Le rouge est mis : Rouge de Farid Bentoumi (2020)

Publié le par O.facquet

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Rouge est un film franco-belge réalisé par Farid Bentoumi, sorti en 2020. Avec Bonne Mère de Hafsia Herzi, sorti en 2021, et De Bas étage de Yassine Qnia, sorti également l’an passé, la vitalité du cinéma français reste intacte.

Rouge, donc. Un film de genre (le thriller écologique). Nour (Zita Hanrot), une jeune femme dans la vingtaine, est embauchée en tant comme infirmière dans l’entreprise chimique où travaille son père Slimane (Sami Bouajila) depuis une trentaine d’années ; un pivot de l’usine et un délégué syndical respecté. Sa soeur Sonia (Alka Balbir) est mariée avec un cadre de la boîte, Greg (Henri-Noël Tabary). Nour tente de remettre de l’ordre dans le travail passablement aléatoire de son prédécesseur. Rapidement ses efforts se trouvent entravés par l’omerta qui règne dans la firme, où seule compte la continuation de la production, sous le contrôle rigide du patron, Stéphane Perez (Olivier Gourmet), qui goûte peu les interventions militantes des salariés. Survient un contrôle sanitaire administratif qui met l’ensemble du personnel sur les nerfs. Emma (Céline Salette), une journaliste spécialiste des questions environnementales, veut mettre au jour la gestion désastreuse des déchets polluants de l'entreprise, et ce depuis plusieurs décennies. Elle embarque Nour dans son enquête. Ensemble, elles découvrent les secrets que cache cette usine, pilier de l’économie locale, pourvoyeuse de centaines d’emplois : mensonges sur les rejets toxiques, dossiers médicaux falsifiés ou accidents camouflés. Nour doit choisir entre la vérité et ses sentiments filiaux, c’est-à-dire faire éclater la vérité, en révélant la nocivité des rejets sur les salariés et la nature (les boues rouges), au détriment de la sauvegarde des emplois, dont celui de son père. Farid Bentoumi s’est inspiré de l’usine de Gardanne pour écrire son film.

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Nous avons pu lire ici ou là que le film de F. Bentoumi manquait de force. Bien au contraire, il en faut, de la force, pour maintenir ce fragile équilibre entre engagement politique et respect des contradictions des personnages, qui méritent tous une chance, au risque sinon de tomber dans la caricature militante aveugle, avec cette insupportable tendance à pousser du coude le spectateur pour bien lui signaler ce qu’il faut voir et entendre. Ce que n'est pas Rouge. C’est un film engagé qui n’esquive jamais les difficultés, les affronte toutes au contraire. Slimane veut garder son travail et sauver dans un même mouvement celui de ses camarades, le patron connaît l’agressivité de la concurrence internationale, Nour doit soigner, c’est sa mission, sa raison d’être, la journaliste, au nom des principes qui guident son existence, doit révéler la vérité, quitte à mettre en danger la pérennité de l’usine, afin de sauver des vies et protéger un environnement dégradé. Comme chez Jean Renoir, chacun a ses raisons, ce qui ne veut pas dire que personne n’a raison. Au bout du compte, liberté nous est laissée de penser et/ou ressentir ceci ou cela, sans vision assistée. A cet égard, le film dit-il quoi que ce soit que nous ne sachions déjà ? Non, à coup sûr. En revanche, force est de constater qu’il est bien écrit, que le montage est efficace (durée des plans, leurs enchaînements), à l’instar de la mise en scène (cadrages), classique, mais astucieuse (le repas de famille est un enchantement), sans oublier les dialogues (sans fioritures) et la direction d’acteurs, sans doute un des points forts de Rouge. Ce n'est pas le message qui donne sa puissance au film, mais sa mise en forme. Sinon l’oeuvre se résumerait à n’être qu’un tract politique voué à un oubli certain.

ROUGE – Ad Vitam

Osons ceci : Sami Bouajila est un des acteurs les plus remarquables de sa génération, tout en retenue, mais capable d’exprimer toute la gamme des sentiments humains, avec une force discrète, à l’aise depuis des décennies dans de nombreux registres, il impose sa présence sans jouer des muscles, et se dispense de la ramener à tort et à travers. Une perle rare. Un diamant. Luc Moulet parle d’or avec sa politique des acteurs. Rouge n’aurait certainement pas cette épaisseur sans le jeu tout en nuances, subtil, d'une grande élégance et éminemment intelligent, de Sami Bouajila, comme le réalisateur, un auteur du film.

Qu’il exprime la colère, la joie ou la déception, voire le remords, qu’il soit tendre, amical ou remonté, tout est joué juste. Il entraîne dans son sillage ses compagnons de jeu, forcés de se mettre au niveau -ils y parviennent. A travers lui passe l’ensemble du film pour lui façonner un visage, son visage. La politique des acteurs (et des actrices), oui, vraiment.

Le film est projeté actuellement aux cinéma Les Studio à Tours, rue des Ursulines.

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Rouge de Farid Bentoumi - (2020) - Drame

 

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Publié dans pickachu

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