Pour Julie (en 12 chapitres) de J.Trier, 2021.

Publié le par O.facquet

Julie (en 12 chapitres)

 

Prendre sur soi malgré un exil intérieur ébranlant, pour dire deux ou trois mots sur un film récent qui mérite un effort surmontable afin d'en faire une légitime publicité. Sans conteste.

Julie (en 12 chapitres), plus un prologue et un épilogue, est un film du cinéaste nouvégien Joachim Trier, sorti en 2021, présenté en compétition officielle au festival de Cannes de la même année. Dix ans plus tôt, le réalisateur nous avait gratifiés d'un Oslo, 31 août remarquable et remarqué.

Julie (en 12 chapitres): Amazon.fr: Anders Danielsen Lie, Renate Reinsve,  Maria Grazia Di Meo, Mia McGovern Zaini, Herbert Nordrum, Hans Olav  Brenner, Helene Bjørneby, Sofia Schandy Bloch, Savannah Marie Schei,  Joachim Trier, Anders Danielsen ...

Passer à côté du film qui clôt la trilogie d'Oslo commencée en 2006 avec Nouvelle Donne (déjà une réussite), serait moins une étourderie qu'une impardonnable faute de goût cinématographique (il est disponible sur Netflix).

Julie (en 12 chapitres) - Télé 2 Semaines

La dernière œuvre de la trilogie susmentionnée se distingue par l'habilité avec laquelle elle évite l'écueil du portrait convenu d'une génération à la recherche d'elle-même dans un monde moderne où chacun se doit d'être l'artiste de soi-même, c'est-à-dire devenir quelqu'un quelque part d'irremplaçable. Le film conjugue avec une dextérité consumée émotion, intelligence du propos, humilité et décence, direction d'acteurs et d'actrices exigeante toute en nuances, art du montage, discret mais d'une remarquable efficacité, dialogues délivrés avec parcimonie, qu'une voix off vient parfois avec bonheur redoubler, une mise en scène audacieuse sans les afféteries de style du film qui se veut d'auteur et tient à la montrer, voire surtout à le prouver, effets spéciaux rares mais téméraires, une bande son idoine et une photographie qui suggère plus qu'elle n'en impose, à l'instar de l'ensemble du film qui propose davantage qu'il ne contraint. De l'élégance au cinéma : une façon comme une autre d'exprimer une forme de respect et aux personnages et aux potentiels spectateurs. Ce qui n'est pas si courant, osons le dire. L'idéologie altère les intelligences, broie les sentiments et corsète les ressentis.

Julie en 12 Chapitres » ou l'éloge du temps qui passe

Le film narre les vicissitudes professionnelles (études de médecine, puis de psychologie, choix de devenir photographe, et libraire au passage pour manger et payer le loyer), familiales (une mère fantasque, un père négligent) et sentimentales (quelques amoureux) d'une jeune trentenaire installée de nos jours à Oslo, Julie : nous partageons deux heures durant les affres existentielles d'une jeune femme à l'intelligence vive, irréductible à tous les attendus plombants psycho-sociologiques ; ce qui fait somme toute un des attraits, et pas des moindres, de Julie (en 12 chapitres).

Critique : Julie (en 12 chapitres) - Le Polyester

Quelques mots en passant pour dire qu'un film de cinéma peut raconter autant en deux heures et quinze minutes qu'une série de douze épisodes addictifs -le dernier en date de Joachim Trier en fait modestement la démonstration. Passons. Mais pensons-y, toutefois, le temps d'un soupir.

Julie est un film complexe sans être compliqué, qui prend acte de l'invariabilité de la condition humaine -l'Homme est un animal social- pour raffiner sur la variabilité de cette sociabilité. Et l'indétermination de Julie, à l'âge des possibles, fait tout le sel de la fiction. Un personnage insondable souvent perdu dans ses pensées. Qu'est-ce qui en définitive la meut ? Nous n'en saurons souvent pas grand-chose quand elle s'exprime -elle s'emporte quelquefois tout de même, l'expression du chagrin neuveux. Il s'agit simplement de la regarder vivre. C'est une force qui va et vient et fait des choix, généralement radicaux, sans retour en arrière. Tout tient en somme dans le jeu de l'actrice : un corps flexible, un visage qui en dit long ou peu. Au spectateur de tenter de déchiffrer ce qui lui passe par la tête, dans les jambes, les bras, et le reste du corps. L'articulation entre le dehors et le dedans, l'extérieur et l'intérieur : la complicité secrète et indicible entre le cinéaste et son actrice. Comment exprimer ceci ou cela sans trop en dire, se défier du bavardage contemporain. Tout un art.

JULIE (EN 12 CHAPITRES) : portrait d'une femme qui fait chavirer tous les  cœurs | myCANAL

Ni une comédie -la souffrance et la mort rôdent-, ni un drame -on sourit beaucoup-, Julie tient en équilibre un assemblage précaire, lequel à tout moment risque de s'effondrer. A l'instar des contradictions touchantes crânement assumées par la jeune femme, le matin raisonnable, fantasque le soir : lorsqu'elle s'invite dans une fête de mariage après une soirée professionnelle lugubre, plutôt que de rentrer chez elle attendre son amoureux du moment, la jeune femme vit une rencontre inattendue tout en mettant un boxon digne de Bakshi (Peter Sellers) dans The Party de Blake Edwards en 1968. Sa vie va basculer. Et la mise en scène du coup de foudre qui l'emporte quelques jours plus tard ne mérite pas d'être décrite, ce serait inélégant, disons seulement que l'originalité des trucages ne peut pas laisser indifférent. Le film évite également l'imposture de la grande prétention au bonheur à tout prix qui serait censée guider nos faits et gestes au quotidien à coups d'ouvrages sur les voix et moyens du bien-être existentiel. Plutôt que le bonheur à marche forcée, avec Julie l'incertitude paradoxale, sans arrière-monde consolateur, loin également de la nouvelle modernité, qui épouse la « civilisation du désir » qui s'est forgée tout au long de la seconde moitié du XX° siècle. Chacun fait comme il peut, entre hasard et nécessité, non ?

Julie (en 12 chapitres)", grand gagnant des Amanda Awards - Le film français

D'aucuns ont également parlé d'égoïsme au sujet du parcours erratique de la belle Julie, avec sa famille et plus particulièrement avec ses amoureux. Que nenni ! Julie préfère faire mieux ailleurs que mal ici, quitte à blesser ou/et désappointer. C'est plus fort qu'elle. Il est a contrario possible d'y distinguer une forme d'honnêteté, certes rude, au risque de s'exposer à une probable solitude en toute connaissance de chose (célibataire, Julie à la toute fin du film devient photographe de plateau pour le cinéma ; une surprise l'attend et nous avec).

Les Cinémas Aixois :: Comedie dramatique :: Julie (en 12 chapitres)

Tout compte fait, Julie ne veut pas le vrai, et le vouloir de toute façon, c'est s'avouer impuissant à le créer ; le film s'efforce seulement de sonner juste, louable effort. Pari tenu.

Un exemple parmi d'autres, tant l'oeuvre est foisonnante dans sa volonté éperdue de donner sa chance à chacun : Aksel (Anders Danielsen Lie, impeccable), la quarantaine, dessinateur de BD abrasives, se meurt d'un cancer du pancréas. Julie accompagne les derniers moments de la vie de son ancien compagnon -ce qui contrarie le soupçon d'égotisme que certains lui prêtent -The worst person in the world dit l'affiche du film. La séquence aurait pu verser dans un sentimentalisme dégoulinant, où le pathos aguicheur l'aurait disputé à une indécente réconciliation amoureuse. Or les différentes scènes qui la composent sont au contraire d'une sobriété poétique bouleversante, qui tiennent à distance la morbidité de l'épreuve.

JULIE (EN 12 CHAPITRES) de Joachim Trier / BANDE-ANNONCE OFFICIELLE /  TRAILER

Julie se rend dans la chambre d'Aksen, lequel écoute agité, mimant un batteur, un casque sur les oreilles, un morceau de musique pop énergique : jamais un cinéaste n'aura montré à quel point le rock fut, est et restera un combat perdu mais héroïque contre l'absurdité de l'humaine condition, sous toutes ses formes. Allongés ensemble sur le lit d'hôpital qui le verra mourir, Aksel pose sa main délicatement sur le sein de la jeune femme, laquelle doucement s'empresse de la mettre sur son ventre. Il reste de marbre. Jeux de mains impénétrables. Rester dignes jusqu'au bout en attendant que la camarde fasse son œuvre. Certes, nous savons bien sûr que Julie est enceinte. Ambiguïté de l'échange. D'autant que les deux protagonistes restent muets. Muettes sont les grandes douleurs, paraît-il. Polysémie du récit. A chacun de se faire son idée en définitive. D'où que Julie (en 12 chapitres) est une œuvre éminemment démocratique.

Julie (en 12 chapitres)" : un beau portrait de femme de Joachim Trier, prix  d'interprétation féminine à Cannes

Et furtivement un film politique : Julie est dans un bar seule, elle partage désormais la vie d'Eivin, garçon de café sympathique mais un peu fade, (Herbert Nordrum, excellent), tout à coup apparaît sur l'écran de télévision accrochée au mur de l'établissement une émission où son ex, Aksel, défend de pied ferme son travail devant une journaliste woke obtuse (pléonasme). Joachim Trier ne cache pas son parti pris pour l'auteur de bandes dessinées. Qu'il en soit ici loué. Julie regrette-t-elle d'avoir brutalement quitté l'artiste aux mains d'or, est-elle envahie par une nostalgie irrépressible, la sent-on étreinte soudain par l'émotion ? Là, de nouveau, nous n'en saurons rien. Et c'est très bien ainsi. Bientôt, fortuitement, au coin d'une rue, elle va apprendre le drame que vit Eksel. Elle lui sera finalement fidèle jusqu'au bout. Sans doute n'oublie-t-on jamais totalement quelqu'un qu'on aura vraiment aimé. Renata Reinsve (Julie) a remporté le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 2021. Qui s'en plaindra ? Un mot encore, le dernier : la ville d'Oslo est filmée avec une délicatesse amoureuse. Ce qui finalement n'est pas rien.

Votre serviteur fatigue. Les temps sont durs. Il se fait tard et tout augmente. A vos amours.

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JULIE (EN 12 CHAPITRES) | Critique du film de Joachim Trier

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Publié dans pickachu

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