Courage à demain, à S.P. (interférences : 38 témoins et High Noon)

Publié le par O.facquet

 

Achat 38 témoins en Blu Ray - AlloCiné

 

38 Témoins, le film de Lucas Belvaux, sorti en 2012, fait irrésistiblement penser à High Noon (Le Train sifflera trois fois, 1952) de Fred Zinneman. C'est entre autres de la lâcheté humaine qu'il est question dans ces deux œuvres. Un sujet sensible, délicat, ô combien épineux. Le cinéaste peut revêtir la robe du juge, son film devenir un tribunal. Un « Tous pourris » misanthropique bien vain. Un moyen comme un autre de se mettre le spectateur tétanisé dans la poche, tout en le culpabilisant, ce qui revient au même. Un exercice pseudo-parénétique qui consiste à enfoncer des portes ouvertes au risque d'attraper un mauvais rhume. En somme, pour l'artiste, la possibilité de se hausser sans effort du col, pour juger l'humanité du haut de son Aventin. Est-ce le cas pour les films de F.Zinneman et L.Belvaux ? Non. Définitivement non. Il s'agit moins pour l'un et l'autre d'enfoncer le clou de la lâcheté commune, ce dont tout un chacun est averti, que de saluer la bravoure de quelques-un(e)s. Ce qui n'est tout de même pas la même chose. Encore que la série Le Village Français a fait ça très bien. Précisons toutefois que la fiction sérielle dispose d'un temps dont le cinéma est dépourvu, ce qui lui a permis, plusieurs saisons durant, de mettre la Résistance à l'honneur, à côté de la veulerie ordinaire, voire de la collaboration active ou passive.

38 témoins de Lucas Belvaux : la schize du témoin

Que nous dit High Noon ?

Au XIX° siècle, au cœur du farwest, dans la bonne bourgade de Hadleyville, Will Kane (Gary Cooper, au sommet de son art), lâché par tous les paroissiens en âge de se battre, doit faire face seul au retour du bandit Frank Miller, un condamné récemment libéré, flanqué de trois complices, tous unis pour régler son compte à celui qui assume encore pour quelques heures la fonction honorable de shérif.

http://www.premiere.fr/sites/default/files/styles/scale_crop_1280x720/public/2018-11/Capture%20d%E2%80%99e%CC%81cran%202018-11-26%20a%CC%80%2015.09.39.png

Qu'en est-il de 38 Témoins ?

Il y a quelques années maintenant, Louise (Sophie Quinton) rentre d'un voyage professionnel en Chine. Elle retrouve son compagnon, Pierre (Yvan Attal). Ils vivent ensemble rue de la Paix au Havre (une ville tantôt lumineuse et féerique, tantôt froide comme la lame d'un couteau). Louise découvre que sa rue a été récemment le théâtre d'un crime : une jeune femme du quartier a été poignardée une nuit, au vu et su de tout le monde. Personne n'a bougé. Aucun témoin, tout le monde dormait. Paraît-il. La police nationale et une journaliste (Nicole Garcia) enquêtent. Louise finit par apprendre que l'ensemble des voisins a entendu les cris stridents de l'étudiante assassinée. Y compris Pierre, lequel n'était pas au travail, mais dans leur appartement la nuit du meurtre. Bourrelé de remords : il a fini par tout avouer lors d'un interrogatoire au commissariat. Il a laissé faire lors de cette nuit froide de l'oubli. Louise le quitte -pour cette seule raison ? A l'instar de Will Kane qui quitte la ville en compagnie de sa promise, une quaker (Grace Kelly), après avoir jeté son étoile aux pieds de quelques administrés interdits, nous suivons Louise au petit matin gris, arpenter seule, sans doute pour la dernière fois, la rue de la Paix, laquelle n'en a plus que le nom.

38 Témoins», lâches de raison - Culture / Next

La vile couardise des habitants de Hadleyville, à l'image des habitants de la rue de la Paix au Havre, murés dans un déni glaçant, intéressent moins que le courage, sobrement filmé, de Will Kane, de Pierre et de Louise. Il faut toujours donné une chance à un personnage de fiction, au moins une, aussi veule soit-il à un moment de son existence, afin de circonvenir le manichéisme rassurant aux aguets. Pierre, en concédant son indignité dans cette ténébreuse affaire, permet au récit et au personnage qu'il incarne, de prendre de l'épaisseur. A chacun de penser ensuite ce que bon lui semble (non assistance à personne en danger ? Circonstances atténuantes ? Faiblesse impardonnable ?). La casuistique n'est pas ici notre propos.

of

https://www.lefigaro.fr/medias/2012/03/14/3d81da4c-6dfb-11e1-86f8-66f927725a81-493x328.jpg

Publicité

Publié dans pickachu

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :