenu, un article de presse paresseux filmé, voire un outil hargneux de propagande antilibéral tournant à vide. Il montre des récits entrecroisés, des portraits, une histoire collective, et ce qui fait que le film est bien un travail de cinéaste, c'est qu'il reste au mitan de tous ces paramètres, sans jamais en négliger aucun, les contraigant au contraire à s'entrechoquer : l'individu ne se dissoud pas dans le groupe, il ne l'efface pas non plus. Tenter de mettre en forme comment ces individus se sont révélés à eux-mêmes et aux autres, ce qu'il reste de cette révélation, dans ce brouillard d'époque où tous nous tâtonnons (comme disait Karl "l'Histoire nous fait autant que nous la faisons"). D'où la force bouleversante (tant pis si le mot est galvaudé) de ce documentaire qui remet quelques pendules à l'heure, en ces temps de financiarisation sauvage de notre économie mondialisée. Au cinéma Les Studio à Tours très bientôt. of
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