Prom/auteur
PROM/AUTEUR (actualité de L'Homme qui tua Liberty Valence)
Les 29 et 30 mai 2006, les Studio, en collaboration avec la Cinémathèque de Tours, ont consacré deux soirées à John Ford. Le mardi, après la projection de L'Homme qui tua Liberty Valence (1962), le public a pu s'entretenir avec Charlotte Garson, rédactrice aux Cahiers du Cinéma, et spécialiste de l'oeuvre du prestigieux cinéaste nord-américain. La revue a imposé, voilà une cinquantaine d'années, une grille de lecture filmique, que Jean Douchet s'échine encore à défendre : la politique des auteurs. Elle impose au critique une certaine humilité, afin de pénétrer au coeur de la démarche imaginante du cinéaste, pour que chaque film trouve sa place dans la perspective de l'ensemble. De l'influence du Sur Racine de Barthes sur la critique cinématographique française ( Douchet a écrit d'ailleurs son Sur Hitchcock).
A cet égard, Charlotte Garson précise d'emblée que John Ford cherche continuellement à savoir "comment des personnages évoluent dans un monde clos" ; il suit "leur cheminement et scrute au passage l'évolution du groupe ; Ford enregistre un sens de l'Histoire, sur un mode shakespearien, dans un total mélange des genres". Au delà de l'humeur classique du "j'aime" (James Stewart/Stoddard)/"j'aime pas" (John Wayne/Doniphon ou/et Lee Marvin/Valence) -et vice versa-, nous sommes là au coeur de la politique des auteurs. Au risque de se répéter, Charlotte Garson insiste : "le film rassemble tous les thèmes de John Ford ; c'est une épure : tout mettre dans un film dense et sobre à la fois. Comme d'habitude Ford ne moralise pas et le sujet de son travail n'est pas la ressemblance ; la richesse de son travail sera définitivement l'ambiguïté". Et nous encourage à revoir ou à découvrir son ultime opus, Seven Women (1966), condensé tardif de toute son oeuvre. A raison. Toujours la politique des auteurs (lire à ce sujet l'excellent article de Douchet, Twist again, sur le dernier film de Roman Polanski, OliverTwist, dans le numéro de mai des Cahiers du cinéma). En fin de soirée, une spectatrice enthousiaste juge toutefois "trop long et trop appuyé le début de L'Homme qui tua Liberty Valence". Charlotte Garson parle moyens de transport : Stoddard (James Stewart) arrive en diligence, repart en train. Le film est un western funèbre, un flash-back autour du cercueil de Doniphon, il "entérine un nouveau monde, une nouvelle pratique politique, avec un prix à payer : un mensonge originel, sans réelle nostalgie" dit-elle. Un mot encore toutefois. L'Homme qui tua Liberty Valence paraît-être le type même de ces films qui suscitent un écho dans notre présent, à en croire les remarques faites à ce sujet tout au long de la soirée. Démocratie et violence (Valence), vieille dialectique, et une variante sur le même thème : droit et force (Doniphon). Transformation de la violence en loi. "Archéologie de la violence qui est au fondement de la loi" dirait C.Garson. Le futur sénateur Stoddard pense qu'on impose la démocratie avec les livres. Il croit en la force performative de la loi. En sa vertu. Il n'empêche que sans le fusil de son acolyte, personne n'aurait donné cher de sa peau. Nécessité de la force juste pour établir la loi, voire la démocratie? Vaste débat. A suivre, donc. Merci surtout à Charlotte Garson pour la qualité de son exposé. Une rencontre passionnée et passionnante.
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PS : John Ford était-il démocrate ou républicain? Le débat a fait rage. Charlotte Garson, brûleuse de légendes -Brûlez la légende est le titre d'un de ses articles sur Ford, paru dans les Cahiers du Cinéma de l'été 2005, clin d'oeil cinéphilique-, regrette le conservatisme encore attribué au cinéaste. Et son cinéma alors, démocrate ou républicain? A coup sûr démocrate, mon capitaine!