Vu sur Internet !

Publié le par facquet

undefinedRedacted, le dernier film du cinéaste nord-américain Brian De Palma, est à la fois un remake d'Outrages (la guerre du Vietnam) et de documents sur le conflit irakien de sources multiples trouvés, entre autres, sur Internet  (films anonymes, journaux intimes tournés en caméra DV, flashes TV, images de blog, caméras de surveillance, documentaires), assemblés à la manière d'un patchwork kaléidoscopique. Un matériel fictionnalisé -tout est  fabriqué par le réalisateur- pour des raisons légales, en particulier : lors du tournage, l'instruction était toujours en cours (une enquête sur l'implication de soldats  américains dans une fusillade à un check-point et dans le viol en 2006 d'une adolescente irakienne dont la famille a été massacrée sauvagement au passage). De Palma, approuvé en cela par une partie de la critique, clame sur tous les tons que pour la première fois ses images disent vrai (sic). Elles ne font plus écran au réel. Inutile dorénavant d'aller chercher des images sous des images. La formule de Godard "ce ne sont pas des images justes, juste des images" est à remiser aux oubliettes de l'histoire du Septième art. Du vide sidéral d'internet survient désormais la vérité (le sage sait pourtant qu'il faut tenir compagnie à ceux qui la cherchent et se méfier de ceux qui la trouvent). Honte à celui qui ose à présent  parler de montage, de cadrage et de raccord, d'échelle de plans, de point de vue, d'effets spéciaux (spécieux) ou de mise en scène (un document visionné sur Internet peut tout à fait avoir été l'objet d'une manipulation, non ?). Redacted marque peut-être la fin d'une rhétorique cinématographique et le début d'une autre. Permet-elle pour autant de penser des choses nouvelles sur l'humaine condition et la guerre (une sale connerie parfois nécessaire) en général, sur le cinéma en particulier ? Marque-t-elle la découverte de nouveaux objets de pensée ? A voir.
Redacted est un brûlot anti-guerre plutôt réussi (et encore...). Soit. L'intervention militaire des Etats-Unis en Irak une faute. Certainement ; sans doute. Là n'est pas la question. Au nom de quoi (de qui) faudrait-il croire à la virginité, à l'innocence originelle d'images de seconde main ? E.Burdeau, dans Les Cahiers du Cinéma du mois de février, cite à cet égard abusivement Roberto Rossellini : "Les images sont là, pourquoi les manipuler". Le tout rappelle ces slogans publicitaires accolés sur certains produits de consommation courante : "Vu à la télé !". Qu'est-ce que ça prouve ? Oui, ce sont juste des images qui nécessitent un décryptage (comme ceci ou comme cela, bon ou mauvais, c'est une autre histoire). Les images numériques, quelle que soit leur provenance, même revues et corrigées par Brian De Palma, ne font pas exception à la règle, loin s'en faut.  Plus que jamais, il va nous incomber, si cette rhétorique prolifère, d'aller chercher minutieusement des images sous des images.
Prenons la fameuse séquence du check-point : un conducteur irakien n'obtempère pas aux objurgations de la soldatesque yankee. Les armes parlent. Le silence se fait ; un bain de sang, des morts : une femme enceinte et son père. Dit-elle quoi que ce soit  de pertinent que nous ne sachions déjà sur la psychologie des soldats américains (du soldat, tout bonnement) ? Sur la nature globale du conflit ? Sur les ratés géopolitiques à répétition de l'administration Bush junior ? Pas sûr. Le même drame se déroule chaque jour en Palestine, en Colombie, au Kenya, en Tchétchénie, en Afghanistan ou en Somalie. En conséquence, rien d'exemplaire. Force est surtout de rappeler le caractère polysémique de la séquence susmentionnée. Rien de neuf : les images ne parlent pas d'elles-mêmes comme on le dit communément, à tort. De Palma ne dit pas la vérité, mais une vérité. Il ne ment pas pour autant, choisit simplement ses sources, les traite à sa guise, prend position (le point de vue refoulé), s'engage, donc. A nous ensuite d'aller y jeter un oeil. Ce soudain culte idolâtre des images (devenues pieuses) ne laisse pas de surprendre, voire d'inquiéter même. Une vénération des icônes néo-byzantine pour le moins anachronique.
Francis Ford Coppola, avec son Apocalypse now, n'a jamais prétendu dire la vérité sur la guerre du Vietnam. Il a en revanche montré deux ou trois choses à des cinéphiles en herbe qu'ils ne sont pas prêts d'oublier.  of

 


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Publié dans pickachu

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