Recalé (2026) : mini-série et rééducation nationale (profitude).

Publié le par O.facquet

Recalé | 2026

 

 

 

Après avoir pris des distances avec le genre, poussé par des incitations familiales pressantes, une série, plus précisément une mini-série, fait son retour dans le paysage fictionnel intime. Son nom : Recalé, une comédie douce-amère déjantée, diffusée actuellement sur Netflix. La mini-série a été créée et réalisée par François Uzan. L'unique saison est composée de huit épisodes, d'une durée qui s'étend de vingt-quatre à trente-six minutes chacun (une saison 2 est-elle possible ?). Relevons le défi de faire court également.

 

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Avant toute chose, force est reconnaître qu'elle est extrêmement drôle, ce qui n'est pas si courant, osons le dire. Eddy, la trentaine, est un escroc débonnaire, plein de vices sincères et de naïveté, sans arrêt occupé d'effets farfelus et puérils, qui finit par se faire pincer par la police. Malgré une scolarité rapidement écourtée, une adolescence chaotique, une mère diabolique (Mathilde Seigner, féroce), et des accès de rage redoutés, Eddy est un as des mathématiques, un cador, un surdoué sous-employé. Il se voit offrir un choix par l'officier de police, Lucie, qui est chargée de son cas, un lourd dossier : accomplir sa peine de sept longues années de prison ferme ou bien accepter sans délai d'être infiltré dans un lycée des Hauts-de-France (le tournage s'est déroulée entre Roubaix et Lille au printemps 2025), dans le but d'identifier parmi ses futurs élèves, l'enfant d'un maffieux russe. Du lourd.

 

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Après une courte hésitation, une réticence liée entre autres à son passé d'ancien élève harcelé, il finit par accepter la proposition, un deal qui lui permettra de ne passer par la case prison. Il se retrouve professeur vacataire de mathématiques dans le lycée Baudelaire du centre-ville de Roubaix. Sa couverture : Édouard Martin, doté d'un talent inné pour prendre des identités multiples..

Il y retrouve son amour de jeunesse, Tiphaine, proviseure du lycée, honnête et équilibrée, mère célibataire d'un adolescent de 17 ans en crise, qui ne lui a jamais, mais jamais, pardonné une indélicatesse d'autrefois. Ambiance.

 

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Netflix, que l'on dit sensible au wokisme ambiant et omnipotent (le vent commencerait-il à tourner ?), propose une fiction sérielle décomplexée, qui, sans être militante, se montre toutefois engagée, dans laquelle un corps professoral confus, des jeunes parfois moutonniers, l'Education nationale vacillante, son administration tourmentée, le pouvoir politique hors-sol, une certaine gauche en capilotade, un syndicalisme dernier cri et sa novlangue cocasse, des médias peu regardants, en prennent pour leur grade, et bien que le trait soit quelquefois forcé -c'est le propre de la caricature-, Recalé ne tombe jamais dans la méchanceté facile et gratuite, ni dans le jeu de massacre ou la satire féroce. Une fiction élégante. Un bémol toutefois : les classes sont quelque peu unicolores. Et une fin ouverte passablement empruntée. Passons.

 

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Les dialogues font mouche, la mise en scène est nerveuse, le casting est de qualité : Eddy/Edouard Martin, interprété par Alexandre Kominek, campe un personnage multifonction avec une dextérité et une gouaille hors du commun, il excelle en enseignant borderline, Lucie (Laurence Arné), officier de police s'acharnant à venger sa sœur, tout comme Tiphaine (Leslie Médina), incarnent deux femmes qui concilient courageusement autorité et fragilité ; Nora (Sabrina Ouazani), joue une professeure d'histoire-géographie de droite sans complexe, qui fait feu de tout bois, avec un aplomb qui inspire le respect, dans un écosystème qui ne lui est pourtant pas acquis, loin de là ; il revient à Yannick Landrain (Pablo) de tenter de sauver des eaux un syndicaliste d'extrême gauche en roue libre ; Bérangère McNeese (Laurence), la CPE nounou (il en existe), prend soin de tout ce petit monde, consciente que le navire sombre, inexorablement.

 

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Et last, but not least, Gustave Kervern (Gilbert), avachi sur une table, un casque constamment sur les oreilles, campe un prof désabusé qui parvient à échapper à la salle des profs, et lance en franchissant une ultime fois la porte : « Salut les esclaves ! ». Quant à Fred Testot (Fabien), en gardien des lieux allumé, un grand tendre néanmoins, il hurle sur tout ce qui bouge, tire sur tout ce qui dépasse, sans penser à mal, au contraire.

 

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Les acteurs jouent comme si leur vie en dépendait, sans tirer la couverture à soi, ils prennent plaisir à participer ensemble à la farce, incontestablement. Dans ce cadre restreint, donner à chaque personnage son dû, leur fournir une épaisseur qui ne soit pas factice, ni démesurément superficielle, tenait de la gageure, un défi pour autant relevé.

 

Regarder Recalé | Site officiel de Netflix

 

La force de la série parvient également à conjuguer tous les motifs narratifs en maintenant un équilibre toujours précaire dans ce genre d'exercice d'équilibrisme. En huit épisodes de trente minutes environ, rendre crédible un amour de jeunesse qui reprend des couleurs par le simple fait du hasard, exigeait de la part du réalisateur une habilité scénaristique certaine, doublée d'une mise en scène sobre, de réparties idoines, et d'une direction d'acteur et d'actrice minimaliste mais juste, pour ne pas finir par tutoyer le ridicule. Ce n'était pas gagner d'avance. Sauf à accepter de se fondre paresseusement dans un tout venant sériel télévisé sans relief, ni postérité. Gageons que de Recalé resteront, en tout cas, quelques scènes d'anthologie, et de nombreuses répliques irrésistibles. À en devenir culte comme ils disent ? Ne surtout pas insulter l'avenir : le présent donne déjà assez de travail, non ?

 

Saison 1 (Extrait 2) : Recalé

 

Quoi qu'il en soit, François Urzan, d'une manière ou d'une autre, connaît parfaitement les arcanes de la grande famille (parfois désunie, comme toute famille) de l'Éducation nationale, tant ses piques à tout coup font mouche. Édouard Martin, au bout du compte, avec son comportement complètement marginal, est davantage un décalé qu'un recalé, en somme un révélateur, voire un exhausteur de goût, qui met au jour les vices de l'institution (quel ensemble humain peut s'en dire préservé ?). Tous les travers du système sont en effet convoqués, sans haine recuite, puisque notre vacataire confie dans le dernier épisode s'être pris d'affection pour le personnel enseignant (il fera plus tard le tri, si l'occasion lui en est donnée, à coup sûr). Il est moins amène avec la police (injuste, disons-le), un exercice de style, certainement, une concession faite aux rebelles germanopratins en mal de frissons. La justice est épargnée, il ne faut tout de même pas exagérer.

 

News Recalé - AlloCiné

 

Recalé à coup sûr en agacera beaucoup : le wokisme et ses stigmates, le psittacisme progressiste dévoyé, le grand corps malade professoral, ne sortent pas indemnes de la série, qui, reconnaissons-le, ne ménage pas ses efforts en ce sens. Une revue autorisée a trouvé Recalé stupide et grotesque -mission accomplie, donc. Il faut toujours accepter d'être moqué, même si l'humour ne sauve rien, mais rend l'existence plus légère, à tout le moins supportable. Les dictateurs n'en n'ont jamais, et pour cause. Bernard Lavilliers l'a chanté jadis. Pour couronner le tout, le groupe Police (même s'il s'est séparé depuis beau temps au moment du récit) se rappelle à notre bon souvenir, avec son Every Breathe You Take (1983), qui berce les amours de Tiphaine et Edouard, un sommet de la pop musique. A bon entendeur.

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Publié dans pickachu

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