Grosses canneries

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

                                                                      Grosses canneries

Dans l'édition du mois de mai du très prestigieux Monde Diplomatique (page 36 et 37), l'écrivain Philippe Person, en verve, s'en prend violemment au Festival de Cannes (qu'on n'imaginait pas défendre un jour). Un Festival amorphe, selon lui, prêt sans broncher à tolérer "les effets de la mondialisation en se réfugiant dans la défense d'un club assez fermé d'auteurs internationaux". Particulièrement remonté, notre écrivain renchérit : "Face aux Etats-Unis, seule superpuissance, face à la montée de conflits frontaux, ethniques ou religieux, face à la montée de l'idéologie libérale, le festival s'est fait une spécialité d'un "auteurisme individualiste" qui lui permet de traiter tous les malheurs du monde sans avoir à prendre une position affirmée". Gilles Jacob fourrier des calamités planétaires les plus terribles. Dans une revue réputée pour son sérieux et sa modération, l'article fait froid dans le dos. Une rhétorique martiale qui fleure bon un stalinisme revisité.

Ces dernières années, pourtant, les frères Dardenne (des cryptolibéraux), M.Moore (un ami du Président Bush et promoteur infatigable de la mondialisation néolibérale), ont été récompensés à Cannes. Pas un traîte mot de cela dans l'article de Person. Il y a quelques jours, Ken Loach (grand admirateur de Tony Blair) a décroché la Palme d'or, et "Hollywood contre Mc Do" de Richard Linklater, a fait parler de lui dans les soirées branchées du Festival. Le Monde a titré en une, le mardi 30 mai : "Cannes consacre des films politiques et généreux" ; en pages intérieures : "Des palmes pour des films engagés". Il faudrait aussi dire un mot d'Indigènes, le film de Rachid Bouchareb, qui n'est pas reparti les mains vides. Person, droit dans ses rangers, préfère dénoncer le "primat de la forme sur le fond, de l'individuel sur le collectif, de l'esthétique sur le politique". Les cinéastes susmentionnés apprécieront la charge. Aux champs ou à l'usine les artistes complices et autres intellectuels bourgeois.

La mondialisation néolibérale américaine et ses méfaits ; la haine de l'Occident (donc de soi) ; même Israël en prend au passage pour son grade. Du sur mesure : rien ne manque, ni ne dépasse. De la propagande comme au bon vieux temps. Ne dites surtout pas à monsieur Person qu'une équipe de Charlie Hebdo (n°726) s'est récemment rendue en Tanzanie, à Mwanza même, pour mener une contre-enquête qui contredit quelque peu les allégations de Hubert Sauper dans son film Le Cauchemar de Darwin. Il en mourrait de rage. Le débat sur le cinéma engagé et/ou militant est (re)lancé. A nos plumes!

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Publié dans pickachu

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