Génie de Pixar (9) : ça jase ! Soul (2020).

A Tom Kemper et son Toy Story
Quelques mots sur un film des studios Pixar, régulièrement cet été.
Soul est un film fantastique d’animation américain réalisé par Pete Docter (Monstres et Cie, Là-haut et Vice-versa) et coréalisé par Kemp Powers, lesquels ont également écrit ensemble le scénario et sont à l’origine de l’histoire. Il est produit par Pixar animation pour Walt Disney. La musique a été composée par Trent Reznor, Atticus Ross et Jon Batiste. Soul à sa sortie en 2020 reçoit aux Etats-Unis et en France un accueil très favorable : il est distingué en 2021 de l’Oscar et du Golden Globe du meilleur film d’animation et de la meilleure musique de film.
Fou de jazz, pianiste de talent et professeur de collège investi, Joe Gardner est sur le point de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de New York où il vient de décrocher le contrat de sa vie, qui plus est aux côtés d’une chanteuse de renom, Dorothea Williams. Une femme dirige le quartet, ce qui n’était pas si courant dans le monde du jazz, un choix qui illustre l’orientation féministe de Pixar.

Malheureusement un accident fatal (une chute dans une bouche d’égout, tout un programme) projette Joe dans le “Grand Avant”, un lieu fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, leur caractère et leur spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Il y devient formateur. Précisons toutefois qu’il avait échappé de peu au “Grand après” suite à son accident, grâce à une évasion réussie. Un mauvais pas le prive d’un rêve à portée de main. Bien décidé à revenir sur Terre pour y retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22, une âme revêche, indomptable et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de jouir des nourritures terrestres.
Un premier mot pour dire combien le chatoiement des couleurs chez Pixar évoque la peinture acrylique de Grant Haffner, un peintre américain contemporain. Soul ne déroge pas à la règle.

Un second pour souhaiter que le film aura donné au passage à tout un chacun l’envie de se replonger dans le jazz américain de l’après-guerre, un bain musical à nul autre pareil : Count Basie et Thelonious Monk, bien entendu, deux immenses pianistes, mais aussi Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan Charlie Parker, Dexter Gordon, Miles Davis, John Coltrane, Herbie Hancock, Lester Young, Art Tatum et tant d’autres.
Soul marque une rupture dans la filmographie de la maison Pixar. D’aucuns ont parlé à son sujet d’un film adulte. Le studio serait-il arrivé au terme de sa croissance ? Espérons que non. Disons qu’avec Coco et En Avant, la question de la mort est devenue de plus en prégnante. Avec Soul un nouveau palier a été franchi : le principal protagoniste n’est plus pour la première fois un perdreau de l’année, ni un jouet animé, un monstre caractériel ou un poisson bavard, voire un elfe instable, par exemple. Mais un quadragénaire afro-américain en plein crise existentielle. Les choses deviennent de plus en plus sérieuses -elle l’étaient déjà, nous le savons. Mais Pixar ne les énonçait pas de manière aussi frontale et explicite. D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Qui sommes-nous ? Dans quel état j’erre ? Des questions qui taraudent l’humanité depuis toujours, d’une façon ou d’une autre.

En tout cas, le studio tente d’y répondre, en prenant désormais en charge nos incertitudes et autres angoisses métaphysiques, ces invariants anthropologiques (voir Régis Debray), il explore les tréfonds de l’âme, s’interroge sur le sens de la vie, pour en définitive convier le spectateur à une renaissance épicurienne prévisible, donc convenue, sans susciter d’agacement, ni de lassitude, le tout au risque de déstabiliser pourtant la prime jeunesse. L’entertainment ne se laisse pas aussi facilement bousculer. Le respect des codes d’un genre est une exigence universelle. Nul n’est contraint à y souscrire, bien entendu.

Pixar avec Soul aurait-il fait le choix de tourner le dos aux plus jeunes d’entre nous ? Il est certainement bien trop tôt pour le dire. Une solution hybride est en effet envisageable. D’autant qu’à la suite de tumultueuses tribulations, qui sont autant d’épreuves surmontées, Joe Gardner et 22 trouvent leur voix ici bas, un équilibre, une forme de sagesse, la jouissance mesurée et épanouie, tout à la fois, des choses de la vie. Une bonne nouvelle, donc. Une précision : la peur de la régression animale pointe de nouveau son museau, la séquence où Joe se retrouve dans la peau d’un chat (le sien) vaut le détour, vraiment.
Une crainte néanmoins nous étreint : qu’à trop vouloir prendre les choses de très (trop ?) haut, un esprit de sérieux envahissant et obtus n’assèche l’ardeur créatrice du studio. En outre, avec Soul, Pixar s’éloigne plus encore des longs-métrages classiques de Disney, de leurs graphismes inspirés des beaux-arts, via un dessin doux et une colorisation équilibrée, de leur naturalisme de contes de fées, et de la facilité du sentimentalisme. Pour notre plus grand plaisir.
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