Sur la route : Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock.

Publié le par O.facquet

Psychose | Dossier pédagogique - Analyse du film

 

 

« Un mensonge ne peut jamais être effacé. Même la vérité n'y suffit pas ».

Paul Auster, Cité de Verre

 

À Jafar Panahi

 

S'attaquer au 47° long métrage d'Alfred Hitchcock après tant d'illustres aînés pourrait s'apparenter à une imposture peccamineuse : on pense en particulier au papier de Jean Douchet, Hitch et son public, publié en 1960 dans le n°113 des Cahiers du Cinéma. Pour certains son dernier grand film (ce qui est injuste pour Les Oiseaux et Pas de Printemps pour Marnie), pour d'autres un chef-d'Œuvre absolu, et pas uniquement du suspense. En tout cas : un totem absolu. Aucune voix discordante. C'est donc avec la main tremblante qu'on ose revenir sur un film qui a fait couler tant d'encre et en a rendu bavard plus d'un. Que dire aujourd'hui de bien original ?

 

PSYCHO (Psychose) – Alfred Hitchcock (1960)

Janet Leigh Editorial Stock Photo - Stock Image | Shutterstock Editorial

 

Psychose (Psycho) est un thriller horrifique américain en noir et blanc (comme les soutiens-gorges de Marion Crane, Janet Leigh), ce qui n'est pas anecdotique, sorti en 1960. Le film est inspiré par le roman de Robert Bloch et le scénario a été écrit par Joseph Stefano. La musique, composée par le grand Bernard Herrmann, est inséparable de la réussite du projet, de sa notoriété, laquelle ne s'est jamais démentie au fil des décennies. En 1998, Gus Vant Sant a tourné un remake plan pour plan de la première version du Maître. Surtout, le générique de début de Saul Bass (un graphiste américain hors-pair) est explicite quant à la suite du film : des lignes droites claires et sombres s'entrecroisent indéfiniment. Un signe précurseur. Un conflit potentiel surnaturel s'esquisse. Un mot pour préciser que deux ans auparavant, le même Saul Bass a confectionné un générique hors-norme pour le Vertigo du Maître.

 

Psychose : le génie minimaliste du générique de Saul Bass | Premiere.fr

 

Psychose a élevé Anthony Perkins au rang d'acteur majeur du cinéma. Il y interprète Norman Bates, un jeune homme sympathique, un peu trop avenant cependant pour être totalement honnête, sans doute un brin déséquilibré, louche incontestablement, propriétaire d'une vieille demeure interlope (la place de l'escalier dans le dispositif hitchcockien), surplombant le motel dont il est également propriétaire. Il doit supporter une mère possessive à la voix qui porte. Marion Crane (Janet Leigh) est une jeune femme automobiliste en fuite -elle a dérobé 40 000 dollars à son employeur. Son travail l'ennuie, sa vie manque de piment, d'autant que son amant refuse de l'épouser, avec comme prétexte l'énorme pension alimentaire qu'il verse à son ex-épouse. Elle choisit de quitter Phoenix (Arizona), part rejoindre son amant, afin de commencer une nouvelle vie à l'aide du pactole chapardé. Marion prend la route (est-ce l'inverse ?).

 

Film] Psychose, de Alfred Hitchcock (1960) - Dark Side Reviews

 

Devant faire face à une pluie battante, elle décide de s'arrêter passer une nuit dans ce motel borgne perdu nulle part ; pour le moment ça l'arrange : elle en profite pour dissimuler l'argent volé. A la suite d'un dîner insolite avec Norman, Marion va connaître un destin funeste, après avoir décidé de revenir sur ses pas pour rendre le butin indûment emporté ; ce besoin, très humain, de s'arracher de l'extraordinaire pour retrouver le chemin du quotidien : une douche froide. L'amant (Sam Loomis, joué par John Gavin) et la sœur de Marion, Lila (Vera Miles), flanqués d'un détective privé, Milton Arbogast (Martin Balsam), sans nouvelles de la jeune femme, se lancent à sa recherche. La suite appartient aux curieux.

 

Une pétition pour sauver la maison de Psychose | Premiere.fr

 

Ajoutons seulement que la mise en scène, le montage (qui coupe comme un couteau), la photographie, la musique et la direction d'acteur vont se conjuguer pour permettre à Psychose d'atteindre son paroxysme dans les dernières séquences du film, où le suspense et l'horreur ne font plus qu'un, là il touche au sublime, vraiment. Comme toujours, tout était déjà dans la tête du cinéaste avant le tournage, séquence par séquence, presque plan par plan.

 

PSYCHO | Critique / Analyse du chef d'oeuvre d'Alfred Hitchcock

Psychose (Alfred Hitchcock, 1959) - La Cinémathèque française

 

D'aucuns pensent que Psychose est un film clé dans l'Œuvre du Maître, où les thèmes narratifs récurrents de son cinéma sont présents, presque un catalyseur.

 

Psy cause - kiCswiLA?

My favourite Hitchcock film: Psycho by Joe Dunthorne | Alfred Hitchcock |  The Guardian

 

Placer dans une situation extraordinaire, une femme ou un homme au quotidien tout à fait ordinaire, c'est le cas dans Psychose avec Marion Crane, notamment. Une nouvelle fois, le meurtre n'est pas le résultat d'une violence gratuite, mais l'aboutissement d'interactions qui meuvent les meurtriers, quelle que soit leur santé mentale, aussi bien dans la diégèse du film que sur le plan cinématographique. Nous le constatons ici avec les deux crimes mémorables commis dans le film, Alfred Hitchcock les met en scène de manière totalement originale et complexe.

 

Psychose a 60 ans ! Saviez-vous que Norman Bates était inspiré par le tueur  en série Ed Gein ? - Actus Ciné - AlloCiné

 

De surcroît, outre que les personnages féminins n'ont pas toujours la vie facile chez Alfred Hitchcock (Marion Crane, jeune femme célibataire frustrée), de nouveau, comme souvent, une femme est à l'origine du mal dans le travail du cinéaste : la sensualité de Marion éveille les pulsions morbides de Norman et le pousse au crime. Bien sûr, le thème du voyeurisme se taille dans Psychose une place de choix -le visionnement d'un film est déjà un acte de voyeurisme, Alfred Hitchcock en a fait un film : Fenêtre sur Cour en 1954, avec Grace Kelly et James Stewart- ; nous observons Norman Bates observer à son tour, par un petit trou percé dans la cloison, Marion se déshabiller dans sa chambre. À ce jour, personne ne s'en est jamais plaint.

 

PSYCHOSE | Les 2 scènes – Besançon

 

Un acte de perversion double pour le spectateur, qui d'une part partage le spectacle avec Norman Bates, et d'autre part épie le voyeur. Ce partage porte avec lui le processus d'identification primaire du spectateur avec Norman Bates : nous partageons sa confusion lorsqu'il découvre le cadavre de Marion, et lorsqu'il se débarrasse et du corps de la jeune femme et de son automobile dans un marais, la voiture marque une pause momentanée, et nous vivons avec Norman Bates un bref instant de panique. A son insu, Alfred Hitchcock fait du spectateur un témoin, voire un complice du meurtrier.

 

Psychose - Alfred Hitchcock - Tortillapolis

 

De nouveau, une kyrielle d'objets est identifiable : des oiseaux empaillés, une maison inquiétante, une somme d'argent considérable emballée dans un journal, un œil filmé en très gros plan, entre autres.

 

Hitchcock", le 1er clap de tournage du tournage de "Psychose" a été  donné... Sueurs froides garanties !

 

Ceci posé, quelques mots encore. Si la dernière séquence semble superflue et le didactisme psychiatrique plutôt lourd, la raison en revient au fait que la véritable lutte qui structure le film, se situe une nouvelle fois chez Alfred Hitchcock, entre les forces des ténèbres et celles des lumières. Un ésotérisme qui imprègne son œuvre. Dans la première partie de Psychose le blanc, couleur de la pureté et de l'innocence, l'emporte : le soutien-gorge de Marion, sa jupe et sa chemise, l'enveloppe qui renferme les 40 000 dollars, la luminosité omniprésente.

 

Psychose

 

Une fois qu'elle décide de fuir, le soutien-gorge devient noir, la tenue terne, une fois partie, dans une voiture de couleur sombre, la nuit tombe rapidement, l'obscurité devient totale. Les forces des ténèbres semblent l'avoir emporté, leur attrait est irrésistible. Désormais, Psychose va nous proposer le plus souvent des scènes nocturnes éloquentes.

 

Psychose (1960) - d'Alfred Hitchcock - Vol au-dessus du 7e art

 

Les forces des lumières pourtant envoient de nombreux signaux à Marion : elle croise son patron en fuyant Phoenix, une voix off obsédante (sa mauvais conscience ?), un policier patibulaire (lunettes noires effrayantes) et insistant (culpabilité), un vendeur de voitures suspicieux, l'achat d'une automobile blanche en remplacement de la précédente, les éléments qui se déchaînent -il pleut averse-, les phares aveuglants des voitures venant en sens inverse, auraient dû l'interpeller, puis la remettre sur le droit chemin. Marion s'obstine.

 

L'ancien cinéma terrassé par le nouveau : Psychose, de Alfred Hitchcock  (USA, 1960) | Ciné partout tout le temps

 

Paradoxalement, c'est une discussion lunaire avec la famille Bates (le fils) qui lui fera prendre conscience de l'inanité de son forfait, d'où sa décision de rentrer le lendemain à Phoenix. A cet égard, si l'on écoute attentivement les dires Norman Bates, qu'on lit soigneusement entre les images, ce qu'il dit du sens de l'existence, de sa passion pour la taxidermie, de ses liens avec sa mère, force est de constater que ça parle à sa place. Malheureusement pour Marion, son entêtement précédent a compromis tout retour possible en arrière, nonobstant une douche qui se veut purificatrice -la salle de bain est d'une blancheur immaculée. Voyez l'eau qui s'écoule en spirales dans la bonde de la baignoire, une spirale qui suggère l'involution, l'anéantissement, le repli sur soi définitif, malgré une main tendue vers le spectateur impuissant. Son sort était scellé. Le rideau est tombé -tout à sa libido frustrée, Alfred Hitchcock martyrise une fois de plus une de ses actrices.

 

Psychose - Festival du Cinéma Américain de Deauville

 

Le dédoublement de la personnalité de Norman Bates symbolise ce combat éternel entre le côté obscur de la force et son profil lumineux, en d'autres termes, l'affrontement entre le mal et le bien. Si Norman Bates, victime de sa génitrice, adulte ou enfant, incarne l'aspect lumineux de la création (il tient à tenir allumé l'enseigne qui signale l'existence du motel), sa mère exprime en revanche son aspect maléfique -la séquence dans la cave est une descente en enfer.

 

Film] Psychose, de Alfred Hitchcock (1960) - Dark Side Reviews

 

Alfred Hitchcock brosse à nouveau le portrait d'une mère abusive, autoritaire et castratrice. Son comportement est la source du matricide auquel s'est livré dix ans plus tôt son fils, son unique enfant, Norman Bates, qui au passage avait trucidé l'homme avec lequel sa mère avait refait sa vie. Sans oublier l'assassinat (et son plan vertigineux), de nuit, du détective privé susmentionné.

 

Psychose | Dossier pédagogique - Analyse du film

Psychose d' Alfred Hitchcock | American Horror Story

 

Au bout du compte, l'empire du bien finit par prendre sa revanche, via la persévérance courageuse de la sœur de Marion et de l'ex-amant, tous deux sous une bonne étoile ; des séquences qui se déroulent, bien entendu, en pleine journée, où règne une belle clarté. Un dénouement diurne. Le dernier plan du film voit la voiture blanche, tirée par une grue, refaire surface. Il n'y a pas de hasard.

 

Prime Video: Psychose

The Surprising Reason a 'Psycho' Actor Couldn't Return for Its Sequel

 

Comme toujours, un film d'Alfred Hitchcock s'évertue à lier un homme et une femme qui se découvrent soudain amoureux l'un de l'autre, après moult errances (sans doute le sont-ils de toute éternité). Lila et Sam, deux personnages rayonnants, ne peuvent pas nous faire mentir. Belles âmes ne sauraient trahir.

En parler aux jeunes.

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Publié dans pickachu

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