Génie de Pixar (8). Les Indestructibles (2004) : les héros sont dépréciés.

Publié le par O.facquet

DVDFr - Les Indestructibles (Édition Collector) - DVD

 

Quelques mots, régulièrement cet été, sur un film venu de la maison PixarLes Indestructibles est le sixième film d’animation en images de synthèse réalisé par les studios Pixar. Écrit et réalisé par Brad Bird et coproduit par Walt Disney Pictures, il est sorti sur les écrans (de cinéma !) en 2004. En 2005, Brad Bird remporte pour ce film l’Oscar du meilleur film d’animation.

Victimes des dommages collatéraux causés par leurs interventions musclés, l’opinion publique se retourne contre les super-héros : à la suite de plusieurs procès, et de lois ineptes, le pouvoir en place crée un programme qui force les super-héros à se ranger, c’est-à-dire à abandonner leur activité de justiciers masqués, et à garder désormais secrètes leurs identités. Bref, leur fonction occulte est déclarée illégale, un décret l’interdisant. Ils se résolvent à raccrocher. Ils rentrent dans le rang.

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Quinze longues années se sont écoulées. Nous suivons à présent, dans le train-train pavillonnaire d’une banlieue de classe moyenne située à Métroville, les tribulations d’une famille de super-héros obligée de revenir dans le civil. Bob et Helen Parr -anciennement connus sous les noms de Mr. Indestructible et de Madame Elastigirl- sont les parents de trois enfants, Violette, Flèche (tous deux doués de pouvoirs) et Jack-Jack. Ils s’efforcent de mener une vie normale. Bob s’ennuie toutefois dans la routine de sa vie de banlieusard assagi, tout comme dans son travail d’employé de bureau sans intérêt, dans une compagnie d’assurances sans envergure. Il en vient illégalement à jouer de nouveau les justiciers avec son ami Lucius Best, anciennement connu sous le nom de Frozone. Un jour, confronté aux objurgations comminatoires récurrentes de son superviseur, lassé sans doute également d’affronter que l’ennui, il lui refait une devanture, l’emploi à l’hôpital, et finit par se faire licencier. Sans regret.

Désoeuvré, Bob reçoit un mystérieux message qui lui propose une mission top-secret pour, paraît-il, sauver le monde. Mr Indestructible reprend du service, bondit sur l’occasion, mais cette convocation séduisante inattendue sur une île lointaine se révèle être un complot organisé par un sociopathe revanchard, un génie malfaisant avide de vengeance et de destruction. Toute la famille se met en branle pour le neutraliser avec succès, ainsi que ses robots maléfiques.

Les Indestructibles 2” : la super famille est de retour !

Les Indestructibles, déployant des trésors d’innovation technique, à l’image de beaucoup d’oeuvres venues de la pop culture, est porteur d’un rare dynamisme et d’une vitalité débordante, s’approchant de temps à autre du vulgaire et/ou de l’anarchique. Force est de constater que dans Les Indestructibles, ça part dans tous les sens, ce qui nous engage à suspendre nos attentes habituelles pour stimuler nos capacité à rêver, le film enfièvre notre propension à imaginer des réalités alternatives, des perspectives différentes, à voir le monde à une autre échelle, à réveiller notre âme joueuse d’enfant : nous assistons de nouveau à une combinaison échevelée de scènes d’action haletantes et de séquences intimistes astucieuses.

Derechef, dans et entre les images, Pixar fait passer quelques messages, sciemment ou non. La fable de la lutte des hommes contre les machines devenues hostiles est derechef convoquée, de manière explicite -beau pressentiment de Tron en 1982.

Toujours, également, l’angoisse sourde du Studio devant notre potentiel devenir-toon, la crainte d’une possible parodie toonesque de l’humanité (Hervé Aubron) : les Hommes, à force de stéréotypes, appelés qu’ils sont à reproduire leur humanité préfabriquée sans broncher, se sont transformés lentement en comics sur pattes. Les Hommes ? Pour Pixar : des seigneurs déchus. Brad Bird a tourné en 2011 le quatrième volet de Mission Impossible, qui a pour titre Protocole Fantôme. Sans doute un résumé de la manière dont Pixar paraît nous envisager.

Les Indestructibles - Chronique Disney - Critique du Film Pixar

Dans le viseur des Indestructibles : la moyennisation de la société, devenue fade et sans saveur, monotone et répétitive, grisâtre et déprimante, d’où le caractère aristocratique du film et de ses personnages, étendards d’autres vertus, messagers de valeurs ancestrales : le courage, la force physique et le désintéressement au service de la veuve et de l’orphelin. La stylisation rétro des Indestructibles, à l’instar des costumes vintage des super-héros, ne surprendra personne à cet égard. Les super-héros ont pris du ventre ou des fesses en renonçant à leur existence tumultueuse (des séquences très drôles). On finit par s’empâter dans ce monde post-moderne sans aspérité, ni côté saillant : la fin de l’Histoire, tout simplement. Même Jack-Jack, le petit dernier, n’est pas assuré de détenir des supers pouvoirs (bouleversement générique ?), comme le reste de la famille -in extremis cela se réalisera. Un horizon bouché, nulle ligne de fuite. La tentation est donc grande de regarder dans le rétroviseur pour fantasmer un impossible âge d’or.

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Un des messages portés par le film est alors ambigu, puisque si des personnes ou des groupes peuvent faire usage de la violence, celle-ci n’est en aucun cas légitime, seul en effet l’État est habilité à l’utiliser, sans qu’on puisse lui en dénier et la légitimité et le monopole (Max Weber). C’est pourtant ce que fait Pixar, qui lui conteste ce droit, au profit de super-héros (hommes ou femmes providentiels, césars et tribuns ?) chargés de se substituer à des gouvernants défaillants, incapables de nous protéger, en jouant par conséquent avec le feu, par le truchement de l’animation assistée par ordinateur. Dans l’ombre, le cow-boy (le shérif Woody ?), ce personnage mythique de la culture des États-Unis, incarnation des valeurs américaines, pour qui la fin justifie parfois les moyens (John Wayne ?).

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Les Indestructibles 2 : est-ce qu'un Indestructibles 3 est possible ?

 

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Publié dans pickachu

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