Espèce de son ; vive Tati!

Publié le par facquet

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Rencontre avec Sylvette Baudrot
ESPECE DE SON, VIVE TATI (SCHEFF) !
        

"Oh c'est si pratique, tout comunique."
"Eh bien monsieur, on vous écrira. Pour l'instant, nous n'avons pas besoin d'acrobates."
Mon Oncle

Acteur, scénariste, réalisateur et parfois producteur de ses films, Jacques Tati est mort ruiné le 4 novembre 1982. Il ne s'était jamais relevé du désastre financier de Playtime -son plus beau film. Il a, entre autres choses, inventé "le son moderne au cinéma. Comme on dit dans ces cas-là : tous, toujours, lui devront tout. Il l'a fait en suivant son génie comique, en faisant rire. Il ne lui suffisait pas d'être un clown de génie, de savoir mimer le tennis, le trafic automobile ou l'angoisse du gardien au moment du penalty, il fallait qu'il fasse d'un film une création entière. Un auteur, si ce mot a un sens. Tout le monde se souvient d'un bruit de porte dans Hulot, d'un insecte dans Jour de fête, d'une balle de ping-pong qui double les bruits de pas dans Playtime." (Serge Daney)

D'un poisson cracheur de jets d'eau ou du tic-tac des talons aiguilles sur un parterre cimenté, dans Mon Oncle, par exemple. Chez Tati, le son est un personnage à part entière.
Très bonne idée de la commission jeune public des Studio : inviter Sylvette Baudrot (née en 1928, à Alexandrie), script-girl (auxiliaire du réalisateur et du directeur de production) de Jacques Tati sur le tournage de Mon oncle (1958), justement -projeté ce samedi 24 septembre aux Studio- pour parler du travail du réalisateur de Trafic. On apprend que Tati était tatillon. Les tournages duraient de longs mois, " il était méticuleux, il ne laissait rien passer, il pouvait faire reconstruire un décor si le résultat premier ne lui convenait pas, " glisse, admirative, notre invitée à la carrière impressionnante. " Avec les enfants, il était toutefois d'une patience d'ange, " confie-t-elle. S. Baudrot vient de finir le tournage de Oliver Twist, de R. Polanski -excusez du peu- après avoir travaillé, 55 ans durant, avec Resnais, Costa-Gavras, Louis Malle, George Stevens, Stanley Donen ou Hitchcock. " Savoir parler anglais m'a beaucoup aidée, " dit-elle. Cette modestie est toute à son honneur. Parions cependant que le talent n'est pas étranger à cette réussite (elle a plus de 90 films à son actif).

Très bonne idée enfin d'inviter une script : ce fut l'occasion pour le jeune et moins jeune public de découvrir un des métiers de cinéma, et pas des moindres (lire à ce sujet La script-girl de Sylvette Baudrot et Isabelle Salvini, aux éditions de la FEMIS, 1995). Billy Wilder aurait aimé s'offrir les services de Sylvette Baudrot, mais elle est finalement restée fidèle à Tati pour quelques mois (une réelle tendresse s'invite à ce moment précis dans son propos). C'est dire l'admiration qu'elle portait et porte toujours à son œuvre, singulière entre toutes. Tant il est vrai que " chaque film de Tati marque un moment dans l'histoire du cinéma et de la société française " (Serge Daney).

Comme d'habitude chez lui, Mon Oncle -"à l'humour très anglo-saxon"- précise-t-elle- ne raconte pas vraiment une histoire (il a tout obtenu l'Oscar du meilleur film étranger en 1958). Jacques Tati préférait lancer des coups de sonde taquins d'anthropologue futé dans la société française. Il demandait en outre aux spectateurs de faire leur propre film à partir des siens. Ceux présents ce samedi automnal ne s'en sont pas privés.


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Publié dans pickachu

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