Présence réelle (2)

Publié le par facquet

undefinedFoin de polémiques géopolitiques sur le thème de l'intervention américaine en Irak. Passons notre chemin ; là n'est pas présentement notre propos. Des images, rien que des images : encore et toujours. Redacted, en l'occurence, de Brian De Palma, son dernier film, sorti très récemment. La guerre en Mésopotamie et les exactions de quelques soldats américains (un viol doublé du massacre de toute une famille). "Pour  la première fois mes images disent vrai" lançait en février dernier De Palma aux rédacteurs des Cahiers du Cinéma en pâmoison. Qu'on nous concède ici quelques réserves.
Force est d'abord de contaster l'extrême porosité entre la téléréalité et ce cinémaréalité, appuyés chacun sur une demande pressante de notre société à entendre et à voir des discours et des programmes qui se réclament du réel (qu'est-ce que le réel ?). A l'instar de la TV commerciale, Redacted fonde son crédit sur deux arguments : la nouveauté et sa prétention à nous parler au nom du réel et, même, à nous le montrer, nous le faire toucher des yeux. Le réel, c'est pourtant contre quoi je bute, disait Lacan... Au demeurant, de quelle nouveauté s'agit-il ? En gros, un dispositif cinématographique -collages d'images de diverses sources et divers régimes- qui assure la convergence entre l'ordinateur (webcam, films enregistrés en DV mis en ligne, retravaillés par le cinéaste...), un média nouveau, et la télévision (journeaux télévisés, reportages du style Envoyé spécial), un ancien média. Méfiance, cependant, car "rien n'est jamais tout à fait nouveau sous les sunlights, non plus que dans n'importe quelle histoire, et il est bien tôt pour juger aujourd'hui de ce que l'on considérera demain comme une rupture" écrit dans un ouvrage récent, L'Empire du Loft, le sémiologue François Jost. Une rupture, un nouvel objet de pensée ? N'insultons pas l'avenir. Bien sûr, un nouveau média change à terme la façon dont on voit le monde, ce qui ne manque pas de rétroagir sur l'art de la représentation. Quoi qu'il en soit, le fait que le dispositif de Redacted affiche une originalité autoproclamée, ne l'affranchit nullement d'un regard critique, puisqu'il comporte des éléments de scénario, une mise en scène et un montage qui sont autant de composants propres à tout travail cinématographique, entre autres. Une réalité in vitro (Le Loft !), fictionnalisée. Et deux subjectivités à l'oeuvre : celle du réalisateur (nul n'est contraint de souscrire à la mort de l'auteur et à l'immanence de la création), celle du (des) spectateur(s) -le(s) récepteur(s). Ne pas contrarier le libre parcours du spectateur ; on ne voit pas tous la même chose (les sémioticiens ne cessent de le dire). A ce propos,  A very british gangster (2007) ne laisse pas d'intriguer : Dominic Nooran, 37 ans, dont 22 en prison, est à la tête du clan le plus puissant de Manchester. Un cinéaste, Donial Macint Yre, a passé trois ans aux côtés d'un "vrai parrain" lit-on sur la pochette du DVD. Toutefois, à moins qu'un spécialiste de l'organisation du crime mancuniennne n'en apporte la preuve de vive voix, avec documents à l'appui, et encore, rien ne distingue ce documentaire d'une pure fiction (la même démarche esthétique -délibérée ?).
Sans doute serait-il possible de s'entendre sur un programme minimum, à savoir que la vérité est autant dans les images, toutes les images, que dans le regard que nous choisissons de porter sur elles (leur inévitable polysémie : la séquence du carnage au check-point à Bagdad est un cas d'école). Les images ne parlent pas toutes seules. En somme, le débat est ouvert : questionner la prétendue dilution de l'auteur, interroger la construction ou la destruction de la place du spectateur, en accordant une importance certaine aux formes et aux stratégies de croyance. De ce point de vue, Redacted est un objet ambigu. A plus. of
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Publié dans pickachu

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