10 ans déjà : la mort de Maurice Pialat (texte revisité en 2013 et 2024)

Publié le par O.facquet

11 janvier 2003 : Mort de Maurice Pialat

Nous nous étions inquiétés, ici même, l'an passé, du silence cinématographique du plus grand cinéaste français vivant. Maurice Pialat est mort le 11 janvier 2003. Comme on dit communément, on avait beau le savoir gravement malade, ça fait tout de même un choc. Depuis quelques semaines, chacun y va va de son couplet sur le réalisateur de La gueule ouverte (1974), un sculpteur de la réalité. A notre tour modestement de la ramener. Pas question toutefois de jouer les sémiostructuralistes surnuméraires. N'en jetez plus, la coupe est pleine.

Sept films de Maurice Pialat à l'affiche - Charlieu (42190)

Quelques mots, donc. La passion cinéphilique ne fut pas précoce pour tout le monde. Il y a plusieurs chambres dans la maison du père. Jusque tard, Chabrol, Truffaut, Bergman, Antonioni, Melville, le premier Blier, ou Becker (Jacques), comptèrent un temps infiniment moins que Les Bronzés (le nom du réalisateur nous était inconnu), Les Gendarmes (de Funès, intouchable), La 7° CIE (au clair de lune ou non), voire Luc Besson (Subway en 1985), avant le grand chambardement. Sans rire. Surtout : sans regret. Un antidote contre une forme de snobisme. Or, il existe une exception : Maurice Pialat (1925-2003) et sa radicalité exigeante. Le génial grincheux atrabilaire manque, dans un monde bien lisse où parfois la lâcheté le dispute à la couardise. Un des rares auteurs à n'avoir jamais raté un film. Lui qui aurait aimé devenir peintre.

Police, 1985 | 50 ans de cinéma

Pourquoi ? Pas de réponse et surtout pas de divan. C'est comme ça. Tout vu, ou presque, à l'adolescence. Souvent seul d'ailleurs, sans la bande : Nous ne vieillirons pas ensemble (1972) -à la télé ?-, Passe ton bac d'abord (1978) et Loulou (1980), au cinéma. Puis, au sortir de l'âge ingrat, la même fidélité du mercredi, en cachette, du temps volé et gagné sur les vaines déambulation grégaires surhormonées, toujours sans explication (un peu quand même) : A nos amours (1983), prix Louis Delluc, César du meilleur  film et du meilleur espoir féminin pour Sandrine Bonnaire en 1984, Police (1985), son seul film de genre, Sous le soleil de Satan (1987) -sifflé par le public à Cannes cette année-là pour sa Palme d'or, il lance : Et si vous ne m'aimez pas, je peux dire que je ne vous pas non plus ! Une même émotion, intacte, admirative mais inquiète. 

Master clashs de l'été #2 : Maurice Pialat vs Gérard Depardieu - Les Inrocks

La découverte tardive et blésoise de L'enfance nue (1968) appartient à ce type de rencontre -rare- dont on ne remet pas (Pialat n'aimait pas le cinéma de Truffaut et tourna ce film après avoir vu Les 400 coups, sorti en 1959). Et c'est tant mieux. D'autre part, son Van Gogh (1991) est un des plus beaux films du monde. Je me souviens qu'à sa sortie Les Cahiers du Cinéma titrèrent : Pialat est grand. Et comment mon neveu. Il fallut tout de même se battre pour l'imposer, tant les réticences étaient tenaces. Souvenons-nous surtout de la scène de danse des officiers de Fort Apache (1948) de John Ford (les pas hiératiques du colonel Owen Thursday, Henry Fonda), à laquelle Maurice Pialat rend hommage dans la séquence chorégraphiée de la maison close où Théo Van Gogh (Bernard Le Coq), son frère Vincent (Jacques Dutronc) et la belle Cathy (Elsa Zylberstein) s'en donnent à coeur joie. Nous sommes désormais un nombre certain à juger de la qualité d'un film à l'aune des qualités (immenses) de celui-ci. Ce qui n'engage que nous, bien entendu. Il faut bien justifier son passage ici-bas. Lorsque le film passa à la télévision en 2000, ironique et bileux, le critique Louis Skorecki parla au sujet du film d'un "remords naturaliste de peintre raté". Passons.  

Van Gogh (1991) de Maurice Pialat. - Selenie

Jacques Dutronc : Van Gogh

N'importe ! Un jouvenceau pleure désormais son Garçu (1995). Rarement une oeuvre cinématographique n'aura autant remué (à tous les sens du terme) autour d'elle : une borne, souvent, quand la nausée s'incruste, ou que la lassitude s'invite. Salut l'artiste. Merci pour tout. Au paradis des cinéastes, ça va chambarder sec. A la revoyure. En attendant, gageons que le service public de la télévision française se grandirait à rediffuser la plus belle série de notre patrimoine, La Maison des Bois (1970-1971) : un coin de France et la Grande guerre. On peut toujours rêver. A vos amours.

of (texte revisité ce jour, 2013)

PS (2024) : Maurice Pialat a toujours défrayé la chronique, pour son tempérament éruptif et ses méthodes pour le moins brutales ; aujourd'hui, le pittoresque l'emporte moins que la dénonciation d'une forme de violence inacceptable à l'égard de ses acteurs (et actrices) et autres collaborateurs malmenés. Il était temps que l'attitude de certains hommes soient reconsidérées. 

Police de Maurice Pialat (1985) - Unifrance

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Publié dans pickachu

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