Le sale air du zappeur (la télé mise à l'index)

Publié le par O.facquet

La télévision : un voyage à travers le temps – Épisode 1 – Puteaux Culture

A mes anciens, Michel Drucker et Léon Zitrone

Il y a plus d'une trentaine d'années déjà, il suffisait de prêter discrètement l'oreille pour entendre un chant de sirènes narquois : « il m'arrive quelque chose de bizarre en ce moment : je n'allume presque plus la télévision ». Un silence respectueux entourait la confession historique, vaguement hystérique. Il a donc toujours existé un étrange plaisir rabique à dire que la télé était nulle.

Désormais, et toutes tendances confondues, il est de bon ton au sein de la upper middle class de se vanter de ne plus la regarder du tout. Il s'agit pour elle de se protéger de l'étrange lucarne diabolique, vecteur d'horreurs dont il faut épargner leur progéniture. Faire barrage à ce flux d'immondices en tous genres qui polluent l'esprit, les âmes et les cœurs. Un choix éducatif et pédagogique fondamental. Louable engagement ? Voyons voir.

Qui a inventé la télévision ? Camille, 9 ans - Images Doc

Quelques intellectuels futés, guère goûtés par la camarilla progressiste, Christopher Lasch, David Goodhart ou Christophe Guilluy, pour ne citer qu'eux, ont chacun relevé que les membres de cette nouvelle élite intellectuelle considéraient les masses (les somewhere) avec un dédain vorace non dissimulé. Et selon eux, la masse a mauvais goût, et la télévision fait partie de ce qu'on nomme les médias de masse. Ceci expliquant cela. Ces spectateurs du milieu, selon l'opinion que s'en fait la minorité cultivée, sont définitivement minables, ringards, vulgaires, voire grossiers, indécrottablement provinciaux. Ils sont insensibles à l'évolution des modes intellectuelles, gobent n'importe quoi n'importe quand, et, par dessus-tout, sont abrutis par une surdose de télévision qui leur fait avaler les pires absurdités. Prendre du recul n'est pas en leur capacité. L'émetteur l'emporte chez eux toujours sur le récepteur, enchaîné,  passif et idiot sans doute.

Nous n'exagérons qu'à peine, tant la upper middle class dissimule à peine son mépris pour ceux qui refusent de voir la lumière. La populace formerait une nation technologiquement archaïque, politiquement fascisante, arriérée dans sa morale sexuelle, petite-bourgeoise dans ses goût et contente d'elle-même -bien que se sentant quelque part rejetée à la marge-, en somme ennuyeuse et ringarde. Chez les progressistes, l'agacement est à son comble quand ils se rendent compte que les intérêts politiques de la masse sont plus conservateurs que leurs porte-paroles auto-désignés et leurs libérateurs éventuels. Un coupable tout désigné ? La télévision, laquelle manipule les incultes qui ne veulent rien entendre et voir de plus instructif et formateur. Ils participent ainsi activement à une forme pernicieuse de formatage. Ils se font de la sorte complice de leur aliénation. Comme si le peuple se savait pas à son tour faire le tri. Non mais.

Les Français passent plus de temps devant le petit écran, moins devant les  chaînes de télévision | Les Echos

La upper middle class, en coupant le robinet à images, sait avec une perspicacité sans faille où trouver les informations fiables, la culture qui élève, et l'intelligence qui la respecte, sans jamais se sentir influencée d'aucune manière, bien entendu. La voie de la sagesse s'ouvre à l'horizon de cette moderne ghettoïsation aisée, au mépris de la culture dite populaire (à ne pas confondre avec la pop culture qui les transporte), entrevue quelquefois au cinéma, au détour d'un roman, peut-être dans un article du Monde. Au passage. Entre coopbio, parterres arborés et pistes cyclables. Et mode de vie itinérant (les anywhere). A l'abri de la médiocrité.

Force est ainsi de constater que davantage que par le passé l'argent isole de la vie commune. Et de ses problèmes. La upper middle class se barricade dans toutes les acceptions du terme, là où elle habite, là où elle s'informe : un condescendant repli sur soi aveuglé. Deux mondes parallèles se juxtaposent, ne parlent plus la même langue, ne voient plus les mêmes choses, s'ignorent chaque jour encore plus. Ne plus regarder la télévision, même à doses homéopathiques, est moins une écologie du regard qu'un égoïsme social et politique, au risque de laisser prospérer des démagogues mal coiffés et grossiers au teint maladivement orangé. Ne pas regarder surtout en face ce qui pourrait bousculer des idées bien arrêtées. S'aveugler à son tour : couvrez ces horreurs que nous ne saurions voir. Un souci prophylactique intéressé. En outre, et quoi qu'on en pense par ailleurs, la télé dit et montre des choses bien différemment des autres medias ; s'en priver, c'est sans doute ignorer une partie de la réalité -d'autant que certains en cachette la regardent sur le net : peut-être mater TPMP sur feu C8 en loucedé (par compassion : nous tairons les noms). Gageons pourtant que la masse en sait davantage sur les nouvelles élites que l'inverse. Une hypothèse parmi d'autres. Tel est vu qui croyait voir.

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Un mot encore. La culture (au sens de l'information) c'est aussi la télévision, puisque la culture se transmet et que la télé ne peut que transmettre. Là où le cinéma, quant à lui, s'étant transmis lui-même, soit parfois un art (Serge Daney). Enfin, écouter la radio, jadis, n'empêcha personne de continuer à lire la presse. Bien à vous.

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Publié dans pickachu

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