Il faut sauver le soldat Caron (rétrovision)

Publié le par facquet

                                                                                                                                                                                                                                                                                               

 
Claude                                                                                                                                                                                          Ne faisons pas comme si le cinéma français ne s'était jamais confronté aux "événements d'Algérie" comme on disait jadis. Nous sommes au début des années 80. L'honneur d'un capitaine sort en 1982. Lors d'un débat télévisé consacré à la Guerre d'Algérie, Paulet, un universitaire de gauche, accuse en direct feu le capitaine Caron (l'excellent Jacques Perrin), mort au combat en 1957, d'avoir été un "tortionnaire et un criminel". Patricia Caron, sa veuve, prof de philo ombrageuse, intente un procès en diffamation pour sauver l'honneur de son défunt époux. C'est en tout cas ce qu'elle dit. Vingt ans après la fin des combats, le tribunal mène une enquête scrupuleuse sur le rôle joué par son mari dans le cadre de sa mission au Maghreb, et, en creux, une investigation sur la responsabilité des politiques de l'époque. Simplificateur, le film ?
Au contraire. Un des personnages observe qu'il ne faut jamais réduire les individus à des principes. Pari tenu ? Oui, c'est ce que réussit sans conteste Pierre Schoendoerffer dans L'Honneur d'un capitaine. L'habile construction narrative (alternance de scènes de procès et de flashes-back) rend au passé toute son épaisseur, sans dédouanner quiconque de ses responsabilités. Torture, il y a eu. Le cinéaste ne le nie pas, le fait même dire. Des disparus aussi, des centaines. Schoendoerffer ne s'échine pas à laver l'honneur de l'armée, seulement celle d'un officier injustement calomnié. Les faits sont têtus. Les accusations tombent les unes après les autres. Le capitaine est innocenté des crimes qui lui étaient imputés. Au passage, l'avocat de la défense, le grand Charles Denner, aura fait plusieurs semaines durant le procès de la France coloniale, avec rigueur et conviction. Honnêteté du réalisateur.
Un soldat, juste un homme, souvent courageux (Caron fut un Résistant, un vrai...), ne peut pas endosser l'entière responsabilité d'un conflit et de ses dérives. L'Etat doit assumer les siennes (les crimes commis en Algérie, les corvées de bois par exemple, la gégène érigée en système). Un soldat, un officier (humain, en l'occurence, autant que la guerre le peut) obéit aux ordres, répond parfois des ses actes. Rien de plus, rien de moins. Là n'est pas cependant le seul enjeu d'un film plus subtil que ne l'ont laissé entendre ses détracteurs. Derrière ce témoignage sur une période douloureuse de notre histoire (la décolonisation), un passé qui passe mal (voir les Antilles...), se détache une femme dans la force de l'âge, veuve très jeune (c'est à peine si elle a connu six mois son mari), l'inégalée Nicole Garcia (un amour d'enfance), qui avant de vieillir cherche une dernière fois à dresser le portrait (évanescent) de l'homme autrefois voué à partager sa vie, l'élu de son coeur pour devenir le père de ses enfants si la mort en avait décidé autrement. Cette douleur rentrée se lit le long du film sur le magnifique visage diaphane de l'actrice, absente souvent des débats, car abîmée la plupart du temps dans ses pensées, quelques souvenirs heureux ou malheureux. Ailleurs. Poignant(e). La dignité discrète d'une femme meurtrie. Une vie brisée. Un tiraillement moral élevé s'incarne sur ce visage avec une sobriété qui atteint à l'abstraction. Au final, c'est lui qui fournit au film sa cohérence, cheminement invariable vers le dépouillement le plus total d'une quiétude enfin conquise sur les vicissitudes de l'existence. Rien que pour Patricia, revoir L'Honneur d'un capitaine.                       

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Publié dans pickachu

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