Fraternité : Tout simplement Noir (2020) de J.P. Zadi

Publié le par O.facquet

 

Tout Simplement Noir - film 2020 - AlloCiné

 

A Lionel, pour le conseil, toujours pertinent.

 

Tout simplement Noir (2020) de Jean-Pascal Zadi et John Wax : un film engagé (à sa façon, nous verrons), mais pas que. Une œuvre humaniste également, iconoclaste, politiquement incorrecte, culottée par les temps qui courent, et terriblement drôle (la militante Fadily Camara qui part en moto avec son petit ami, très blanc). Plutôt bien accueillie par la critique, diversement toutefois ; elle donne envie en tout cas de retrouver les salles obscures cet été.

J.P., un acteur et militant vidéaste compulsif qui se cherche (y'a du boulot), un quadra un peu paumé à la gueule pas possible, caresse l'idée d'organiser une grande marche nationale de contestation à Paris (dont les blancs et les femmes, même noires, seraient exclus), à partir de la place de la République, pour dénoncer la sous-représentation des Noirs dans la société et les médias français. Pour ce faire, afin de soutenir son projet, il sillonne Paris de long en large, en compagnie d'une équipe de documentaristes, afin de rencontrer des personnalités influentes du showbiz de la communauté noire, comme les humoristes Fary et Eric Judor, les rappeurs Joey Starr et Soprano, les actrices, acteurs et réalisateurs Fadily Camara, Fabrice Eboué et Omar Sy, ou encore l'ancien footballeur Vikash Dhorasoo. Tout à son combat, J.P. va de déception en déception (la communauté est particulièrement divisée, donc elle n'existe pas en tant que telle), dans ce qui va devenir un parcours initiatique plein d'espoir et de sérénité retrouvée.

Tout simplement noir : que pensent les critiques du film de Jean ...

Le silence des indigénistes et autres décolonialistes survitaminés qui a entouré la sortie du film ne laisse pas de surprendre. Tout simplement Noir dynamite pourtant leur idéologie victimaire en une heure trente minutes. J.P. vit avec Camille (Caroline Anglade), qui est blanche, laquelle s'occupe de l'intendance domestique, pendant que son chéri harangue les foules sur internet : une séquence irrésistible dès l'entame du film. Camille regarde avec tendresse les efforts maladroits de son compagnon, lequel s'échine à se métamorphoser en leader communautaire, guidé par de bonnes intentions mortifères.

Tout simplement Noir lorgne vers un antiracisme universaliste, loin du militantisme agité indigéniste de Taha Bourafs, par exemple, et de ses délires identitaires, et autres lubies intersectionnelles. En cela il ravit. Au passage il raille l'écologisme boboïde du moment, ce qui ne fera de mal à personne. Tout le monde en prend pour son grade : Mathieu Kassovitz n'échappe pas à la règle. Il le fait avec classe, humour et talent.

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Jean-Pascal Zadi relève un défi de taille, via un montage astucieux, celui de rendre digestible une succession de sketchs agrégés les uns aux autres. Tout simplement Noir est un vrai film qui se tient -droit. D'aucuns ont relevé l'indigence de la mise en scène, sans souligner que l'intérêt et la force formelle du film résidaient ailleurs. Dans le défi susmentionné relevé avec succès.

Il joue avec avec finesse des stéréotypes et des préjugés, le burlesque (la soirée en compagnie de Fary et de Joey Starr, entre autres), voire l'absurde (la séquence dans le restaurant avec Fabrice Eboué) qui gagnent le film petit à petit,  infléchissent un propos qui aurait pu à la longue devenir rébarbatif, ruinent le caractère parfois répétitif de la structure d'ensemble. La descente chez Dieudonné  à elle seule vaut le détour (on se croirait chez Salvadori). Une réussite corrosive à l'autodérision enthousiasmante, vraiment. Et c'est plutôt rare ces temps-ci, puisque tout le monde peut faire son film dans le milieu, pour le meilleur, et souvent le pire.

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Surtout, Tout simplement Noir dresse le portrait d'un chic type, un Don Quichotte de notre temps, à la fois naïf, généreux, gauche et candide : un gentil chez les salauds. Un écorché vif blessé par la mauvaise foi (la scène avec Omar Sy est douloureuse). Un amoureux tendre, un père doux et présent, en quête d'appartenance, à la recherche d'une identité qu'il ne trouvera pas au sein d'une communauté fantasmée, reconstruite artificiellement, donc frelatée, où l'individu n'est pas vu pour ce qu'il est vraiment, mais comme membre d'un impossible collectif. Quand tout vous abandonne, on se fabrique une famille. Il y a celle qu'il a construite avec Camille et son petit. Et l'amour et le respect d'un père qui consent à participer à sa manif. Sans oublier la présence des quelques amis qui vous accompagnent, dans les bons et mauvais moments de la vie. Une séquence de fin d'une grande sensibilité, filmée avec tact. Le regard d'un père qui vient légitimer une existence : un enfant de droit divin enfin reconnu (Sartre). J.P. se cherchait une famille qui existait déjà, là, devant ses yeux. Il peut désormais reprendre apaisé le cours de sa vie. En menant le même combat. Différemment. Sans doute. Enfin, faire rire de l'honnête banalité d'un personnage n'est pas sans risque : les réalisateurs y parviennent en lui donnant toutes ses chances, c'est la plus élémentaire morale, ce qui permet à J.P. d'intéresser.

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Car tout ne va pas bien au royaume de France. Le racisme existe bel et bien. Les comportements policiers parfois plus que limites (voir la scène filmée avec retenue à la toute fin du film, une arrestation musclée injustifiée). Pour des raisons entre autres historiques, liées à notre passif colonial, l'identification d'une partie des habitants de notre pays à la France peut être avec raison complexe. Ce qui n'est pas bien entendu un motif pour baisser les bras. Au contraire. La lutte se poursuit, universaliste et républicaine, en rupture avec le discours de repentance inepte, en vogue dans une certaine gauche, un discours qui plus est souvent teinté de différentialisme (les réunions racialisées), venu du bord opposé du spectre politique, qui n'en attendait pas tant. Ce film peut nous y aider. Un mot encore : Tout simplement Noir remet au goût du jour un des acquis du marxisme d'antan. Ce ne sont pas les races qui s'opposent mais des individus aux conditions sociales antagonistes, à l'image du mépris avec lequel J.P. est accueilli par des membres de la communauté qui ont réussi dans un monde où règne -paraît-il- le mâle blanc hétérosexuel de plus de cinquante ans. L'éternelle suffisance de la classe dirigeante. All you need is love (Lennon/MacCartney).

 

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Publié dans pickachu

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