Clichés-sous-Bois

Publié le par facquet

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Soit le portrait de groupe d'un sale fait divers automnal et pyromane, devenu affaire d'Etat : L'Embrasement de Philippe Triboit, diffusé vendredi soir sur Arte vers 20H45. Fin octobre 2005, suite à la mort de deux adolescents poursuivis par la police dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois, la France des quartiers s'embrase. Trois semaines d'émeutes urbaines, de crise politique, d'hystérie médiatique et la mise en place de l'état d'urgence. Finalement un non-événement, cette soirée télé, plus bête que méchant ; comme un pétard mouillé. Une fiction de gauche lourdingue, vaniteuse et tout bonnement ridicule, insignifiante car excessive (un enquêteur demande à pouvoir fumer dans une salle de réanimation durant un interrogatoire...). Les dialogues sont à cet égard d'une rare stupidité. P.Boitet s'est contenté d'enregistrer avec paresse (la mise en scène n'est pas son souci) le scénario partial, donc partiel, de Marc Herpoux, librement inspiré de L'Affaire Clichy (Stock) écrit par Maîtres Mignard et Tordjman, avocats des familles des victimes et de Muttin Altun, grièvement blessé lors de la course poursuite. Une déception sincère pour ceux qui espéraient que la télévision française allait enfin travailler notre présent. Las !
Si L'Embrasement  n'était pas une téléfiction, il aurait la forme d'un tract vengeur, haineux et manichéen, le goût amer d'un réglement de compte sans concession ; il fleurerait l'air vicié des tribunaux d'exception, voire l'atmosphère morbide des exécutions sommaires. Et voilà comment un film supposé carburer au vitriol tourne vite au désastre éthique et artistique. Adéquation de la forme et du contenu. Le réalisateur ne se met jamais du côté de ses personnages, transformés en pantins, tous stéréotypés. Il est bien trop occupé à faire passé à tout prix un message, Le message (justification de la haine destructrice des émeutiers, mise en cause virulente de la police, et de ses complices : les médias) ; à instruire surtout le procès du Ministre de l'Intérieur -la seule raison d'être de ce travail. Un peu court.
Sont négligés pour la bonne cause, l'histoire sans majuscule, aléatoire, avec ses lignes de fuites, forcément ambiguë, et bien sûr les acteurs, tous les acteurs, dont la plus élémentaire morale aurait consisté à leur donner une chance. P.Triboit s'est penché sur la question, oubiant de se mettre à son niveau. Nous sommes sommés d'entrée d'adhérer à la thèse filmée. Après une visite sur les lieux du drame, un des avocats interpelle un journaliste belge jusque là dubitatif et lui demande s'il est encore possible de douter. Ambiance. Il va devenir un serviteur zélé, comme tous les convertis. Tout ça ne fait guère avancer le schmilblick. Sarkozy reste une tête à claques habile et puissante, les interrogations sur les conditions d'interpellation des jeunes demeurent, surtout, les tensions s'exaspèrent dans les zones dites sensibles. Filmer les injustices sociales demandent du doigté, sans aigreurs infantiles stériles. Ceux qui se réjouissent du camouflet cinglant pseudo artistique infligé au Président de l'UMP, savent que l'adversaire fourbit déjà ses armes. Il usera des mêmes méthodes. Il se montrera aussi démagogique, n'en doutons pas. Renvoyer chacun dos à dos. Revoir L'Esquive et Le Caïman. Une occasion râtée, une tempête dans un verre d'eau. Pour le plus grand malheur du cinéma et de tous ceux qu'il peut parfois libérer des sociotypes mortifères. Misère du cinéma militant (engagé, c'est autre chose). Nous voilà bien... of
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Publié dans pickachu

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