Rétrovision
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Avant sans doute d'y revenir bientôt, quelques mots rapides au sujet de quelques films revus très récemment avec le même enthousiasme. Train de vie (1998) du réalisateur franco-roumain
Radu Mihaileanu (que devient-il ?), reste une oeuvre forte (avec, excusez du peu, Lionel Abelanski, Rufus, Michel Muller, Marie-José Nat, Gad Elmaleh) une des plus abouties sur
l'extermination des Juifs d'Europe centrale durant la Seconde Guerre mondiale, une oeuvre d'une élégance rare, et seul le climax final, très court, soudain nous bouleverse. En 1941, le fou
du village, l'habitant le plus sensé, trouve une idée pour sauver les siens de la haine nazie : ils organisent un faux train de déportation, se déguisant en faux déportés et faux
Allemands. L'idée se concrétise, le train s'élance en direction de la Palestine via la Russie. Vers la liberté... Juste une 1h30 d'humour (moins une minute) typiquement yiddish
(l'autodérision, comme chez les Arabes). Pas d'apitoiement convenu et facile, presque pas de violence, aucune trace d'horreur vaine et inutile. Pourtant... Rien qu'un conte, cruel comme
souvent, morbide et désespéré aussi (ne pas raconter la fin, surtout). Loin, très loin du douteux La vie est belle (1998) de Roberto Benigni, sorti la même année, qui, sans
trop se poser de questions préalables, filme un camp d'extermination tellement déréalisé, que la Shoah en perd tout ce qui fait son unicité. Une brèche pour les négationistes. Une euphémisation
malheureuse. Un apologue honteux. Treblinka ne sera jamais "conté", sans doute. Mais la poésie demeure possible après Auschwitz, mais pas n'importe
comment. (Re)Voir Train de vie, donc. La vie aurait pu être belle...
Au rayon des films trop vite oubliés, dissimulé derrière l'inusable Man on the moon de Milos Forman (2001), se trouve l'un des meilleurs films des dix derniers années, The
Truman Show (1998) de Peter Weir, réalisateur du célèbre Cercle des poètes disparus (1989) et de l'excellent Witness (1984, petits meurtres entre Amishs). Truman Burbank
est sans le savoir la star planétaire d'un show télévisé en continu. Adopté à sa naissance par l'entrepreneur Christophe (Ed Harris, plus que parfait) -un créateur/réalisateur/producteur
très tendance, intelligent mais cynique-, Truman (aquaphobe, en conséquence privé de sortie) voit sa vie entière transformée en spectacle pour le plus grand plaisir de milliards de
téléspectateurs devenus accros. Ses moindres faits et gestes sont enregistrés à son insu par des centaines de caméras, et des millions de produits dérivés enrichissent les caisses de la maison de
production. Tout est factice. Son environnement est un immense studio de cinéma : les voisins, un inconnu croisé dans la rue, le buraliste, les collègues, les proches, ses amis mêmes, sa propre
femme, sans oublier ses parents, sont des acteurs professionnels. Jusqu'au jour où...
Comme souvent une multitude de lectures sont possibles : pour certains, The Truman Show est autant une charge contre la téléréalité et ses dérives mercantilistes, qu'une
dénonciation abrasive de la prolifération liberticide des caméras de surveillance urbaines, pour d'autres, un moyen de tester le seuil de tolérance de chacun, ou encore, un outil de
résistance au totalitarisme soft télévisuel, tout cela est envisageable.
Il y a en outre dans The Truman Show deux ou trois des plus belles scènes jamais tournées au cinéma (si si). Truman dort paisiblement. Son visage apparaît dans les studio de la maison
mère sur un écran géant verdâtre : Christophe, seul, deus ex machina, passe lentement sa main sur l'image, dans un silence de mort. Saisissant. A la toute fin du film, le bateau de
Truman vient trouer l'horizon (le décor, superbe) ; il le longe, tel Jésus marchant sur l'eau, gravit hiératique un escalier, tire crânement sa révérence, puis s'engouffre d'un pas décidé
dans l'obscurité d'une porte ouverte sur la liberté. Peut difficilement mieux faire.
The Truman Show est aussi une méditation philosophique (Eh oui !). L'ambition du cinéaste était de fabriquer un "film d'action philosophique" qui, en mêlant la fable, la
spéculation et le concept, produit des effets théoriques. Avec des thèmes aussi variés que le réel et le virtuel, la liberté humaine et les raisons du choix, ou la puissance de l'amour.
Entre autres. Prenons un exemple. Truman Burbank, par sa fuite, contredit les propos sentencieux assénés aux trois quarts du film par son marionnettiste attitré : "Chacun de nous accepte
la réalité du monde à laquelle il est confronté". Truman (chaud bouillant) se défait de ses chaînes (de télé), renverse les grilles (de programmes), préfère l'incertitude de toute vie
humaine à sa cellule dorée, rien d'autre qu'une prison (revoir la série Le Prisonnier), vomit finalement ce monde de rêve conformiste petit-bourgeois et rassurant. Ce n'était pas
joué d'avance. Un très, très bon film, et audacieux avec ça. Dont on ne sort pas indemne. Spéciale dédicace pour le sémillant Jim Carrey, vraiment stupéfiant (itou dans The Man on the
moon). Preuve est faite que le cinéma dit grand public n'est pas synonyme de médiocrité. Rien que pour cela, Radu Mihaileanu et Peter Weir méritent le respect.
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