Diapason

Publié le par facquet


 

                                                                                                                                                                                                                 A l'issue de l'inauguration de l'exposition photogaphique de Jean-Michel Fauquet au Château de Tours, le vendredi 7 novembre, le film Iddu de Henry Colomer, consacré à l'artiste, fut projeté au Cinéma les Studio, en présence du réalisateur.
La lumière revenue, un spectateur ému tient d'emblée à remercier et le cinéaste et le photographe (photographies d'une inquiétante étrangeté) du bien qu'ils viennent de lui apporter. Comme on le comprend : le film est une réussite. Loin, très loin des documentaires (qui sont des fictions, montage oblige) hagiographiques, faussement empathiques, toujours emphatiques, platement filmés, comme on en voit trop souvent à la télévision (au cinéma, quelquefois, malheureusement). Eviter une inutile profondeur psychologique. Pas de voix off envahissante, voire redondante.
De février 2007 à octobre de la même année, Henry Colomer a filmé le travail de Jean-Michel Fauquet dans l'intimité de son atelier -du dessin à la peinture en passant par la sculpture. Aucune ambition didactique, et c'est tant mieux.
Il se prête volontiers avec gentillesse, courtoisie, simplicité et discernement -et, disons-le, élégance- au jeu des questions/réponses. "La réalité brute, je ne sais pas ce que c'est" tient à préciser d'entrée notre invité. Le timbre de la voix charme l'auditoire, le capte aussi, sans effet de manche vulgaire, ni complaisance (même suavité dans la voix de J.M.Fauquet). On apprend vite -remarquez, on l'avait deviné quelque peu à la vision d'Iddu- que le cinéaste et le photographe sont amis (ils partagent une disponibilité altruiste identique). "C'est mon héros" lance même avec une certaine émotion (fierté aussi) Henry Colomer. Leur complicité est entière, ça se sent, ça se voit, indéniablement. "Filmer l'ami fut une grande joie artistique"  tient-il à confier. Bien que différents, leurs univers artistiques sont complémentaires. D'où sans doute la force envoutante d'Iddu. Le film n'est toutefois pas une biographie cinématographique traditionnelle (un biopic comme on dit aujourd'hui). Il s'agit avant tout pour le cinéaste de "filmer le mystère de la création sans parvenir à le percer, d'enregister le travail en train de se faire, de saisir le temps qui passe, tout simplement". Le processus créatif -l'art comme cheminement- l'intéresse autant, semble-t-il, que le résultat final. Itou pour le photographe.
Henry Colomer avoue "avoir voulu cerner les interrogations et les choix de Jean-Michel Fauquet", à la fois modeste dans son abord, mais d'une exigence artistique jamais prise en défaut. Tous deux accordent une place particulière dans leur travail à l'imagination, aux souvenirs, donc à la mémoire. Henry Colomer dit de belles choses à ce sujet : "Le travail sur la mémoire nous est commun, vraiment, même si cette mémoire est imaginaire. A cet égard, la mise en forme du souvenir est aussi importante que le souvenir lui-même. Les oeuvres de Jean-Michel Fauquet sont une actualisation de la mémoire individuelle ou collective". Une forme de nostalgie, voire de mélancolie, étreint soudain tout un chacun dans la salle. Les mots entrent en résonance avec le film. Ce n'est pas si souvent. Intelligence du propos, exprimé avec une sensibilité naturelle. Un régal.
Si Iddu est surtout un portrait en mouvement, plus précisément la tentative d'approcher de près les gestes de l'artiste  -et quel artiste !-, personne n'oubliera ce gros plan final d'une paire de mains, oui, de mains (lors d'un vernissage new yorkais -grand moment de cinéma que ce passage dans la Big Apple- J.M.Fauquet explique à une jeune Américaine séduite, dans un anglais bancal, qu'un artiste travaille avec ses mains, pas avec sa tête) . Simple et éloquent tout à la fois (en reparler). Qu'on nous permette ici de saluer toutes celles et ceux qui ont rendu possible cette rencontre, car cette fois-ci, en effet, il s'agissait bien d'une rencontre, ô combien. Du bon travail. L'aventure des Studio continue. Il est possible de se procurer le DVD du film.

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Publié dans pickachu

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