Etats désunis (rétrovisions)

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                Mississipi Burning (1988) d'Alan Parker et Amistad (1997) de Steven Spielberg ont valu à leurs auteurs un acharnement critique d'une rare violence. Les bons sentiments ne font pas ipso facto les bons films pouvait-on lire à l'époque dans les bonnes feuilles de la presse spécialisée consciencieuse. Soit. C'est incontestable. Ceci étant dit, une ou deux questions s'imposent : qu'est-ce qu'un bon sentiment, en l'occurence la défense d'un droit fondamental et inaliénable : la liberté ? Sur quels critères en outre se fonder afin de juger de la qualité d'un film en particulier, d'une oeuvre d'art plus généralement ? Vaste programme aurait dit le Général. En reparler plus loin, peut être, ou un autre jour, une autre fois, si possible. Pas sûr.
Eté 1964. Au coeur du Mississipi, terre de tolérance, de tendresse et de respect scrupuleux du droit. Trois militants des droits civiques sont assassinés par le KKK, avec l'aide de la police locale, dans l'indifférence générale, ou presque. Leurs corps ont disparu, et leur automobile avec. Deux agents du FBI, Ruppert Anderson (Gene Hackman), vieux et expérimenté, originaire de l'Etat sans en épouser les travers, et Alan Ward (Willem Dafoe), un idéaliste très à cheval sur les principes, un procédurier, un "Kennedy boy", un type bien en somme, mènent l'enquête dans l'hostilité la plus totale (à quelques exceptions près, mais elles sont de taille). Chris Gerolmo, le scénariste, s'est inspiré d'un fait divers authentique. Les meurtriers du Klan sont tous arrêtés, puis emprisonnés. Grâce, entre autres, aux méthodes plus qu'expéditives de l'agent Anderson.
Août 1839. Des dizaines d'esclaves noirs venus de l'actuelle Sierra Léone, conduits par Cinqué, se révoltent sur un bateau de négriers portugais, l'Amistad, une partie de l'équipage est tuée au large de Cuba : une mutinerie sanglante. La marine américaine arraisonne l'Amistad sur les côtes de la Nouvelle Angleterre. Les esclaves sont emprisonnés à New Haven dans le Connecticut. John Quincy Adams (Anthony Hopkins), Président des Etats-Unis de 1825 à 1829, porte-parole de la lutte contre l'esclavage et abolitionniste, prend la défense des esclaves africains (il fut avocat) devant la Cour supême, contre la volonté présidentielle, et obtient leur libération en 1841, après une plaidoirie mémorable.
Que n'a-t-on pas entendu à la sortie des deux films (d'une facture traditionnelle narrative honorable) : manichéisme, esthétique publicitaire (formule en vogue dans les années 90), tartufferie, travail contreproductif toxique, des oeuvres pour l'oubli (sic), rien que ça, et la liste n'est pas exhaustive, tant s'en faut. Et puis quoi ? Manichéen, Mississipi Burning ? Le duel que se livre nos deux agents du FBI au cours de l'enquête (opposés par leurs conceptions professionnelles) prouve tout le contraire. Il suscite même la controverse, et pas des moindres. Tout comme la difficile recontextualisation régionale, une entreprise à haut risque, tant elle peut dédouanner chacun de se responsabilités, au nom d'une prétendue mentalité collective. Sans parler des protagonistes qui se complexifient au fil de l'intrigue.
Une tartufferie ethnocentrique, Amistad, plombée par une esthétique publicitaire insupportable, voire amorale ? Il suffit dix ans après de le revoir pour constater que Spielberg n'a pas filmé une fresque consensuelle (le film à sa sortie a attiré l'attention de la nation américaine toute entière et provoqué bien des débats...), moins encore une machine à broyer les différences : le cinéaste ne recherche pas la dédramatisation d'une quelconque responsabilité collective. Les Sudistes racistes font pression sur le Président Buren. Les Blancs ne le sont pas tous. Se profile le spectre de la guerre civile. Amistad s'en fait d'ailleurs l'écho. Deux oeuvres en forme de catharsis. Le procès met en cause le système judiciaire américain. Obama quelque part leur doit un petit peu quelque chose. A cet égard, le 20 janvier dernier, parmi les quelques cinéastes invités à la cérémonie d'investiture, se trouvait, seul et discret, Steven Spielberg. Revoir ces deux films. Pour mémoire, comme ça, de manière à mesurer le chemin parcouru par le peuple américain.

 

of

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article